Jeudi dernier, Macron avait convié à l’Elysée les dirigeants des organisations patronales et des confédérations syndicales pour lancer une nouvelle concertation destinée à « sauver l’emploi et les compétences », dixit Pénicaud. Un argument ou plutôt un prétexte pour verser des dizaines de milliards d’euros au patronat dont les grands groupes capitalistes récupèrent l’essentiel. Macron a précisé qu’il s’agissait de préparer -rien moins que ça- une « nouvelle ère ». Le clinquant de la formule cache mal l’étroitesse de l’objectif, Macron le dit lui-même, améliorer la « compétitivité » de l’économie, c’est-à-dire la rendre encore plus attractive pour les capitaux du monde entier grâce à une main d’œuvre toujours plus exploitée. En prime, pour celles et ceux qui n'auraient pas compris, il s'empresse d'insister, pas question de renier les réformes, y compris celle des retraites qu’il compte bien reprendre.

Manne pour les patrons...

Tout en faisant miroiter aux syndicats qu’il y aurait des discussions sur la réforme de l’assurance-chômage, dont elle n’a vanté que les « bénéfices » sans mentionner la dégradation dramatique des revenus qu’elle entraîne pour les travailleurs précaires ou sans emploi, Pénicaud a annoncé les mesures prises « en faveur de l’apprentissage ». L’embauche d’un jeune de moins de 18 ans ne coûtera rien pendant un an à l’entreprise, et pas plus de 175 euros quand il s’agit d’un adulte. La possibilité d’embaucher des apprentis sera étendue aux entreprises de plus de 250 salariés et à des jeunes qui préparent jusqu’à une licence pro. Ces dispositions alléchantes décidées au nom de la crise s’appliqueront pour des embauches jusqu’au 28 février 2021.

Le Maire a annoncé, en plus des 450 milliards d’euros décidés dès le début du confinement, 40 milliards d’euros supplémentaires pour les entreprises de différents secteurs (tourisme, hôtellerie, culture… ; automobile, aéronautique, high tech). Et pour prendre la suite de l’aide de l’État au chômage partiel réduite à partir du mois de juin, un « dispositif spécifique d’activité partielle » qui pourrait durer jusqu’à la fin du quinquennat prévoit que l’État compensera pour les patrons une partie de la baisse de salaire due à la réduction d’activité contre un engagement à ne pas licencier.

… chantage à l’emploi, attaques contre les travailleurs

Aucune contrepartie n’est demandée aux patrons. Quand Renault a annoncé son plan de restructuration, la semaine dernière, trois jours après le lancement du plan de soutien à la filière automobile, Macron et Le Maire ont fait mine de s’indigner -alors que l’État actionnaire à 15 % du groupe était bien sûr au courant- et ont « posé des conditions ». Renault a fait mine de reculer en renonçant à la fermeture annoncée de Maubeuge, suite à une manifestation impressionnante des salariés et de la population. Mais les ouvriers ne sont pas dupes. Ils savent que tout cela fait partie d’une mise en scène et que Renault n’a en rien renoncé à son plan d’économies de 2 milliards supprimant 4600 postes en France sans compter les emplois indirects, salariés des prestataires de services et des sous-traitants.

Même désapprobation quand Ryanair veut imposer aux syndicats de la compagnie en France de signer un accord prévoyant une baisse du salaire de ses employés (10 % pour les stewards et hôtesses et 20 % pour les pilotes) plutôt que le licenciement de 20 % de son personnel en France. Mais c’est tout aussi hypocrite car le groupe utilise un dispositif tout à fait légal, les APC, « accords de performance collective » qui fait partie des ordonnances travail que Macron a fait adopter en septembre 2017. En utilisant le même moyen, Derichebourg Aéronautics, sous-traitant d’Airbus et de Dassault, dit vouloir réduire le plan de 700 suppressions de postes qu’il a envisagé si les salariés acceptent de renoncer à leur 13ème mois et à leur indemnité de transport. Et les exemples de ce chantage se multiplient. Un dispositif « gagnant pour tout le monde », commente, cynique, Pénicaud.

« Blouses blanches, colère noire »

Pour le gouvernement, le patronat et les classes dirigeantes, la seule chose qui compte est la compétitivité de l’économie, pas seulement des entreprises privées, mais de ce qui est encore, à côté d’un secteur privé de plus en plus important, le service public. Les salariés des hôpitaux, mobilisés depuis des mois, avaient peu d’illusions sur les intentions de Macron et du gouvernement. Le « Ségur de la Santé » a fini de les en affranchir complètement. Le 2 juin dernier, Sud Santé en a claqué la porte après que Notat a annoncé qu’elle ne pouvait rien pour revaloriser les salaires, qu’elle n’était qu’une « animatrice ». La CGT et FO sont restées mais le soir, une réunion regroupant aussi les collectifs a décidé d’appeler le 16 juin à une journée de grève et de manifestations.

Des syndicats d’autres catégories de salariés, des équipes militantes, des AG ou des collectifs interpro appellent aussi ce jour-là.

C’est l’occasion de montrer que nous ne sommes pas dupes ! La « relance » de l’économie et de l’emploi, c’est la relance de la machine à profits sur le dos des travailleurs et de la population. Pour défendre les emplois et les salaires, il ne faut compter que sur le rapport de forces que nous serons capables d’imposer et la conscience qu’il n’y a pas d’issue autre que s’attaquer à la propriété privée capitaliste, aux profits accumulés, à la mainmise des actionnaires du CAC40 sur toute l’activité sociale.

Interdiction des licenciements, partage du travail entre toutes et tous !

La « nouvelle ère » de Macron c’est « le monde d’avant » en pire. Une « nouvelle ère » ne peut venir que du monde du travail, de son contrôle sur l’économie pour la faire tourner au service des besoins humains et non pas d’une poignée de parasites milliardaires. La jeunesse qui se mobilise aujourd’hui ici et partout dans le monde contre le racisme et les violences policières, contre les inégalités et l'injustice, les discriminations, produits de l’arriération de la société d’exploitation, est en train de prendre sa place au premier rang de ce combat !

Galia Trépère

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