Selon un rapport récent de L’OCDE la croissance mondiale devrait s'établir à 2,9 % cette année, au plus bas depuis dix ans. Alors qu’ici comme dans le monde entier les dividendes explosent, l’économie ralentit, les investissements productifs reculent. Les discours alarmistes sur la récession en cours ou la menace d’une crise financière majeure alimentent les chroniques économiques.

La politique d’argent gratuit mené par les banques centrales se généralise et s’accentue. Les taux nuls ou négatifs qu’elles pratiquent vis-à-vis des banques privées s’étendent maintenant aux prêts de ces dernières aux États et aux grandes entreprises. En trois jours, suite à la destruction par des drones d’une partie de l’appareil pétrolier de l’Arabie saoudite, la Fed a injecté prés de 200 milliards de dollars dans les circuits financiers pour permettre aux banques de fonctionner. Tout pour éviter une panique financière.

Ce que craignent les dirigeants capitalistes, les banques centrales, c’est que la masse de capitaux qui circulent dans le monde ne trouvent plus suffisamment de profits pour réaliser leurs appétits, se dévalorisent au point de perdre toute valeur, le krach financier qui pourrait provoquer une récession mondialisée.

Les banques centrales sont condamnées à la fuite en avant. Elles doivent sans cesse augmenter les doses des perfusions qui maintiennent le capital financier pour tenter de maîtriser les effets de leur propre politique, éviter l’explosion brutale des bulles spéculatives qui se sont reconstituées sur les marchés financiers et qui dépassent celles de 2007 tandis que les niveaux d’endettement privé et public ont plus que triplé…

L’ensemble du système capitaliste est devenu insolvable.

Les politiques d’austérité budgétaire n’empêchent pas les incitations à financer par la dette les dépenses publiques sans pour autant que les États soient en mesure d’engager des politiques de relance ne serait-ce que pour donner quelque crédibilité à leur discours sur la transition écologique.

Cette folle absurdité se nourrit d’une exploitation toujours plus grande des travailleurs et des peuples comme de la nature.

Rien ne dit bien sûr que cela suffira à éviter un nouvel accident aigu, sous la forme d’une nouvelle crise financière ou d’une crise de la dette. Mais même si les dirigeants de ce monde, les banques centrales parviennent, par miracle, à éviter un nouvel accident aigu, à éviter la panique en préservant la confiance par la peur du pire, c’est au prix de l’aggravation de l’exploitation du prolétariat, d’un recul des droits démocratiques et d’une montée des inégalités sociales, d’une aggravation de la crise climatique et écologique comme des tensions internationales et des menaces de guerre.

L’impasse dans laquelle le capitalisme entraîne l’humanité est directement liée à la politique des maîtres du monde pour tenter de pallier les contradictions qui minent un mode de production dépassé. Ce n’est plus simplement une nouvelle crise cyclique qui menace la société mais bien une faillite globalisée.

Macron et la peur d’une explosion sociale

Ici, la bataille des retraites est devenue le centre de l’offensive de Macron pour le compte du grand patronat, une offensive sociale mais aussi politique. En prenant son temps, Macron veut éviter de provoquer trop brutalement les travailleurs, salariés ou membres de profession libérales. Mais il veut surtout plier les organisations syndicales et l’opinion à sa politique, à la logique idéologique du système, à l’individualisme, atomiser le monde du travail, le désorganiser, effacer toute conscience collective pour briser les capacités de résistance.

A défaut de maîtriser leur système économique, les bourgeois et leurs serviteurs anticipent les explosions sociales que leur politique voire leur faillite ne manqueront pas de provoquer. Le déploiement policier, la politique répressive rentre dans les mêmes anticipations.

