Le 20 août 1940, à Coyoacan, au Mexique, Trotsky était assassiné sur ordre de Staline qui se débarrassait ainsi de celui qui continuait d’incarner le processus démocratique et révolutionnaire qui avait bouleversé le monde, Octobre 1917. Exilé et pourchassé parce que resté fidèle à la révolution ouvrière, démocratique et internationaliste, socialiste, il était devenu une menace insupportable pour celui qui en était le fossoyeur alors que commençait la Deuxième guerre impérialiste mondiale. Après la répression, les mensonges, la calomnie et les procès, l’assassinat était devenu une méthode de lutte politique pour la bureaucratie apeurée par ses propres trahisons.

Aujourd’hui, même si l’humanité est confrontée à une nouvelle époque du développement du capitalisme, l’apport de Trotsky demeure indispensable. Il nous permet de comprendre la dégénérescence de la première révolution socialiste victorieuse, la victoire du fascisme et l’évolution historique qui a abouti à la Deuxième guerre mondiale impérialiste. Nous approprier son œuvre, son combat, sa vie nous est indispensable pour nous approprier la culture et l’expérience d’une époque qui vit le mouvement ouvrier ébranler le monde, conquérir et exercer le pouvoir. Bien plus qu’un « héritage », notion assez peu compatible avec la lutte révolutionnaire, il nous transmet une méthode militante révolutionnaire et démocratique, un marxisme vivant, sans sectarisme, recettes ou autoproclamations, une méthode scientifique s’appuyant sur l’analyse d’une période, avec comme boussole l’indépendance de classe, l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes, la lutte contre la bureaucratie, l’internationalisme…

Le courant trotskyste est né comme « opposition de gauche » contre la bureaucratisation de l’URSS et la dictature de Staline, puis s’est organisé en IV° Internationale après la défaite sans combat devant le fascisme des internationales sociale-démocrate et stalinienne. Il a été au cœur des contradictions du mouvement ouvrier du siècle dernier, opposition révolutionnaire face au réformisme social-démocrate et stalinien, ces vieux partis issus du mouvement ouvrier aujourd’hui effondrés après s’être intégrés aux institutions bourgeoises.

Aujourd’hui, alors qu’une nouvelle époque s’est ouverte, l’ensemble des courants du trotskysme et du marxisme révolutionnaire, nous sommes confrontés à notre propre mue pour nous constituer en force d’impulsion, en force motrice de la construction de partis révolutionnaires capables de formuler les perspectives d’un autre futur pour les travailleurs, pour la jeunesse, pour l’humanité.

Les dernières décennies d’offensive des classes dominantes ont abouti au règne du capitalisme financier mondialisé après l’effondrement de l’URSS et du bloc de l’Est, l’intégration au marché capitaliste des nations nées des luttes de libération nationale et une succession de crises qui amènent à une récession d’une ampleur jamais vue à l’échelle du monde. Elles ont aussi produit l’extension des forces sociales pour renverser ce système, une classe ouvrière moderne qui n’a jamais été aussi nombreuse, majoritaire aujourd’hui à l’échelle du monde, reliée et interconnectée, subissant la même exploitation et partageant ses sentiments et aspirations... mais loin d’avoir conscience de son rôle pour transformer le monde.

L’histoire est faite de tournants, de changements, de ruptures, à travers lesquels s’écrit, nous écrivons, la continuité des luttes pour l’émancipation des exploités. Les conditions tant objectives que subjectives ont été profondément bouleversées. Nous sommes engagés dans une nouvelle époque qui ouvre de nouvelles possibilités pour que le prolétariat prenne conscience de ses propres perspectives.

Ainsi que l’écrivait Trotsky en 1938 dans le Programme de transition « Il faut aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste ».

