Samedi 18 juillet, des milliers de manifestants sont venus réclamer justice pour Adama Traoré à Beaumont-sur-Oise, colère qui ne faiblit pas, encouragée par le mouvement international contre les violences policières et le racisme suscité par l’assassinat de George Floyd.

Le 14 juillet, des soignants, des hospitaliers sont aussi descendus dans la rue à l’appel de syndicats et de collectifs, dont la CGT, Sud, le Collectif Inter-Hôpitaux, pour dénoncer l’incurie du gouvernement face à la pandémie et l’insuffisance des mesures annoncées dans la santé.

« Ségur=imposture » dénonçait une banderole, résumant leur colère face au gouvernement et aux « partenaires sociaux », CFDT, FO et UNSA, signataires du premier volet de l’accord au cours d’une cérémonie télévisée avec Castex, Véran et Notat pour vanter cet « effort historique » !

Mais pour les salariés de la santé, qui réclament depuis des mois 300 € pour tous en rattrapage de 10 ans de gel des salaires, les 183 € d’augmentation en deux fois ne font pas le compte. De même les 15 000 promesses d’embauches ne correspondent qu’à « 7,5 postes à l’échelle de tous nos établissements » d’après la CGT. Par contre, le gouvernement fait passer la prime au mérite ainsi que la remise en cause des 35h, autant dire qu’il poursuit la même politique… en pire. Comme le résumait un manifestant : « comment imaginer qu’on est prêts pour une seconde vague ? On va se retrouver avec le même bricolage si le Covid19 repart, sauf que le monde hospitalier est à bout » !

Gazés par les lacrymogènes à Paris, les manifestants et leurs banderoles ont perturbé la fête mise en scène par Macron pour ce 14 juillet… Ses provocations, ses médailles et ses « merci » renforcent la colère contre son hypocrisie et son mépris de classe.

Président des riches et provocations

La complaisante interview de Macron le 14 juillet n'avait d'autre but que de faire passer cette politique et pour cela, de tenter de reprendre la main après la débâcle aux municipales, face à la colère qui monte de partout… Tout en se gardant bien sûr la primeur des annonces, la veille du discours de politique générale de son 1er ministre de « combat ».

Macron y a multiplié les grossiers faux-semblants sur ses soi-disant « maladresses », « les gens se sont mis à détester ce président qui voudrait tout réformer pour que ce ne soit que les meilleurs qui puissent réussir »… Façon hypocrite de réaffirmer sa propre politique, ses propres préjugés crasses sur les premiers de cordée.

Questionné sur la nomination de Darmanin au ministère de l’intérieur, malgré la plainte pour un viol dont il est accusé, Macron s’est proclamé « garant » de la présomption d’innocence, en se prévalant d’une « relation de confiance (…) d’homme à homme » avec son ministre… une provocation sexiste face à celles et ceux qui dénoncent ce « gouvernement de la honte » !

Macron, le président des riches, entend bien poursuivre la même politique en pire, en annonçant un plan de 100 milliards de cadeaux au capital et au patronat, qui s’ajoutent aux 460 milliards déjà mis sur la table pour sauver les profits. Face à la catastrophe sociale annoncée du chômage, comme face à celle de l’environnement et du climat, il ne sait que se plier aux volontés des capitalistes, qu'il arrose de milliards au prix d’un océan de dettes.

Si l’« argent magique » abonde pour les plus riches, ce sont les mauvais coups qui se préparent contre le monde du travail : licenciements, attaques contre les salaires par le chantage à l’emploi, attaques contre les chômeurs, les retraites… Un « nouveau chemin » dans la poursuite de la lutte de classe des riches contre les pauvres.

Castex… le « dialogue » de dupes pour une politique de classe

Le lendemain, en exécuteur zélé, Castex a décliné les différentes mesures de ce plan de relance, prenant de vitesse Bercy qui avait annoncé les détails pour la fin août. Macron, Castex, Le Maire… tous cherchent à se placer, quitte à multiplier les cafouillages.

« L’économie, c’est l’initiative et l’entreprise » a répété Castex durant son discours, résumant le « nouveau chemin ». Il a ainsi annoncé le versement de 4 000 € pour l’embauche, même en CDD, d’un jeune de moins de 25 ans touchant jusqu’à 1,6 fois le SMIC pour une durée d’au moins un an. Une aubaine pour les patrons comme s’en est félicité de Bézieux, regrettant juste que la mesure ne s’étende pas au-delà pour embaucher des jeunes diplômés au rabais.

40 milliards sont prévus pour la « compétitivité », à commencer par la baisse de 20 milliards sur deux ans de la Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises, une des composantes remplaçant la taxe professionnelle. Mieux que le Medef, qui n’en réclamait que 5,5 milliards ! Que deviendront les services publics dépendant des régions, alors que cette taxe assure un tiers de leurs recettes ? Pas un mot.