L’offensive de Macron sur l’immigration est de ce point de vue symptomatique. Au-delà de la démagogie électorale à l’approche des élections municipales, il s’agit de cultiver les germes de la division, d’attiser les concurrences et les rivalités entre les travailleurs de quelque origine qu’ils soient. En appelant sans rire LREM à ne pas être « un parti bourgeois » pour flatter les préjugés racistes qui peuvent exister au sein des classes populaires, Macron fait le sale boulot de l’extrême droite. Il ne fait pas simplement du Sarkozy, il entre réellement en concurrence avec Marine Le Pen sur le même terrain. Il appelle les membres de LREM à ne pas être « un parti bourgeois » institutionnel comme les autres et rêve d’un parti populiste, national-libéral proeuropéen investissant les classes populaires à la manière de l’extrême droite. La mort de Chirac est l’occasion pour lui de tenter d’essayer à nouveau de porter ses habits neufs de président dépassant la cohabitation droite-gauche, Chirac et Mitterrand, pour poser au nouveau De Gaulle dominant le peuple. Les cauchemars suscités par le mouvement des gilets jaunes provoquent des rêves impossibles… Sauf qu’il lui manque non seulement la stature mais le parti d’où l’importance pour lui des élections municipales et du deuxième grand débat pour mobiliser des troupes disparates. Rien ne dit qu’il puisse réussir son projet. Son gouvernement est de plus en plus isolé et le plus probable est que son acte II soit un fiasco mais il contribue au développement d’un courant de droite extrême dans le pays sans qu’aujourd’hui il soit possible de dire qui en prendra la tête.

Quoi qu’il en soit, nous avons à convaincre autour de nous que seule une intervention collective et consciente des travailleurs sur le terrain social et politique pourra faire reculer la montée des idées réactionnaires qu’alimentent les évolutions du capitalisme, les inquiétudes et les peurs qu’elles suscitent.

De la bataille des retraites à un mouvement d’ensemble

Parallèlement, les conditions d’une contre-offensive du monde du travail mûrissent à travers l’expérience quotidienne que fait la population de l’incurie des classes dominantes attachées à la défense de leur privilèges. L’argent coule à flot, les dividendes augmentent, les inégalités explosent et les banques centrales comme les États, incapables de réguler l’agitation et les déséquilibres qui règnent sur les marchés financiers, n’ont d’autres réponses que de prévenir la faillite en inondant les marchés de capitaux gratuits. Leur incurie face à la crise climatique est patente, d’autant plus révoltante qu’elle souligne l’hypocrisie de leurs discours sur l’écologie -que Greta Thunberg a dénoncée à juste titre- ainsi d’ailleurs que sur les inégalités ou la démocratie.

Après la gauche et la droite, c’est bien le système capitaliste lui même qui perd toute crédibilité quant à sa capacité à assurer le progrès humain. Il devient synonyme de misère, d’inégalités, de catastrophes écologiques, d’injustice et de racisme, de violences policières et de menaces de guerre.

Une nouvelle conscience de classe se construit à travers l’expérience quotidienne de la politique des classes dominantes, de l’impuissance de la gauche politique et syndicale, les mobilisations, l’apport des gilets jaunes, les mobilisations internationales de la jeunesse sur le climat ou celle du peuple algérien ou la jeunesse de Hong Kong…

La bataille qui s’engage sur les retraites va prendre, de par les choix mêmes de Macron, un contenu politique. Le grand débat qu’il engage a pour fonction de façonner l’opinion. A l’opposé, elle sera pour les travailleurs une bataille politique par l’agitation et la propagande comme par la grève et les manifestations dans le prolongement des mobilisations des 10 derniers mois en particulier celles des gilets jaunes. Macron veut sa revanche et c’est un bras de fer qui s’engage. Les doutes et les hésitations qui marquent ce mois de septembre et la journée du 24, malgré le succès de la grève à la RATP, ne préjugent en rien de l’issue de la bataille. D’ores et déjà, l’appel à la grève reconductible à partir du 5 décembre initié par les syndicats de la RATP, depuis jeudi, CGT incluse et à laquelle s’est jointe Sud-rail et devrait se joindre FO-transports, sera une étape importante de la mobilisation sans écarter la possibilité d’autres initiatives d’ici là.

Après le mouvement des gilets jaunes, nous sommes dans un moment de maturation, de discussion, de prise de conscience à la lumière des luttes en cours et de la politique du patronat et de l’État. Il s’agit d’y tracer une perspective d’ensemble en anticipant sur les évolutions de consciences pour les aider, les renforcer, les regrouper.

Chaque grève est un combat politique

L’idée que chaque mobilisation, chaque lutte est un moment d’une lutte d’ensemble, qu’inverser le rapport de force c’est se poser concrètement la question de l’organisation démocratique des luttes, de la remise en cause des fondements de la société capitaliste, plus généralement du pouvoir et du changement de société hors des cadres institutionnels, fait son chemin.

Les perspectives de convergences sont au cœur de ces évolutions de consciences qui, elles mêmes, en sont la condition.