Au cœur des contradictions du processus révolutionnaire

Trotsky s’est engagé et formé dans le mouvement révolutionnaire russe de la fin du XIX° siècle, au moment où celui-ci était animé de nombreux débats pour répondre aux transformations profondes de l’empire tsariste et du capitalisme qui atteignait son stade de développement impérialiste. La Russie était au cœur des contradictions du développement « inégal et combiné », la confrontation entre l’arriération féodale et religieuse de l’autocratie, la faiblesse de la classe bourgeoise et la croissance capitaliste qui donnait naissance à un des prolétariats les plus modernes et les plus concentrés dans de grandes villes industrielles. Cette nouvelle situation faisait de la Russie le « maillon le plus faible de la chaîne des pays impérialistes », pour reprendre l’expression de Lénine. Dans ces années qui précédaient la Révolution de 1905, la classe ouvrière avait engagé de nombreuses grèves, la révolution était discutée comme une perspective concrète, entre militants qui avaient popularisé ensemble le marxisme en Russie, construit un nouveau parti, le parti social-démocrate russe, regroupant des courants différents depuis 1898, et qui partageaient le besoin de répondre à une actualité brûlante.

Trotsky y défendait l’idée que le développement révolutionnaire en Russie plaçait le prolétariat, même minoritaire, en position de jouer un rôle moteur et dirigeant dans le sens d’une révolution socialiste. Il était en désaccord avec Lénine qui pensait que la révolution passerait par une révolution démocratique fondée sur l’alliance entre le prolétariat et la paysannerie, « la dictature démocratique des ouvriers et des paysans ». La paysannerie était en effet encore la classe ultra-majoritaire en Russie et n’avait pas encore conquis les droits démocratiques modernes.

Trotsky et Lénine se retrouvaient cependant pour s’opposer aux mencheviks qui défendaient l’idée que la révolution devait passer par l’étape d’une révolution bourgeoise. Ils ramenaient la classe ouvrière à un rôle de simple force d‘appoint pour renverser le tsarisme, instaurer une république démocratique, un renoncement qui renvoyait à une autre époque la perspective d’une révolution socialiste.

Trotsky, avant la Révolution de 1905, écrivait : « il n'est pas trop tôt pour poser la question : cette dictature du prolétariat doit-elle inévitablement se briser contre le cadre de la révolution bourgeoise ? Ou bien ne pourrait-elle pas, sur des bases mondiales historiques données, voir s'ouvrir devant elle la perspective de la victoire qui sera remportée en brisant ce cadre étroit ? ».

Le cours même de l’histoire a tranché la discussion sur « les trois conceptions de la révolution » réglant par là-même le différend entre Lénine et Trotsky qui rejoignit alors le parti bolchévik.

La théorie de la révolution permanente s’inscrivait concrètement dans l’évolution historique.

La victoire de la contre-révolution stalinienne et l’immaturité des conditions objectives

Pour autant, la prise du pouvoir des travailleurs ne pouvait par elle-même dépasser les contradictions à l’œuvre, elle était un premier pas, une condition pour aller de l’avant dans la transformation révolutionnaire. L’arriération du pays, l’isolement de la révolution tiraient la révolution en arrière provoquant une rupture totale entre ceux qui, avec Staline, allaient s’adapter au reflux de la vague révolutionnaire pour devenir les instruments de la contre-révolution, et ceux qui poursuivront le combat pour une révolution socialiste démocratique internationaliste.

La dégénérescence stalinienne a été le produit de ce reflux, Staline et les sommets du pouvoir incarnant les intérêts d’une nouvelle couche sociale, la bureaucratie, dont le seul objectif était de maintenir sa domination, à la fois indissociable de l’État ouvrier et négation de la révolution, du pouvoir démocratique des travailleurs dans les soviets. L’expression politique de cette contre-révolution fut formulée par Staline dès la fin de 1924, moins d’un an après la mort de Lénine, avec la théorie dite du « socialisme dans un seul pays », une trahison de la perspective de la révolution mondiale qui avait toujours été celle des bolcheviks et du courant marxiste révolutionnaire.