20 milliards sont aussi prévus pour la « transition énergétique », la rénovation thermique et un grand plan vélo… En clair, une politique de subventions au BTP ou à certaines filières, habillée de vert pour l’occasion et assortie du retour du commissariat au plan, histoire de prendre la posture à la de Gaulle. Mais leur politique n’est que soumission aux intérêts privés des classes dominantes. Incapables d’imposer le moindre choix dans l’intérêt de la collectivité, ils ne font qu’allonger les milliards, en « invitant », comme le dit Castex, à une « stricte modération dans la distribution des dividendes » !

Dans le même temps, cet ex-secrétaire général de Sarkozy n’a pas de mots assez durs sur le terrain sécuritaire, annonçant un projet de loi « contre les séparatismes », « l’islamisme », les « groupuscules violents » et le retour du « juge de proximité » pour la défense de la « justice de la vie quotidienne ». Flattant les préjugés de l’électorat le plus réactionnaire, Castex et Macron veulent chasser sur le même terrain que Le Pen.

Populiste, Castex pose à l’homme du peuple, « les pieds dans la glaise », pour mener les sales coups du gouvernement, sur le terrain local des « territoires » comme avec les directions syndicales. Vendredi, dans une « conférence du dialogue social », il a rencontré les « partenaires sociaux », les mêmes rituels usés jusqu'à la corde.

Les reports prévisibles de la réforme de l’assurance chômage et des retraites ont suffi aux directions syndicales pour se féliciter du changement de style. Berger a même « clairement constaté une volonté de dialogue de la part du premier ministre » !

Mais la réforme de l’assurance-chômage est seulement suspendue pour 6 mois. Même pas abrogée alors que nous entrons dans une période de chômage massif annoncé.

Quant au régime de retraite pas points, si le report ressemble davantage à un abandon, cela n’empêche pas le gouvernement de préparer son offensive sur le terrain des mesures d’âge, des annuités ou des pensions. Déjà, il annonce que le confinement a aggravé les déficits des régimes de retraite de 30 milliards. Castex a ainsi précisé au sortir de la conférence : « nous avons décidé, ensemble, de quantifier les déficits, en distinguant ce qui est structurel et ce qui est lié à la crise ». Il met en route le calendrier et la bonne vieille méthode du « diagnostic partagé » avec les « partenaires sociaux » pour faire payer les salariés.

A la sortie de cette conférence, la CGT s’est réjouie des reports annoncés en expliquant : « assurément, les mobilisations sociales de 2019 et 2020 ont lourdement influencé ce choix politique qui n’est en rien du seul fait de la crise sanitaire. C’est bien la démonstration que seul le dialogue social conjugué à un rapport de force permet des avancées pour le monde du travail ».

Non, c'est la peur du retour des manifestations, des grèves, des interpros, des blocages, de la contestation sociale et politique qui obligent momentanément le gouvernement à reporter son offensive sur les retraites ou contre les chômeurs, sûrement pas les palabres dans les salons, ni les discussions dans les ministères !

Les directions syndicales semblent partager les mêmes... craintes !

Face à l’offensive de Macron-Castex, un plan pour les travailleurs

La nécessaire rupture avec le « dialogue social » est en cours parmi les militants des luttes de ces derniers mois, au travers des liens qui se renouent après le confinement, des premières grèves et manifestations. Face aux licenciements de masse qui se préparent, face à l’offensive contre les salaires menée par le patronat comme le gouvernement, beaucoup mesurent le besoin d’un plan pour la convergence de nos luttes et pour préparer l'affrontement avec le pouvoir. Nous ne pourrons nous défendre entreprise par entreprise, isolément les uns des autres.

Cela signifie populariser un plan du monde du travail, notre plan de reconstruction de l'économie qui mette à l’ordre du jour en premier lieu l'interdiction des licenciements, le partage du travail entre toutes et tous avec le maintien du salaire, l’augmentation des salaires et des minimas sociaux, la lutte contre la misère et le mal-logement, le contrôle des travailleurs et de la population sur la marche des entreprises, les livres de comptes, la réquisition des secteurs indispensables à la collectivité.

Le plan de Macron Castex sert le capital en surexploitant les classes populaires pour tenter d’éviter l’inévitable, le krach et la faillite. Ils n’ont d’autre choix que d’arroser les marchés, la finance, de doper les bénéfices en espérant que la machine à profit redémarre. Ils exacerbent les contradictions du système, les écarts démesurés entre les profits, la finance, les actions et l’économie réelle, celle que les travailleurs font tourner tous les jours et qu’ils sont les seuls à pouvoir prendre en main démocratiquement.

Ils restent bien des bastilles à prendre ! Une nouvelle révolution est à l'ordre du jour pour balayer la nouvelle aristocratie financière qui parasite le travail humain. Les aristocrates à la lanterne !

Laurent Delage

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