Samedi, des milliers de manifestants en France et dans d’autres pays d’Europe ont exprimé leur inquiétude face à la crise climatique et leur révolte devant l’inertie des gouvernements. Le nouveau rapport du GIEC (le groupe d’experts du climat travaillant pour l’ONU) qui a été rendu public début octobre donne entièrement raison à toutes celles et ceux qui s’inquiètent et veulent agir. Reste à savoir maintenant comment. Trois ans après les beaux discours de la conférence sur le climat de Paris, le rapport du GIEC confirme que le réchauffement climatique est plus rapide que prévu et qu’il a déjà des conséquences dramatiques à l’échelle du monde. Deux scénarios sont envisagés d’ici 2100, une augmentation de 1,5°C aux conséquences inquiétantes et une au-delà de 2°C, catastrophique et créant une situation sans retour. Les données scientifiques du GIEC sont précieuses et indispensables mais ce débat entre 1,5°C ou 2°C est un jeu de dupes bien dérisoire si on ne le pose pas d’un point de vue de classe en lien avec les ravages engendrés par la course aux profits qu’imposent les multinationales et les États à leur service à toute la société.

Cynisme et irresponsabilité des classes dominantes

Les engagements signés en 2015 à la COP21 de Paris étaient déjà insuffisants pour limiter le réchauffement à moins de 3°C. Depuis non seulement des pays comme les États-Unis se sont retirés de l’accord mais seuls 9 pays sur 180 ont transformé leurs promesses en réelles propositions. Et en conséquence, malgré le sacre ridicule par l'ONU de Macron « champion de la Terre », les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017, en France comme à l’échelle du Monde.

Les classes dirigeantes et leurs représentants sont bien incapables de mettre en place des mesures à la hauteur des enjeux et il est indispensable d’avoir une claire conscience des raisons de cette incurie. L'urgence d’agir dans l’intérêt de l’ensemble de l’Humanité se heurte à la réalité d’un capitalisme financier de plus en plus prédateur, aux lois d’un marché mondialisé dans lequel les multinationales se livrent à une concurrence acharnée qui exacerbe toutes les tensions entre les États pour le contrôle stratégique des sources d’énergie, des matières premières.

Alors que le GIEC préconise de réduire, voire de renoncer à l’utilisation des énergies fossiles, c’est exactement le contraire que les États et les multinationales font. Un rapport de l’OCDE constate que « les gouvernements continuent de consacrer près de 500 milliards de dollars par an [430 milliards d’euros] pour subventionner le pétrole, le charbon et le gaz (..) ». L’Arabie Saoudite, avec l’aide de Total qui doit massivement y investir, développe un projet pharaonique de complexe pétrochimique garantissant des débouchés pour ses réserves de pétrole encore non exploitées... pas question de renoncer à la rente pétrolière. Malgré la promesse de toujours préserver les richesses naturelles de l’Arctique, le premier ministre du Canada, Trudeau, a annoncé que l’exploitation du pétrole et du gaz y était désormais en préparation. Les multinationales n’ont pas non plus renoncé aux gisements d’énergies fossiles non encore découverts !

Le jour même de la parution du rapport du GIEC, le prix Nobel d’économie était décerné à deux économistes libéraux dont William Nordhaus, un spécialiste du capitalisme vert… Un des théoriciens de cette absurdité que pour résoudre les problèmes il suffit de s’en remettre aux lois du marché, de créer un marché mondial du carbone… Depuis 25 ans les conférences sur le climat sont devenues de véritables foires commerciales, industrielles et financières pour promouvoir un capitalisme vert dans une fuite en avant vers la financiarisation de la nature uniquement envisagée comme une source de profits possibles. Le capitalisme financier, plus parasite que jamais, est le principal obstacle pour répondre aux enjeux d’une crise écologique qui elle-même est la conséquence des contradictions du développement capitaliste depuis deux siècles.

Un combat de classe pour la défense des populations et de leur environnement

La légitime inquiétude et le sentiment d’impuissance face à la catastrophe annoncée, peut conduire à ne voir de solutions que dans la multiplication des « petits gestes pour sauver la planète », des initiatives individuelles ou locales. Mais c’est aussi le discours dominant des politiciens, des multinationales comme de bien des ONG environnementales, un discours moralisateur qui sert surtout à masquer le cynisme et l’irresponsabilité des classes dominantes. Il ouvre la porte à bien des idées dangereuses, réactionnaires. Ainsi les discussions autour du concept d’Anthropocène tendent à réduire la crise écologique à un problème de surpopulation, qu’il suffirait donc de contenir… alimentant le retour du malthusianisme, c'est-à-dire du préjugé réactionnaire qu'il faudrait limiter la population pour réduire la pauvreté ou la pollution. Ainsi l’AFP a récemment publié une infographie « réduire son impact carbone » dans laquelle le « petit geste » le plus efficace était : « avoir un enfant en moins » ! Une récente tribune du Monde, « Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue », signée par des scientifiques et chefs d’entreprises, préconise de financer des programmes de limitation des naissances dans les pays les plus pauvres !

Rendre la croissance démographique responsable du réchauffement climatique revient surtout à dédouaner les classes dominantes et les laisser aggraver la situation, au nom même de la lutte pour sauver le climat.

Les causes du réchauffement climatique sont à chercher dans les contradictions de cette société d’exploitation. Il nous faut comprendre, en toute lucidité, que la guerre de classe que mène la bourgeoisie à l’échelle du monde pour continuer à s’approprier une part toujours plus grande de richesses ne peut qu’entraîner la régression sociale pour les populations et ravager l’environnement. A cet égoïsme social des classes dominantes ne peut qu’être opposée une politique répondant aux intérêts de l’ensemble de la population et de la défense de son environnement naturel, une politique de classe, celle du monde du travail et de la jeunesse.

La crise climatique est devenue une question sociale et politique déterminante. Du fait des enjeux planétaires des problèmes à résoudre, elle n’a pas d’issue locale, individuelle, mais impose de lutter collectivement, pour une réponse globale, internationale, dépassant les cadres nationaux, osant contester le pouvoir des classes dominantes.

A travers le monde, de multiples mobilisations, dont nous ne pouvons qu’être partie prenante, témoignent d’une prise de conscience de la nécessité de se mobiliser pour imposer des solutions face à l’apathie des gouvernements, comme les marches pour le climat de ce samedi. Et effectivement les solutions indispensables devront être imposées par un rapport de forces sur le terrain de la lutte sociale, de la lutte des classes contre les intérêts de la finance, des multinationales, de la bourgeoisie.

La construction d’un tel rapport de force ne peut reposer que sur une claire conscience de la situation et des enjeux, de la nécessité de remettre en cause la logique capitaliste. Il n’y aura pas de réponse au réchauffement climatique, à la crise écologique, sans en finir avec la logique du marché, de la course aux profits, sans remise en cause de la propriété capitaliste, du parasitisme d’une minorité sur toute la vie sociale. C’est la condition pour mettre en œuvre une planification démocratique de la production et des échanges permettant de réorganiser l’ensemble de l’économie en fonction des besoins de tous et de la préservation de notre environnement, le socialisme.

Bruno Bajou

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