Cette imposture ne pouvait tolérer l’existence des oppositions, et surtout de ceux qui la dénonçaient en poursuivant le combat pour la révolution, le courant trotskyste, contre lequel la bureaucratie stalinienne engagea une lutte à mort, liquidant des milliers d’opposants, jusqu’à l’assassinat de Trotsky en 1940.

La logique du « socialisme dans un seul pays » conduisit la bureaucratie à mettre l’Internationale communiste au service du camp impérialiste dit « des démocraties » avant la Seconde guerre mondiale, après avoir porté la responsabilité, avec la social-démocratie, d’une défaite sans combat face au fascisme. Contrainte de s’engager dans la guerre, elle finit par partager avec les puissances impérialistes à Yalta des zones d’influence pour contrôler le monde, avec la même préoccupation d’empêcher qu’une vague révolutionnaire succède à la guerre, comme en 1917.

L’audace révolutionnaire et la force des idées

C’était bien avec la perspective de la révolte des classes ouvrières de tous les pays et des peuples colonisés que Trotsky et ses camarades avaient eu l’audace de fonder la IV° Internationale en 1938, au moment où il était « minuit dans le siècle », comme l’écrivait Victor Serge.

Au terrorisme stalinien s’ajoutait la pression de la situation. La montée du fascisme et la marche vers la guerre provoquaient des renoncements, avec l’illusion que la « défense de la démocratie » était plus urgente que la lutte pour la révolution… d’autant plus que les forces organisées pour la révolution étaient numériquement très faibles. Trotsky essayait de convaincre qu’indépendamment des forces militantes, la situation objective d’effondrement du capitalisme ne laissait pas le choix : « La tâche serait trop grandiose pour nos faibles forces ? ... Mais ce n'est pas parce que nous sommes faibles que l'histoire nous laisse un délai ! Il faudrait ‘prendre son temps’ ? ... Mais c'est la meilleure façon de le perdre ! » (juillet 1933)

Son audace reposait sur la confiance dans la classe ouvrière et dans les idées du marxisme, le fait que l’analyse de la situation en faisait ressortir les possibilités révolutionnaires. Lucide sur son propre rôle, il écrivait : « je crois que le travail que je fais en ce moment –malgré tout ce qu’il a d’extrêmement insuffisant et fragmentaire– est le travail le plus important de ma vie, plus important que 1917, plus important que l’époque de la guerre civile... Si je n’avais pas été là en 1917 à Pétersbourg, la Révolution d’Octobre se serait produite, conditionnée par la présence à la direction de Lénine. Tandis que ce que je fais maintenant est ‘irremplaçable’. Il n’y a pas dans cette affirmation la moindre vanité. L’effondrement de deux internationales a posé un problème qu’aucun des chefs de ces internationales n’est le moins du monde apte à traiter. Les particularités de mon destin personnel m’ont placé face à ce problème armé de pied en cap d’une sérieuse expérience. Munir d’une méthode révolutionnaire la nouvelle génération, par-dessus la tête des chefs de la IIème et IIIème internationale, c’est une tâche qui n’a pas, hormis moi, d’homme pour la remplir. » (1935, Journal d’exil

C’est cette capacité et l’expérience accumulée du mouvement révolutionnaire qui lui permettait, à la veille de la Deuxième guerre mondiale, au moment de « l’agonie du capitalisme » d’oser formuler, malgré l’isolement, la nécessité de construire un nouveau parti mondial de la révolution.

