La grève de l’écrasante majorité des personnels, techniciens, cadres de la RATP a donné le coup d’envoi des mobilisations contre la casse des retraites et des « régimes spéciaux ». L’annonce, sous la pression des grévistes rassemblés devant le siège de la RATP, de la perspective d’une grève reconductible d’ici décembre, malgré la frilosité, la réticence et les limites que voudraient y mettre les appareils syndicaux, est un point d’appui, un encouragement pour toutes celles et ceux qui veulent se battre et cherchent à dépasser la politique d’émiettement des luttes que mènent les principaux syndicats. Une aspiration également portée par la manifestation de « convergence des colères » des gilets jaunes samedi à Nantes. La journée nationale et interprofessionnelle du 24 appelée initialement par la CGT à laquelle SUD Rail et Solidaires viennent de se joindre en sera une prochaine étape.

En face, patronat et gouvernement ont redoublé leur propagande grossière pour l’« équité », contre « les privilèges »… des régimes spéciaux ! Mais le timing tombe mal alors qu’une succession d’affaires fait la Une, de l’ami intime de Sarkozy, Balkany, enfin sous les verrous, aux Fillon, Le Pen and Co mis en examen pour « détournement d’argent public », et à Ferrand, président de l’Assemblée nationale, protégé de Macron et ancien ministre, resté en poste bien que mis en examen pour « prise illégale d’intérêts »…

Alors oui, il y a un profond sentiment d’injustice, de ras le bol face aux « privilèges » et à l’incurie des classes dominantes et de leurs serviteurs. Et il n’est pas banal que dans les salons dorés de la République, la plupart des députés fassent corps face à la justice défendant, de Mélenchon à Le Pen, la « présomption d’innocence ».

La gauche syndicale et politique atone

Philippe a annoncé des « consultations citoyennes » et un nouveau cycle de négociations avant le vote du Parlement à l’été prochain, évoquant un étalement de l’application de la réforme jusqu’à 2040… Le gouvernement en difficulté cherche à gagner du temps, mais la gauche institutionnelle syndicale et politique est silencieuse, inexistante, sans autres horizon et calendrier que ceux du dialogue social et des élections.

Sur France Info vendredi, Martinez expliquait que « pour régler le problème des grèves, il faut discuter, mais discuter de façon ouverte », regrettant de ne pas être reçu par Macron, comme Berger l’a été, « en tête à tête ». Le lendemain, à la fête de l’Huma, il se félicitait de « débattre » doctement avec Delevoye, ministre chargé de liquider le système des retraites, qui a été copieusement chahuté par le public !

A cette même fête, une autre question agitait les représentants de la gauche politique, celle des municipales alors que nombre de collectivités et d’intercommunalités sont dirigées par des majorités « gauche plurielle » autour du PS et de ses divers satellites... Le PCF appelle sans surprise à « l’union dès le 1er tour », espérant sauver quelques uns de ses 800 maires et 7000 élus. « Nous avons la main tendue et le stylo Bic ouvert… » a lancé son secrétaire national Fabien Roussel. Sur le terrain, les manœuvres vont bon train, au milieu des ambitions rivales avec en ligne de mire les prochaines régionales et… 2022. A des années lumière des besoins et préoccupations du monde du travail, de la jeunesse, de tous ceux qui se mobilisent contre la catastrophe sociale, écologique et contestent le capitalisme.

Nous regrouper à la base, au sein des luttes, autour d’un programme pour s’opposer à la politique du gouvernement

Ceux qui espéraient encore reconstruire une gauche « de gauche » en sont pour leurs frais. C’est une perspective bien différente dont ont besoin les militants lutte de classe.

A la base, dans les équipes syndicales, parmi les travailleurs combatifs, la conscience de la nécessité d’une riposte commune du monde du travail s’élargit et se fait entendre. Notre débat à nous se mène là, au sein des mobilisations, autour de quel programme, quelles perspectives pour s’opposer à la politique du gouvernement et des classes dominantes, à ses fondements.

La lutte pour les retraites à la RATP et ailleurs, celle des Urgences en grève depuis 6 mois qui appellent aujourd’hui l’ensemble des hospitaliers à les rejoindre, celles de La Poste, des enseignants, des salariés de l’automobile, etc., ont chacune besoin de prendre la mesure de l’affrontement qu’elles portent en elles, et de la nécessité de regrouper, d’unir les travailleuses et travailleurs en lutte, de penser les différentes grèves et revendications comme partie prenante d’une riposte globale pour imposer de prendre sur les profits, les dividendes pour satisfaire les besoins collectifs.

Porter la contestation sur le terrain politique, y compris électoral

Porter cette perspective c’est s’emparer de la question politique, ne pas la laisser aux partis institutionnels. Chacune des luttes en cours ou en préparation pose la question de qui dirige et pour quels intérêts, quel contrôle les classes populaires, le monde du travail peuvent avoir sur la marche de la société ? Comment imposer que soient respectés les intérêts collectifs ? La question de quel système de santé, quelle couverture sociale, quelles retraites, la question du climat qui va être au centre des mobilisations des 20 et 21 septembre, portent toutes la nécessité de contester la domination d’une poignée de financiers et de grands actionnaires.

Dans les luttes en cours et en construction, au sein des mobilisations comme dans les élections municipales à venir, nous voulons porter la contestation du monde du travail et de la jeunesse, aider au regroupement de tous ceux qui sont convaincus de la nécessité que les travailleuses et les travailleurs, les jeunes, prennent eux-mêmes leurs affaires en main, en toute indépendance des classes dominantes et de leur personnel politique.

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