Sans surprise, à l’issue d’une campagne cacophonique sans intérêt qui a sombré en fin de course dans le sécuritaire alors que les Gilets jaunes montraient, dans la rue, qu’ils n’en attendaient rien, Le Pen est arrivée en tête des élections européennes devant Macron. Cela s’inscrit dans une logique sociale et politique à l’œuvre depuis des années du fait des capitulations et de la déroute de la gauche institutionnelle, la gauche de gouvernement et de celles des directions des grandes confédérations syndicales incapables d’avoir une politique pour résister à l’offensive du capital et des forces réactionnaires. Ce processus se déroule dans l’Europe entière.

Imposteur contre imposteur...

Macron n’avait dû sa victoire à la présidentielle qu’à une imposture financée par le grand patronat, celle de se présenter comme un adversaire résolu de l’extrême droite. Depuis qu’il est au pouvoir, tant le mécontentement que sa politique engendre que son attitude arrogante et méprisante associée à la répression policière alimentent la propagande des démagogues de l’extrême droite prêts à tout pour accéder au pouvoir. Lui même avait intronisé le RN comme son seul opposant pour tenter de refaire le hold-up de la présidentielle.

Ainsi, Marine Le Pen n’a-t-elle eu aucun mal à jouer le rôle que lui dédiait Macron, celle de la meilleure opposante à un gouvernement détesté !

Elle a donné des gages aux classes dominantes en dévoyant une partie du mécontentement populaire sur le terrain du racisme et du chauvinisme. C’est elle qui a gagné mais les perdants, ce sont les gilets jaunes et l’ensemble du monde du travail.

Il serait illusoire de croire que la « sanction » infligée à Macron mettra les mobilisations en meilleure position. Celui-ci va poursuivre sa politique avec d'autant plus de brutalité qu’il est en position de faiblesse et que ce n’est pas le RN qui lui fera obstacle si ce n’est dans le spectacle des rivalités politiciennes et parlementaires. Il sait qu’il peut s’appuyer sur le poids politique des forces réactionnaires et surtout sur l’effondrement d’une gauche sans force et sans idée, adaptée, intégrée au système qui a, une fois de plus, affiché son impuissance.

L’abstention bien que moindre que celle de 2014 participe du rejet du jeu politicien, de partis déconsidérés, d’un système dont l’immense majorité de la population n’attend rien, d’élections sans enjeu, truquées et confisquées. Mais elle est aussi, d’une certaine façon, le complément sur le plan électoral de l’abstention de la grande majorité des salariés qui ont été les spectateurs durant les six derniers mois du mouvement des gilets jaunes, certes solidaires, mais attentistes.

Une politique de classe, démocratique, collective, solidaire

Dans ce contexte d’offensive réactionnaire où beaucoup de travailleurs se sont abstenus, les résultats de Lutte ouvrière que soutenait le NPA sont faibles. Nombre de salariés ne croient pas plus à l’utilité du vote qu’à celle de la lutte. Ils ne voient pas qu’il est de leur intérêt de répondre politiquement par tous les moyens dont ils disposent, y compris le bulletin de vote. Les luttes, leur développement, leur convergence dépendent de cette conscience, de cette volonté de répondre aux coups, à tous les coups avec les armes dont on dispose. Le bulletin de vote en est une. C’est pourquoi le NPA appelait à voter LO.

Heureusement, LO était là pour faire entendre une voix anticapitaliste et révolutionnaire face aux surenchères souverainistes et nationalistes. Mais il est dommage que sa campagne soit restée par trop générale, proclamatoire sans chercher à s’adresser à celles et ceux qui étaient sur les ronds-points ou aux manifs du samedi, comme à celles et ceux qui ont partagé leur révolte, leurs colères, leurs aspirations à la justice sociale et à la démocratie, comme à celles et ceux qui sont à juste titre révoltés par le mépris des classes dirigeantes pour les questions écologistes.

L’extrême gauche, bien vivante, présente, active dans les luttes et les mobilisations, dans les élections aussi, a besoin de rassembler ses forces dans un cadre démocratique pour être en mesure de donner confiance au monde du travail, à sa jeunesse, de les encourager à prendre leurs affaires en main contre l’offensive des classes dominantes, faire de la politique, s’organiser en parti pour défendre leurs droits et la perspective de la transformation révolutionnaire de la société.

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