Actualité de la révolution permanente, le mûrissement des « prémisses » objectives de la révolution

A la fin de la Deuxième guerre mondiale, les USA imposent leur domination, les anciennes puissances coloniales sont affaiblies, leurs bourgeoisies déconsidérées. Malgré la contre-révolution stalinienne, l’URSS, son existence même, avec son aura de puissance victorieuse et de « contre-modèle » face au capitalisme qui avait conduit le monde à la ruine, est un encouragement pour la révolte des peuples. Le mouvement ouvrier se redéveloppe, retrouve le chemin des grèves et des luttes. Les peuples colonisés engagent deux décennies d’une vague révolutionnaire d’émancipation sans précédent en Asie et en Afrique. Même si le stalinisme a pu dévoyer la révolte des masses, encadrant les luttes ouvrières dans le carcan institutionnel, et contribuant à cantonner les luttes d’émancipation dans l’impasse du nationalisme, sans lien avec les classes ouvrières des pays colonisateurs, la puissance de la vague révolutionnaire de l’après-guerre créait un nouveau rapport de forces. Tous les acquis sociaux et démocratiques des prétendues « trente glorieuses » sont le produit de ce rapport de forces que les bourgeoisies n’ont eu de cesse de combattre. La vague des luttes d’émancipation, en brisant le carcan colonial, ouvrait la voie à la libre concurrence globalisée. Avec la période de crises qui s’ouvre dans les années 70, la bourgeoisie redouble son offensive pour maintenir les profits, et pousse plus avant la logique du libre-échange, la financiarisation de l’économie, la domination des multinationales s’appuyant sur la révolution technologique.

Le capitalisme s’engage alors dans une nouvelle phase de son développement, celle du capitalisme financier mondialisé, nouvelle arène des luttes d’émancipation.

Des centaines de millions de travailleurs des anciennes colonies sont aujourd’hui intégrés à l’organisation internationale de la production. L’exploitation dans le cadre des multinationales et la brutalité des migrations imposent en même temps de nouveaux liens, renforçant les rangs d’une même classe ouvrière internationale, devenue pour la première fois majoritaire à l’échelle du monde.

Les aspirations sociales et démocratiques, rendues possibles par les progrès techniques, se heurtent à la loi du profit qui impose reculs sociaux, offensive réactionnaire, tensions internationales et guerres, destruction de l’environnement.

Les classes dominantes ne peuvent cacher leur responsabilité dans la catastrophe écologique en cours, provoquant la prise de conscience que cette question ne peut être résolue qu’à l’échelle planétaire. Quelle autre issue pourrait-il y avoir qu’une planification démocratique de la production et des échanges, libérés des lois du marché et du profit, sous le contrôle des travailleurs ?

Les réponses à la crise environnementale, comme les exigences sociales et démocratiques des classes populaires, se heurtent au cadre des États nationaux et de leurs institutions, affaiblis par les contradictions de la mondialisation capitaliste. Au moment où progressent les préoccupations pour une « gouvernance mondiale » et une organisation rationnelle de la production, la seule classe qui peut incarner cette perspective est bien celle qui n’a aucune frontière à défendre, aucun intérêt dans la perpétuation de ce système, la classe ouvrière internationale.

La révolution permanente continue son œuvre. Marx et Engels en avaient mis à nu la logique dans le Manifeste du Parti communiste : « La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux ». Trotsky l’avait prolongée : « la révolution socialiste ne peut être achevée dans les limites nationales [...] La révolution socialiste commence sur le terrain national, se développe sur l’arène internationale et s’achève sur l’arène mondiale. Ainsi la révolution socialiste devient permanente au sens nouveau et le plus large du terme : elle ne s’achève que dans le triomphe définitif de la nouvelle société sur toute notre planète » (Thèses sur la révolution permanente, 1929).

Le mouvement révolutionnaire marxiste devant une nouvelle époque

Lépoque dans laquelle nous sommes entrés impose de faire du neuf. Elle rend vaine la perspective de construire ou reconstruire la IV° internationale, produit d’une époque révolue, alors que nous avons besoin de dépasser les divisions héritées du passé.

