Malgré les appels en boucle des politiciens et des médias à être responsables, à l’union nationale, malgré le renforcement des moyens policiers, le plan anti-attentat, les menaces, le chantage… des dizaines de milliers de manifestant.e.s sont à nouveau descendus dans la rue ce samedi tandis que de nombreux autres continuaient à tenir les ronds-points, bloquaient des zones commerciales.

La presse et tous les émissaires du gouvernement et des patrons ont beau répéter que « le mouvement s’essouffle », tenter de le minorer, sa détermination s’impose à tous. L’aspiration à vivre dignement, à la justice sociale, à la démocratie est profonde et contagieuse, les prises de conscience et les ruptures s’accélèrent.

Le soutien de la population ne faiblit pas plus.

La veille, les manifestations à l’appel de la CGT n’ont pas fait le plein, mais comment s’en étonner vu à la fois l’absence de préparation et les ressentiments de nombre de militant.e.s vis-à-vis de la politique des directions syndicales. Malgré cela, des dizaines de milliers de salarié.e.s, de militant.e.s se sont saisis de cette journée pour faire le lien avec le mouvement général, affirmer leur volonté que cette lutte s’étende dans les entreprises, par la grève.

Un mouvement auquel la jeunesse a apporté son dynamisme, sa générosité, sa liberté et sa révolte contre les inégalités, le mépris, la violence sociale. Et il est marquant que l’ensemble du mouvement, dans tout le pays, se soit identifié aux lycéens des quartiers populaires de Mantes-la-Jolie, symboles de la violence et de l’humiliation que subissent les plus précaires.

Ce mouvement n’est plus celui des seuls gilets jaunes, il est celui de la contestation globale de la société. Après avoir gagné la jeunesse, il commence à gagner les entreprises et renforce sa nature de classe. Les lycéens des cités en lutte contre la ségrégation comme les étudiants qui se battent contre la hausse des droits d’inscription pour les étudiants étrangers, en solidarité « avec les étudiants du monde entier », contribuent à isoler ceux qui, dans le mouvement, tentent d’instrumentaliser les préjugés.

Et l’écho que le mouvement rencontre dans de nombreux pays, de la Belgique au Maroc en passant par Israël, le Liban, les Pays Bas ou l’Egypte… où le pouvoir a interdit la vente de gilets jaunes, renforce la dimension internationale de la lutte.

Les leçons des gilets jaunes

Agir par en bas, débattre, s’organiser, décider… ces leçons peuvent se propager vite, devenir virales. Sur les barrages, les ronds-points, dans les transports en commun, au travail, dans les facs et les lycées, le débat s’immisce partout. Quelles revendications, quelles formes de lutte, quelle démocratie, quelle société, comment peut se dérouler une révolution ? Le mouvement a fait la démonstration concrète que la lutte et son organisation par en bas peuvent changer les choses. Macron cède sans céder, à la marge, ce qui a été obtenu renforce le monde du travail dans la conviction de son bon droit et que ce n’est ni dans les salons de Matignon ou de l’Elysée, ni au Parlement que la suite du mouvement peut s’écrire. La motion de censure déposée par la FI, le PS et le PCF et votée dans un même élan par Le Pen et Dupont-Aignan illustre à la fois le côté dérisoire et l’impasse de la prétendue lutte parlementaire mais aussi les confusions politiques à l’œuvre.

Une lutte sociale et politique qui est celle du monde du travail

Un des paradoxes des gilets jaunes est qu’elles et ils se disent apolitiques alors que leur force est… de faire de la politique. Des millions de personnes se sont emparées du débat, ont gagné l’opinion en militant de façon pugnace sur les ronds points, les blocages, les manifestations. Ils ont isolé le pouvoir, s’exprimant dans leur diversité…

La très grande participation des femmes marque le mouvement et renforce sa nature politique et de classe. Ouvrières, aides-soignantes, femmes de ménage, mères « au foyer », au chômage, sont sorties de l’ombre, de l’anonymat. Elles sont nombreuses à prendre part à la bataille sociale et démocratique, à ses décisions pour dire le ras le bol de la galère, l’aspiration à la dignité, à l’égalité, à décider de leur vie, de leur avenir et de celui de leurs enfants.

