Vendredi dernier, 4 septembre, Macron avait choisi de commémorer la naissance de la 3ème République, à la recherche d’une légitimité historique pour préparer la suite, une campagne sécuritaire destinée à rivaliser avec la droite et l’extrême droite, une offensive réactionnaire pour tenter d’intimider et de museler les classes populaires au nom de la lutte contre la « banalisation de la violence », le « séparatisme » et le « communautarisme ».

Tous les politiciens nous rebattent les oreilles de la « République » mais celle-ci n’est qu’une forme de domination de la bourgeoisie contre le peuple, et les droits sociaux et démocratiques que cette dernière a dû concéder ne l’ont été que sous la pression des luttes, des révoltes, des révolutions. La 3ème République, proclamée le 4 septembre 1870, après la capitulation de Napoléon III devant la Prusse, sous la pression du soulèvement populaire, fit fusiller en masse neuf mois plus tard les ouvriers et artisans insurgés qui avaient institué leur propre pouvoir, la Commune de Paris. La bourgeoisie, le capital stabilisaient leur domination contre le peuple auquel, cependant, ils durent ensuite concéder des acquis démocratiques. Leur République commencée avec les massacres des Communards s’acheva avec la collaboration de Pétain, de l’État français avec Hitler et les nazis. C’était la République versaillaise, colonialiste, pétainiste vouée à servir le développement du capitalisme impérialiste.

De la France coloniale…

Macron assume cette continuité et cette filiation qu’il élargit même… à la Monarchie ! « C'est tout cela entrer en République française, a-t-il développé lors de la cérémonie au Panthéon. Aimer nos paysages, notre histoire, notre culture en bloc, toujours. Le Sacre de Reims et la Fête de la Fédération, c'est pour cela que la République ne déboulonne pas de statues, ne choisit pas simplement une part de son histoire, car on ne choisit jamais une part de France, on choisit la France. » L’imposteur oublie que la République est née d’une grande révolution qui, au passage, guillotina Louis XVI.

Il ne se situe pas dans la continuité révolutionnaire mais dans celle des possédants, des profiteurs, des spéculateurs, des sabre-peuple. Quand il se rend au Liban ou en Irak, il est dans la continuité de la France coloniale dont il interdit de déboulonner les statues. Mardi à Beyrouth, il a soutenu les amis des banques françaises, les cliques dirigeantes corrompues que la population, la jeunesse en particulier, conteste courageusement depuis des mois. Il veut sauver un régime failli, ses dirigeants considérés à juste titre comme responsables de l’explosion du 4 août dernier alors que les manifestants venus le conspuer étaient violemment réprimés par la police.

Le lendemain en Irak, même soutien aux autorités qui ont fait réprimer violemment le mouvement de révolte faisant au moins 500 morts depuis octobre 2019.

Dans la nouvelle configuration créée au Moyen-Orient par le retrait des États-Unis, Macron avance les pions de l’État français, comme aussi ses navires de guerre en Méditerranée orientale contre la Turquie, pour servir les intérêts des multinationales françaises de l’armement, de la construction, de l’énergie et autres. La mort tragique récente de deux soldats français au Mali rappelle que plus de 5000 militaires y sont engagés depuis 2013 au nom de la lutte contre le terrorisme, « pour la France », dit Macron, pour ses intérêts de grande puissance en réalité, ceux des Total, Bouygues, Bolloré, Orange, Areva... et contre les peuples.

… à la France du racisme, des violences policières et du tout sécuritaire...

Vendredi, Macron avait aussi choisi de mettre en scène, de manière on ne peut plus solennelle, au Panthéon, la naturalisation de... cinq personnes venant de différents pays et continents, une façon de vanter une République et une France terre d’accueil.

Quel mensonge, quelle hypocrisie, quelle provocation alors que Macron, ignorant délibérément les insultes et les violences racistes qui sont monnaie courante de la part de la police, fait l’éloge des forces de l’ordre et menace de lourdes condamnations ceux qui s’en prendraient à elles. Alors que le ministre de l’Intérieur parle d’ « ensauvagement » à propos des banlieues et que le gouvernement prépare un projet de loi destiné à « lutter contre le séparatisme et contre le communautarisme ».

Démagogie criminelle contre les musulmans au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste, sécuritaire à tout-va au prétexte de la lutte contre les trafiquants de drogue, violences policières légitimées contre les manifestants, Macron annonce la couleur, la réduction des libertés et des droits démocratiques nécessaire pour imposer la régression sociale.