L’objectif de reconstruire la IV° relève en réalité plus de la proclamation que d’une stratégie fondée sur l’analyse de la période. C’est ainsi que l’on comprend les propos de Christian Castillo, de la Fraction Trotskyste-Quatrième Internationale, quand il affirme, en conclusion d’une intervention le 5 août, que « La lutte pour la construction de grands partis révolutionnaires dans nos pays et la reconstruction de la Quatrième Internationale est la perspective avec laquelle nous devons aborder les débats actuels. »[i] L’objectif ainsi formulé exprime la difficulté de la plupart des différents courants issus du mouvement trotskyste à tourner la page pour prendre à bras le corps nos tâches nouvelles. Reconstruire la IV° Internationale supposerait que les conditions historiques qui ont prévalu à sa fondation existent toujours. Cela n’a pas de sens si ce n’est de s’autoproclamer « héritiers » de la IV face aux autres courants. Le bilan des décennies passées démontre pourtant qu’aucune tendance internationale ne peut incarner seule la perspective d’une nouvelle internationale.

Il en est de même d’une attitude qui mythifie le Programme de transition en en faisant un document hors du temps. Ainsi, les camarades de LO, dans une conférence de 2018, Le trotskysme, seul programme pour l’émancipation des travailleurs, affirmaient : « le Programme de Transition, bien qu’il ait été écrit il y a 80 ans, reste le guide le plus sûr. Et même si, depuis, la société a connu des évolutions et des transformations, par bien des aspects le monde d’aujourd’hui ressemble à celui de 1938 », pour conclure : « Comment et quand une Internationale reprenant le programme de la IVe Internationale de Trotsky verra-t-elle le jour ? Les évènements de la lutte des classes qui précipiteront sa constitution seront à n’en pas douter internationaux. L’Internationale, des partis ouvriers communistes révolutionnaires ayant un réel poids politique dans plusieurs pays, tout cela viendra sûrement dans un même mouvement ».[ii]

Là encore, la démarche relève de la proclamation. Certes, « sûrement », sans « les événements de la lutte des classes » le parti et l’internationale ne se construiront pas… mais peut-on en rester là ? Plutôt que de mythifier le passé, nous avons besoin de nous réapproprier la méthode qui fut celle de Trotsky au début du XX° siècle ou à la veille de la Deuxième guerre mondiale, pour prendre la mesure des bouleversements, des ruptures opérées, pour définir les tâches nouvelles.

L’enseignement de Trotsky nous invite à faire nôtre cette réflexion à propos du parti, formulée lors d’une discussion avec des militants américains à propos du Programme de transition : « Maintenant, qu’est le Parti ? En quoi consiste sa cohésion ? Cette cohésion est une compréhension commune des événements, des tâches, et cette compréhension commune, c’est le programme du Parti. Tout comme les ouvriers modernes ne peuvent pas travailler sans outils, dans le Parti le programme est l’instrument. Sans le programme chaque ouvrier doit improviser son outil, trouver des outils improvisés, et l’un contredit l’autre. »

Nous avons besoin d’une discussion large pour dégager cette « compréhension commune », faire l’analyse critique, d’un point de vue révolutionnaire, du capitalisme tel qu’il est devenu, en réactualisant la « démarche transitoire », un programme de lutte exprimant les exigences fondamentales de la population pour faire le lien avec le contrôle des travailleurs sur la marche de la société, la contestation de la propriété privée, le programme d’un parti révolutionnaire pour construire un futur, avec la jeunesse, vers un pouvoir des travailleurs, le socialisme, le communisme.

C’est la seule voie pour ouvrir une nouvelle perspective au mouvement révolutionnaire marxiste.

LO avait raison lorsque, en 1988, elle affirmait : « Oui, les conditions objectives de la société capitaliste, d'un bout à l'autre de la planète, sont en passe de devenir extraordinairement favorables à la renaissance du mouvement révolutionnaire prolétarien mondial, comme à la régénérescence d'une Internationale digne de ce nom ». Elle s’efforçait alors de faire partager l’idée qu’on allait « vers une époque de crises sociales et de révolutions »…[iii] Nous regrettons qu’elle ait depuis abandonné cette compréhension des évolutions alors même que ces dernières confirmaient son analyse.

