Jeudi 3, en Seine Saint Denis, les enseignants étaient en grève et en manifestation, révoltés par le suicide de Christine Renon, directrice d’école, « épuisée », comme elle l’a écrit dans une lettre adressée à sa hiérarchie, par le nombre et la lourdeur des tâches et des responsabilités qu’elle-même comme ses collègues directeurs/trices doivent assumer seuls. D’autres rassemblements et manifestations avaient lieu le même jour dans de nombreuses villes, ainsi qu’un hommage à Pantin samedi. Face à ce drame, le ministre de l’Education, Blanquer, a eu l’indignité de déclarer : « dans ce genre de circonstances, nous sommes tous dans le même bateau » ! Comme si ce n’étaient pas lui, Macron et le gouvernement les responsables.

Une provocation au moment même où la présentation du projet budget 2020 confirmait, sans surprise, la continuité de leur politique de casse des services publics, de cadeaux aux patrons et aux riches. Présentant ce budget, Les Echos écrivait : « Le projet de loi de Finances pour 2020 fait la part belle aux Armées et à l'Intérieur, tandis que le Logement voit son budget réduit et que Bercy, l'Education et la Transition écologique perdent des postes »… « L'assurance-maladie, les collectivités locales et l'assurance-chômage seront particulièrement mises à contribution […] pour freiner la progression des dépenses publiques. » Les impôts des entreprises, eux, baisseront d’un milliard d’euros, ce qui fera 9,5 milliards de baisse sur 5 ans. A quoi il faut ajouter les 4,5 milliards résultant de la suppression de l’ISF. Tout est dit !

Macron poursuit, lui, sa campagne pour tenter de déminer les oppositions à sa réforme des retraites. A Rodez jeudi, il s’est mis en scène devant un parterre de 600 personnes, la plupart retraitées. Les médias ont « rendu compte », relayant sa propagande : les caisses se vident plus vite qu’elles ne se remplissent, le système est trop compliqué, il manque d’équité…

Les 42 régimes existants seront réduits à un seul, basé sur un système à points ; le nombre de points accumulés au fil des cotisations multiplié par la valeur du point donnera le montant de la pension… Mais cette valeur ne sera connue qu’au moment du départ. En plus de rendre toute estimation de la pension impossible, cela ne peut se traduire que par une baisse continue des pensions, désormais indexées sur l’état des caisses. Les principales victimes en seront les salariés, en particulier les précaires, les femmes. Macron promet qu’aucune retraite ne sera inférieure à 1000 euros… à condition d’avoir accumulé le nombre points nécessaires… Pour les classes laborieuses, cette réforme signifie travailler plus longtemps pour toucher moins. Les plus aisés pourront, eux, se tourner vers la capitalisation, au grand bénéfice des fonds de pension privés à qui la réforme ouvre de juteuses perspectives.

Quant à l’équité, c’est à une nouvelle offensive contre les régimes spéciaux que l’on a droit, une hypocrisie à laquelle la mobilisation des travailleurs de la RATP a commencé à apporter la seule réponse qui vaille : l’égalité, oui, mais par en haut. La grève reconductible à partir du 5 décembre, initiée à l'origine par leurs syndicats, s'élargit et pourrait devenir un moment de convergence, une étape vers une grève générale.

Macron compte sur la dilution de sa réforme dans le temps et sur la passivité des directions des grandes confédérations syndicales qui continuent à jouer les dupes. Suite au show de Rodez, Laurent Berger se disait rassuré : « Ce que je craignais […] c'est que le débat soit fini hier soir, ça n'a pas été le cas »… Philippe Martinez, reçu la veille par Macron à qui il a pu présenter « ses propositions », commentait dans Libération : « Il a posé beaucoup de questions. Jusqu’à maintenant, il a toujours écouté, il a peu entendu. On verra, on ne peut pas tirer de conclusion dès maintenant. »… La belle blague !

Loin de ces dérobades pitoyables, c’est à un affrontement général avec le gouvernement et le grand patronat qu’il est nécessaire de se préparer. Cela passe par une campagne politique pour expliquer les enjeux, donner une perspective commune aux diverses mobilisations, des enseignants contre leurs conditions de travail, des jeunes et moins jeunes contre la pollution, la crise climatique, contre les licenciements, pour les salaires, contre la réforme des retraites, pour mettre un coup d’arrêt à l’offensive capitaliste.

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