En essayant de se grandir « à la hauteur de l’histoire », Macron l’imposteur ne fait que révéler à quel point sa politique est à l’opposé des grands principes proclamés par la République de la bourgeoisie que celle-ci foule quotidiennement aux pieds.

… à la « France relance »… des profits

Jeudi dernier, Castex, le Premier ministre présentait le plan de relance « Relance France » qui met à nouveau 100 milliards d’euros sur la table pour sauvegarder l’existence et les profits des grands groupes capitalistes. Dans son discours de présentation il a vanté l’action du gouvernement dans les six derniers mois. « Dès les premières heures de la crise, [...] un plan d'urgence de 470 milliards d'euros a été déployé en quelques jours. Cela a permis de préserver notre pouvoir d'achat, bien plus efficacement que dans les pays voisins, de sauver des millions d'emplois et d'éviter des milliers de faillites d'entreprises. 

[…] Il est économiquement et socialement, infiniment, préférable de dégrader temporairement les soldes publics pour investir, réarmer l'économie et repartir de l'avant - plutôt que de s'enfoncer dans l'austérité, laisser exploser le chômage, la misère et les drames humains ».

Quel cynisme ! Comme si le chômage et la misère n’avaient pas explosé, avec plus d’un million supplémentaire de travailleurs sans aucune activité et combien de non-déclarés parce que sans-papiers ou travaillant au noir ! Plus de 8 millions de femmes et d’hommes sont réduits à avoir recours à l’aide alimentaire ! Et combien qui n’ont aucune ressource, dont les jeunes de moins de 25 ans qui n’ont pas droit au RSA ou les sans-papiers sans aucune protection sociale !

L’État aurait préservé les emplois en consacrant des dizaines de milliards au financement du chômage partiel ? En fait un énorme cadeau au patronat et une baisse de salaire de 16 %  pour les travailleurs !

« Il n’y a pas d’argent magique », avait répondu Macron en avril dernier à une aide-soignante du CHU de Rouen qui dénonçait la misère des hôpitaux. Il coule à flots maintenant pour renflouer les grands groupes capitalistes, les aider à se restructurer en licenciant, baisser leurs impôts, etc.

Mais rien ou presque pour les hôpitaux toujours aussi démunis alors que le pouvoir et les médias diffusent à longueur de temps des nouvelles alarmistes sur les risques d’une recrudescence de l’épidémie de Covid et que les autorités enchaînent ordres, contre-ordres et propos contradictoires pour essayer de donner le change et masquer leur incurie. Rien non plus pour les établissements scolaires et universitaires qui ne peuvent accueillir tous les élèves par manque d’équipements et de personnel sans parler de l’impossibilité d’une distanciation physique pour se protéger du covid.

Une nouvelle révolution est à l’ordre du jour

La République dont se prévaut Macron, celle des classes possédantes, a fait faillite. Elle est au service d’une mince couche de privilégiés aussi parasitaires que l’étaient la noblesse et le clergé avant la grande révolution française.

Une nouvelle révolution est à l’ordre du jour qui libère la société du carcan de la propriété privée capitaliste. Nul besoin de patrons, de marchés financiers, de Bourses et d’actionnaires pour faire fonctionner la société. Bien au contraire, c’est ce qui empêche l’économie de tourner pour la satisfaction des besoins de l’humanité et la sauvegarde de la planète.

Nous voulons agir pour que les exploités, les opprimés se regroupent sous leur propre drapeau, avec la conscience que cette nouvelle révolution pour renverser l’oligarchie financière, en finir avec le capitalisme et le pouvoir des multinationales est non seulement indispensable mais possible.

Chaque progrès dans l’organisation démocratique de la lutte pour les droits sociaux et démocratiques des travailleurs et de la population, dans son élargissement et son approfondissement, est un pas dans ce sens. Les journées de mobilisation du 12 septembre aux côtés des Gilets jaunes et du 17 septembre dans le cadre de la journée interprofessionnelle de grève et de manifestations, leur préparation, seront une nouvelle occasion d’exprimer et d’aider à ce que s'expriment le mécontentement, la révolte, le besoin de dignité, de justice sociale, de démocratie qui sont le terreau de la révolution à venir. Une étape pour la suite…

Galia Trépère

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