Lors du dernier congrès de la IV de 2018, notre courant formulait ainsi la discussion : « La IVe Internationale comme tous les autres regroupements internationaux ne peut prétendre représenter, à elle seule, l’avenir du mouvement révolutionnaire. Elle doit œuvrer à de nouveaux rassemblements en vue de poser des jalons vers une nouvelle internationale révolutionnaire.

L’avenir dépend de celles et ceux qui sauront œuvrer au rassemblement des forces révolutionnaires dans un même mouvement en rompant avec les pratiques sectaires et antidémocratiques du passé qui ont fait éclater le mouvement révolutionnaire.

La grande instabilité que connaît le monde ouvre à court et moyen terme de nouvelles possibilités auxquelles le mouvement anticapitaliste et révolutionnaire doit se donner les moyens de faire face.

Nous ne pouvons incarner seuls l’internationalisme révolutionnaire. Nous devons chercher à regrouper les révolutionnaires issus de différentes traditions, à partir d’une convergence de vues sur la situation et les tâches.

Pour être en mesure d’aider au rassemblement des forces se revendiquant du marxisme révolutionnaire nous avons besoin de travailler à l’élaboration de réponses stratégiques et programmatiques pour l’ensemble du mouvement, de remettre à l’ordre du jour la discussion d’un programme socialiste, communiste révolutionnaire.

Par-delà la diversité des tactiques que sont amenés à adopter les révolutionnaires dans la construction de leur parti en fonction des pays et des situations, construire des partis révolutionnaires, des partis pour la prise du pouvoir, le socialisme et le communisme reste l’objectif stratégique. »[iv]

Malheureusement, lors de ce congrès, la majorité de la IV écartait cette politique et réaffirmait à l’opposé son enfermement dans la stratégie des « partis larges » qui laisse une grande confusion stratégique cultivant l’ambiguïté entre réforme et révolution. Elle rompait ainsi avec l’inflexion anticapitaliste et révolutionnaire que la fondation du NPA lui avait imposée. Ce tournant n’est pas étranger aux difficultés que connaît aujourd’hui le NPA.

Il est nécessaire de revenir à la démarche des Principes fondateurs du NPA de 2009 qui affirmaient clairement une perspective révolutionnaire sans sectarisme, visant à regrouper toutes les forces : « L'exploitation, l'oppression, les discriminations, la destruction de l'environnement, sont des phénomènes mondiaux, le résultat de politiques qui s’imbriquent les unes dans les autres. Nos adversaires, les capitalistes, se moquent des frontières. Ils parlent les langues du monde entier. Ils sont très bien organisés et pour les combattre, il faut nous organiser avec autant d'efficacité. Notre parti cherche à se lier à toutes les forces qui, dans le monde entier, luttent avec le même objectif. C'est pourquoi le NPA engagera le dialogue et des collaborations politiques avec les autres forces anticapitalistes et révolutionnaires dans le monde dans la perspective de la constitution d'une nouvelle internationale »[v].

François Minvielle

 

[i]                                                                                      https://www.revolutionpermanente.fr/Christian-Castillo-Le-defi-est-de-construire-des-partis-revolutionnaires-et-la-IVeme-internationale

[ii]                                                                                     https://www.lutte-ouvriere.org/publications/brochures/le-trotskysme-seul-programme-pour-lemancipation-des-exploites-114339.html

[iii]                                                                                    https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/50-ans-apres-la-fondation-de-la

[iv]                                                                    http://www.inprecor.fr/article-Nouvelle-%C3%A9poque-et-t%C3%A2ches-des-r%C3%A9volutionnaires?id=2127

[v]                                                                                     https://npa2009.org/content/principes-fondateurs-du-nouveau-parti-anticapitaliste-adopt%C3%A9s-par-le-congr%C3%A8s

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