Et le mouvement impose un débat politique où se lient questions sociales, écologiques, démocratiques.

Macron tente de reprendre la main en lui donnant une forme institutionnelle avec ses « débats nationaux » dans lesquels il a voulu inclure le « thème » de l’immigration, avant de rétropédaler, tout en maintenant la question à l’ordre du jour…

Tout en prenant en main la lutte pour les salaires, les pensions et les minimas sociaux, leur indexation sur le coût de la vie, les travailleurs ont à défendre à haute et intelligible voix dans les mobilisations, les entreprises, les syndicats, un plan d’urgence social, démocratique, écologique dont la classe ouvrière est porteuse pour l’ensemble de la société. Ce plan ne peut être un plan pour la France, ce n’est pas un plan bleu-blanc-rouge. C’est un plan pour les travailleurs et les classes populaires, pour la jeunesse. Il ne peut s’arrêter aux frontières, il participe au contraire de la construction d’une Europe des travailleurs et des peuples, de leurs luttes unies pour une autre société, en opposition aux idéologies et préjugés dominants véhiculés en premier lieu par la droite extrême et l’extrême droite et ceux qui leur servent les plats. La suite du mouvement dépend pour une large part de sa capacité à s’en affranchir pour adopter un point de vue et une politique d’indépendance de classe.

La question centrale de la démocratie, de qui décide et contrôle. « Tout est à nous » !

Au cœur des discussions, en plus de la justice sociale, du respect, de l’égalité, il y a depuis le début du mouvement la question de la démocratie, de qui décide et contrôle, dans les mobilisations et dans la société, par quels moyens. Cette exigence démocratique s’exprime tant dans la révolte contre les privilèges des politiciens que dans la demande du référendum d’initiative citoyenne (RIC) porté par le RN et la FI. Ce serait un emplâtre sur une jambe de bois tant les 1 % qui dirigent la société ne peuvent laisser les 99 % décider de la marche de l’économie, de la production et de la répartition des richesses.

Les travailleuses et travailleurs de Ford à Blanquefort en savent quelque chose, eux qui viennent d’apprendre la fermeture de leur usine après des mois de manœuvres, de mensonges, de pressions de la part de Ford, Punch et des « pouvoirs publics », tous unis pour tenter de lier les mains des salarié.e.s, les convaincre chacun à sa manière que tout était fait « pour leur bien », que « tous » avaient les mêmes intérêts, et au final que « tout » avait été fait ! Vaste duperie pour préserver les intérêts des actionnaires, de ceux au service desquels sont les Macron, Lemaire et leurs alter-ego locaux qui ont arrosé Ford de dizaines de millions, étaient prêts à en faire autant pour Punch et qui n’ont de cesse de déverser des milliards d’argent public dans les caisses des capitalistes pour « soutenir l’emploi ».

Alors oui, il faut immédiatement une autre fiscalité, taxer le capital, les immenses profits, et réquisitionner les usines qui licencient, sans aucune indemnité ni rachat ! Mais c’est l’ensemble du fonctionnement de l’économie qu’il faut contester. La question de la démocratie pose celle d’en finir avec la domination des classes capitalistes.

La demande de justice sociale qui soude les gilets jaunes et l’opinion contre Macron n’a de réponse que dans cette perspective.

N’en déplaise aux classes dominantes et à leurs commentateurs dévoués, le mouvement est profond. Des millions de femmes et d’hommes, de jeunes ont perdu toute confiance en eux et en leur système, se sont éveillés à la lutte collective et au débat politique. Quel que soit le timing, une nouvelle étape s’ouvre, celle de l’élargissement au sein des entreprises, la bataille autour d’un plan d’urgence porté par le monde du travail posant la question sociale et démocratique, la contestation de la domination capitaliste.

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