La tournée de Macron dans l’Océan Indien pour y défendre les intérêts des multinationales françaises a été l’occasion d’une nouvelle offensive contre l’immigration. A Mayotte, à 9000 km de Paris, il a planté le décor : « Mayotte c'est la France et la France c'est d'abord la sécurité ». La veille aux îles Eparses, revendiquées par Madagascar, il avait martelé : « Ici, c’est la France, c’est notre fierté, notre richesse ». Des envolées patriotiques pour justifier la présence française dans ce bout d’Océan indien où la population est une des plus pauvres du monde. Mayotte la « française », où 1/3 de la population n’a pas l’eau courante, représente malgré tout un espoir de vie meilleure pour de nombreux jeunes qui affluent des Comores et de l’Est africain. Une immigration contre laquelle Macron a assuré de sa « fermeté », espérant dévoyer la colère.

Une colère qui l’attendait à La Réunion avec une grève générale. Dans cette île où 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où les Gilets jaunes ont été particulièrement nombreux et déterminés, Macron a dit « comprendre la colère » et a promis quelques mesures pour l’emploi dont… une exonération de cotisations patronales.

Comme lors du mouvement des Gilets jaunes, où en même temps qu’il était obligé de lâcher quelques concessions il avait imposé le thème « identité et immigration » dans le grand débat, il tente de diffuser le poison raciste.

Cette propagande s’inscrit dans une offensive démagogique accentuée après les meurtres à la préfecture de Paris et le déferlement réactionnaire initié par le « débat » à l’Assemblée nationale sur l’immigration. Dans la lancée de l’appel de Macron à une « société de vigilance », l’université de Cergy demandait aux enseignants une « remontée des signes faibles » des étudiants, invitant à noter si un élève « va à la mosquée le vendredi » ou « mange halal »…

L’offensive a redoublé depuis l’interpellation violente par un élu RN d’une mère, voilée, accompagnatrice d’enfants en sortie scolaire. Le gouvernement a saisi l’occasion pour flatter l’électorat de Le Pen, Blanquer affirmant entre autres que « le voile n’est pas souhaitable », même s’il est légal. La parole raciste est décomplexée : Zemmour, condamné pour incitation à la haine, officie chaque jour sur Cnews tandis que Thréard, éditorialiste du Figaro, peut déclarer sur un plateau « Je déteste la religion musulmane ! ».

Les semeurs de haine pour faire payer la crise aux exploités, français et immigrés

Les « richesses » de la France dont parle Macron ont été accumulées par le pillage et l’exploitation de générations de travailleurs, français et immigrés. Les classes possédantes et leurs serviteurs n’ont eu de cesse de jouer sur les différences d’origine, de nationalité, de religion pour diviser les exploités.

En 1983, alors que s’engageait l’offensive libérale de la mondialisation capitaliste provoquant des grèves dures, le gouvernement PS de Mauroy lançait une propagande raciste, antimusulmans pour tenter de discréditer des grèves persistantes dans les usines automobiles où nombre d’ouvriers sur les chaînes étaient immigrés. Plusieurs ministres passaient à l’offensive tel Defferre, ministre de l’Intérieur, dénonçant « des grèves saintes d’intégristes, de musulmans, de chiites »…

C’est dans ce contexte d’offensive pour faire payer la crise aux travailleurs, menée par un gouvernement de gauche, que le FN a commencé à percer électoralement. S’ouvrait une période de recul, de dégradation de la conscience de classe, sur fond de désillusions, de discrédit des organisations du mouvement ouvrier alors que la crise touchait les plus pauvres. Une situation propice aux replis, à l’instrumentalisation des préjugés, et à l’implantation de courants islamiques dans certains quartiers.

Si la stigmatisation qu’alimente aujourd’hui le gouvernement n’est donc pas nouvelle, le « virage » sécuritaire, antimusulman de Macron aujourd’hui est loin d’être anodin.

Il intervient après la révolte des Gilets jaunes. Dans ce mouvement hétéroclite, malgré les tentatives de l’extrême-droite, c’est au contraire la solidarité des classes populaires qui s’est affirmée. Une solidarité et une conscience d’intérêts communs qui continuent à s’exprimer dans le soutien de l’opinion à la lutte des urgentistes, qui participent du climat de contestation sociale. Dans ce climat et à la veille d’une mobilisation qui s’annonce importante contre la réforme des retraites, le gouvernement cherche une porte de sortie dans l’entretien du torrent réactionnaire contre les immigrés et les musulmans.

Pour l’unité de notre classe : la lutte contre toutes les barrières des préjugés

Blanquer, Macron, Le Pen stigmatisent, menacent aujourd’hui les musulmans au nom de la République et de la prétendue laïcité… C’est pourtant bien le président de cette République qui s’est fait ordonner « grand chanoine de Latran » par le pape, qui veut « réparer le lien abîmé entre l’Eglise et l’Etat ». Cet Etat qui continue à payer les professeurs des écoles privées religieuses, cadeau qui profite essentiellement à l’Eglise catholique, tout comme le concordat en Alsace-Moselle.

Les « laïcs » à la Macron n’ont aucun problème avec les capitalistes des pays du Golfe, Arabie Saoudite ou Qatar, où la charia est appliquée. L’argent pour l’achat de Rafales et autres jouets militaires, ou d’un club de foot tel le PSG ne souffre lui d’aucune discrimination religieuse.

Les habitants des quartiers populaires issus de l’immigration, musulmans ou non, subissent eux un racisme quotidien de la part de la police, des patrons, de l’Etat. La lutte contre ces discriminations, contre tous les racismes dont l’antisémitisme, fait partie intégrante du combat du monde du travail. Elle se mène de pair avec la lutte contre le sexisme, l’homophobie, contre toutes les discriminations, stigmatisations qui sont autant de freins à l’unité de notre classe face à nos oppresseurs communs.

Les religions participent de l’oppression sociale, prônant la soumission à coups de morale, d’interdits, de contraintes. Elles entendent maintenir les femmes dans un rôle subalterne, de procréatrice et de femme au foyer. Le corps des femmes, par essence coupable, doit être contrôlé, caché, voire mutilé, toujours sexualisé. Le voile, présent dans bien des religions, en est l’instrument et le symbole.

Les religions sont un pilier du pouvoir des classes dominantes, du Vatican à l’Iran, des USA à l’Arabie Saoudite, de la Grande Bretagne au Liban où en ce moment le Hezbollah protège le gouvernement face à la contestation populaire.

Révolutionnaires, nous luttons contre l’ensemble des préjugés, religieux ou non, qui dressent des barrières entre les opprimés. Le combat contre le racisme, dont le racisme antimusulmans (terme plus adapté que celui confus d’islamophobie) participe d’une même lutte démocratique, politique. Ce combat pour l’émancipation cherche à armer la révolte du monde du travail, de la jeunesse, des classes populaires d’une compréhension matérialiste du monde, débarrassée des peurs, des croyances qui obscurcissent la conscience.

C’est un combat pour l’unité de notre classe face à ses seuls véritables adversaires, les multinationales et leurs gouvernements.

Alors que les luttes se mondialisent face à la violence du capitalisme mondialisé, émerge peu à peu une conscience internationale de la révolte dans laquelle racisme, xénophobie, sexisme, homophobie et autres obscurantismes n’ont pas leur place.

François D., Isabelle Ufferte

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