Il y a là une dimension importante de notre intervention dans les luttes pour contribuer à leur prise en main par les travailleurs eux-mêmes. Nous ne sommes pas les défenseurs de l’unité de la gauche faillie ou de rassemblement de la gauche qui lutte mais notre politique ne peut se contenter de chercher à rassembler par en haut les différentes minorités agissantes. Partout où nous pouvons, nous encourageons la constitution de comités de grève, les interpros, la coordination et le regroupement des acteurs des luttes sans nous plier aux cadres décrétés par les appareils syndicaux.

Nous avons aussi à mener la bataille dans nos organisations syndicales, regrouper autour d’une orientation en rupture avec la politique du dialogue social pour défendre une politique de classe et la démocratie contre la mainmise bureaucratique des appareils.

La faillite du capitalisme et la perspective démocratique et révolutionnaire, socialiste et communiste

La tâche essentielle du jour est d’œuvrer à la transformation du rejet du capitalisme en une conscience de classe démocratique et révolutionnaire, socialiste, communiste. L’anticapitalisme ne suffit plus, s’il a jamais suffi. Notre programme est celui du socialisme et du communisme mais les caricatures monstrueuses et les reniements dont ces idées ont été les victimes nous imposent de souligner leur contenu démocratique et révolutionnaire, la conquête du droit de décider et de contrôler par la population elle-même.

Il est indispensable de s’adresser à l’ensemble de la classe ouvrière sur le terrain politique pour démontrer la nécessité de se regrouper sur la base d’une solidarité de classe internationaliste. Pour convaincre aussi que les perspectives révolutionnaires du socialisme et du communisme sont toujours bien vivantes, qu’elles sont inscrites dans le développement même de la société. C’est un travail collectif que nous avons laissé en chantier qu’il est indispensable d’engager.

Les inquiétudes soulevées par la prise de conscience de l’impasse dans laquelle le capitalisme enferme la société peut laisser la place à la montée des idées réactionnaires ou d’idées dites modernes, théories de l’effondrement ou collapsologie en particulier dans la jeunesse. Il ne manque pas de gens pour jouer des peurs, des inquiétudes, de l’impasse face à laquelle se trouvent les classes populaires et la jeunesse alors que le mouvement ouvrier, les forces progressistes, démocratiques sont dépassées, étouffées par l’offensive sociale et politique des classes dominantes. Il ne manque pas de charlatans pour combattre la notion même de progrès ou défendre l’obscurantisme contre la science.

Nous avons besoin de répondre à ces inquiétudes, interrogations alors que le capitalisme qui, il y a trente ans, annonçait la fin de l’histoire, la démocratie et la paix n’a jamais été aussi peu légitime aux yeux du plus grand nombre. La bataille politique, idéologique, est en prise directe avec les mobilisations et la construction d’une perspective d’ensemble.

Pour que le NPA soit l’instrument de la construction d’un parti des travailleurs

Développer une politique, agir tous ensemble pour aider les travailleurs à se constituer en parti conditionne l’ensemble de notre activité. C’est pourquoi le projet du NPA de contribuer au rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires garde l’essentiel de sa pertinence dans la perspective de construire un parti des travailleurs, un parti pour la transformation révolutionnaire de la société. Notre priorité est de mettre en œuvre une politique visant à la construction de l’instrument indispensable aux luttes comme à l’émancipation des classes exploitées, des opprimés, de toute la société de la domination du capital.

Faire de la politique c’est aussi permettre à la colère, aux aspirations de s’exprimer y compris sur le terrain électoral, aux travailleurs d’envoyer leur porte-parole dans les municipalités, dans le cadre de notre démarche globale de rassemblement sur des bases d’indépendance de classe, en nous adressant à Lutte ouvrière ainsi qu’à toutes celles et ceux que nous côtoyons dans les luttes.

Le fait que le NPA soit aujourd’hui un front de fractions et tendances n’est pas en soi un handicap. C’est en réalité un fait positif qui rompt avec les habitudes de penser du mouvement révolutionnaire, de justifier les divisions, les rivalités et le sectarisme, le monolithisme et l’absence de démocratie, du moins si nous-mêmes nous écartons de ces pratiques. Nous avons besoin d’une démocratie vivante pour discuter des conditions d’avancer ensemble au moment où mûrissent les conditions de l’émergence d’un parti démocratique et révolutionnaire, un parti des travailleurs.

Nous avons besoin de prendre la mesure des bouleversements auxquels le monde du travail est confronté pour prendre la mesure des perspectives nouvelles qui s’ouvrent à nous.

Texte collectif rédigé dans le cadre des débats du NPA

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