Il aura fallu plus de 10 heures aux 200 pompiers mobilisés pour maîtriser, jeudi 26 septembre, l’incendie qui a ravagé l’usine Lubrizol de Rouen, usine classée Seveso, située près d’un quartier résidentiel, à deux kilomètres du centre historique.

Même si le pire a été évité grâce à l’intervention des salariés et des pompiers qui ont réussi à tenir à l’écart des flammes les produits les plus dangereux, l’incendie a provoqué un épais nuage de fumée noire d’une vingtaine de kilomètres de long entraînant des retombées de résidus d’hydrocarbures sur toute l’agglomération et même bien au-delà…

Mensonges et opacité des autorités pour couvrir l’irresponsabilité d’une multinationale

Le préfet et Castaner, venus sur place, ont multiplié les déclarations rassurantes sur ce nuage « forcément anxiogène »… mais, selon eux, sans « élément qui permette de penser qu’il y a un risque lié aux fumées ». A les croire « c’est sans danger ! » mais en même temps, ils ont décidé, dans treize communes la fermeture préventive des écoles, collèges, lycées, le confinement dans les EHPAD et ils ont conseillé aux habitants d’ « éviter les déplacements non indispensables »

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Comment les croire quand ils minimisent le danger avec autant de mépris pour les populations qui s’inquiètent de ces dépôts noirs, de cette odeur persistante responsable, encore deux jours après l’incendie, de nausées et de vomissements. Inquiétude d’autant plus justifiée que règne l’opacité la plus complète sur la composition des produits ayant brûlé, comme sur les résultats d’analyse, jugés par le Préfet « encourageants » de l’air, des fumées, des résidus ou de l’eau de la Seine… Une manifestation est déjà annoncée mardi pour exiger plus de transparence.

A Rouen comme ailleurs, les populations et les salariés sont exposés à des risques inacceptables à cause de l’irresponsabilité des industriels qui font passer leur profit avant la sécurité mais aussi à cause de la duplicité complice des autorités publiques… Comment une telle usine, aussi dangereuse, a-t-elle pu continuer à être autorisée à fonctionner en pleine ville malgré des incidents à répétition ? En janvier 2013, une fuite de gaz malodorant et toxique, le mercaptan, avait été ressenti jusqu’à Paris et aux côtes anglaises, mais l’entreprise, jugée responsable, n’a eu qu’une amende de 4000 euros. En 2015, près de 2000 litres d’huile minérale s’étaient déversés dans le réseau d’évacuation des eaux de pluie.

Cette usine n’est qu’un des nombreux sites de production d’une compagnie américaine qui a réalisé 6 milliards de dollars de chiffre d’affaire en 2017. Une compagnie qui appartient à la holding Berkshire Hathaway du milliardaire Warren Buffet, 3ème fortune mondiale en 2019, avec 82,5 milliards de dollars…. fortune construite depuis des décennies sur l’exploitation des salariés et au prix de la dégradation de la sécurité des populations et de leur environnement.

La sécurité comme l’environnement ne pèsent pas lourd dans la course aux profits des multinationales que les Etats défendent et couvrent de leurs mensonges, que ce soit face à une catastrophe locale comme l’incendie de Rouen ou que ce soit à l’échelle planétaire face au réchauffement climatique dont l’ampleur est confirmée par chaque nouveau rapport des scientifiques.

Dénoncer les mensonges des Etats, combattre les vrais responsables, les classes dominantes

C’est cette inaction des gouvernements que plus de 4 millions de jeunes ont dénoncée à travers le monde, lors de la grève scolaire des « Fridays for future » du vendredi 20 septembre, et encore par centaines de milliers, le vendredi 27.

En prenant au mot, les discours des politiciens dans la lignée de celui de 2002 de feu-Chirac « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », les jeunes ont appris à s’appuyer sur les données et les recommandations de ces scientifiques que les gouvernements avaient eux-mêmes convoqués. Ils ne regardent pas ailleurs mais au contraire veulent en tirer toutes les conséquences et agir.

Et par leur mobilisation, de fait, ils révèlent les mensonges et le cynisme des gouvernements… D’ailleurs Macron n’a pu s’empêcher d’étaler son mépris en disant que les jeunes manifestants devraient plutôt aller faire « de grandes opérations de ramassage sur les rivières ou les plages corses. »

Il a eu sa réponse, quand la jeune militante, Greta Thunberg, a fustigé avec force, dignité et colère les dirigeants du monde réunis à l’ONU pour un énième et inutile sommet sur le climat : « Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s'effondrent, nous sommes au début d'une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c'est d'argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle ? Comment osez-vous ! »

Macron a dénoncé « des positions très radicales (...) de nature à antagoniser nos sociétés ». Greta Thunberg a aussi subi des flots de haine aussi bêtes que réactionnaires d’une partie de la presse comme de vieux réactionnaires sur le retour, l’attaquant sur sa jeunesse, son sexe ou son syndrome d’Asperger… mais n’ayant finalement rien à opposer à ses arguments.

Car Greta Thunberg a doublement raison, raison sur le fond car elle ne fait que tirer les conséquences des rapports scientifiques que plus personne ne peut réellement contester. Et raison aussi de se mettre en colère, de dénoncer les « paroles creuses », le cynisme et l’irresponsabilité des gouvernements.

« Le monde se réveille, et le changement arrive, que cela vous plaise ou non. », a conclu Greta Thunberg mais, pour cela, les seuls données scientifiques ne suffiront pas, pas plus que la dénonciation des « trahisons » des politiciens. C’est bien l’ensemble du système, de ce système capitaliste dont ils ne sont que les représentants qu’il s’agit de remettre en cause.

Faire face à la crise écologique globale rejoint le combat social et politique contre les vrais responsables de la catastrophe annoncée, les classes dominantes qui à travers quelques multinationales contrôlent toute l’économie et la finance mondiale, et soumettent l’ensemble de la société comme notre environnement à la logique mortifère de la course aux profits.

Bruno Bajou

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