Licenciements, retraite, sécurité sociale, indemnisation des chômeurs… l’offensive des classes dominantes, du gouvernement et des forces réactionnaires redouble. Face à elle, les mobilisations du monde du travail se succèdent. Après les gilets jaunes, la popularité de la grève des urgences témoigne de la globalisation du ras-le-bol. Hospitaliers, enseignants, pompiers, postiers, salariés en proie aux licenciements comme à General Electric, Ford, New Look, Conforama…, les foyers de révolte sont nombreux, mais encore dispersés.

Dans cette situation, bien des militant.e.s aspirent à « l’unité » pour résister à l’offensive sociale, politique, idéologique et cherchent à tisser des liens pour aider à l’unification et à l’extension des mouvements, des grèves.

Une aspiration que les divers bouts de la « gauche » tentent de ramener sur le terrain institutionnel, multipliant les initiatives depuis les Européennes avec dans le viseur les municipales de mars prochain… et 2022. Cela au moment même où la faillite de cette gauche, y compris dite radicale, connaît un nouvel épisode avec Syriza en Grèce aux élections législatives, après l’échec cinglant des Européennes.

« Faire tomber les murs à gauche » ?

En avril, avant la sanction des urnes, Mélenchon avait déjà appelé à une « fédération populaire de gauche ». Mi juin, c’est le PCF qui lançait un appel « aux citoyens et aux formations de gauche pour construire une union populaire ».

Le 30 juin, les députées Elsa Faucillon, PCF, et Clémentine Autain, FI (qui avait tweeté au soir des Européennes : « Tristesse et colère. Il est minuit moins deux. Le pire serait de continuer comme avant »), appelaient au cirque Romanes diverses personnalités politiques, syndicales ou associatives à un « big bang de la gauche » tout en assurant ne pas vouloir reconstruire « l’union de la gauche à la papa »… Clémentine Autain n’en expliquait pas moins : « On sait bien que l’union des partis, ça ne peut plus le faire. Mais ce n’est pas parce que les collectifs antilibéraux [mis en place entre le TCE en 2005 et les présidentielles de 2007] n’ont pas fonctionné que ça ne peut plus marcher aujourd’hui »

Ce week-end, c’est un ex-député « frondeur », ex-secrétaire d’Etat de Jospin, Christian Paul, qui invitait à un « festival des idées » pour « faire tomber les murs à gauche » en compagnie d’anciennes ministres (D. Voynet, C. Duflot, C. Taubira), de l’altermondialiste Aurélie Trouvé ou l’économiste atterré T. Picketty… où se sont retrouvés aussi nombre des invités du Big bang

Campagne pour le referendum ADP ou le mythe du « bien commun »…

« La bataille pour un référendum sur la privatisation d’Aéroports de Paris peut être une belle occasion » expliquait E. Faucillon, instigatrice du Big bang… Des travaux pratiques immédiats en quelque sorte, sur un terrain pour le moins institutionnel… et patriotique.

Mise sur pied de collectifs, groupes facebook, pétitions, distributions de flyers bleus-blancs-rouges à l’effigie de Marianne, agitation pour convaincre qu’ADP est « notre trésor », « la première frontière de France » (flyer signons.fr), « notre bien public » (tract CGT)… : la campagne pour obtenir 4,7 millions de votes développe le mythe d’un Etat national censé préserver notre « bien public ». Comme si le groupe ADP, devenu société anonyme en 2005, introduit en bourse en 2006 n’était pas le 1er opérateur aéroportuaire mondial (juste devant Vinci), une multinationale exploitant des aéroports dans le monde entier, dont le bénéfice net était de 610 millions d'euros en 2018 (+ 39 % en deux ans)… dont 60 % ont été redistribués en dividendes aux actionnaires parmi lesquels Vinci (8 % d’ADP) ou le Crédit agricole (5 %), l’Etat français étant à ce jour majoritaire à 50,6 %.

Il n’est pas plus nécessaire de repeindre ADP en « bien public » pour s’opposer à la dernière étape de sa privatisation que de s’inscrire dans cette campagne de la gauche en mal de recomposition pour voter contre…

Un programme politique pour l’unité des luttes et poser la question du pouvoir des travailleurs

L’urgence pour le monde du travail se situe sur un tout autre terrain. La nécessaire coordination des multiples luttes aujourd’hui dispersées, éclatées face à l’offensive globale des classes dominantes et du gouvernement, rend indispensable une politique portant la question de l’affrontement de classe que toutes ces luttes posent à un niveau ou un autre.

Qu’il s’agisse de la grève des professeurs retenant les copies du bac, des personnels hospitaliers des urgences, des travailleurs de General Electric, de Ford, des Gilets jaunes, l’ensemble de ces mouvements porte la contestation d’une politique visant à satisfaire l’appétit incessant de la finance, de la domination capitaliste. La grande majorité du monde du travail en a une perception diffuse, de profondes transformations sont en cours dans les consciences, mais la compréhension des rapports de classe reste obscurcie par bien des illusions et préjugés. Les différentes luttes se regardent avec sympathie, solidarité face à l’Etat, à la répression… mais ne se pensent pas comme participant d’un même affrontement. Illusions corporatistes, dans l’Etat et les institutions de la bourgeoisie, patriotiques, sont autant de freins et de chaînes pour les travailleurs.

Pour les dépasser, il y a besoin d’une politique pour armer les actrices et acteurs des luttes d’une compréhension des rapports de classe, en totale indépendance de la gauche institutionnelle, syndicale et parlementaire. Une politique formulant cet affrontement, faisant le lien entre les revendications immédiates et la nécessité du contrôle de l’économie, de l’Etat par les travailleurs pour une société au service de la collectivité.

La question de l’anticapitalisme, de son lien avec les préoccupations immédiates de ceux qui se battent était aussi présente à la troisième AG des AG des Gilets jaunes réunie dimanche 30 juin à Montceau-les-Mines. Le débat sur « doit-on et-ou peut-on sortir du capitalisme ? » a été un moment important de la rencontre.

Ce débat est incontournable, il est posé en filigrane au sein des luttes, des mouvements qui portent la contestation du pouvoir des classes dominantes, de la finance. L’extrême-gauche, les révolutionnaires peuvent seuls aider à le porter en nourrissant la révolte et la contestation de la perspective révolutionnaire, des idées du socialisme, la question du pouvoir des travailleurs.

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