Mercredi 10 octobre, Wall Street a subi son plus gros recul depuis le mois de février, 3,15 % de l’indice Dow Jones, 4,08 % de l’indice des nouvelles technologies, le Nasdaq, à 7 422,05 points. Il ne s’agit certes pas d’un tremblement de terre mais néanmoins l’ensemble des places financières de la planète ont, elles aussi, décroché.

Les principales Bourses européennes ainsi que les places asiatiques ont été emportées dans la tourmente. L'indice Nikkei à Tokyo a perdu 3,89%, les bourses de Hong Kong, de la Corée du sud ont suivi, tandis que celle de Taiwan chutait de plus de 6%, Shanghai de près de 5 % perdant plus de 21 % depuis le début de 2018.

Donald Trump a balayé l’hypothèse que sa guerre commerciale, en particulier contre la Chine, puisse en être responsable : « Ce n'est pas ça le problème. Le problème à mon avis, c'est la Fed (la Réserve fédérale, la banque centrale américaine). La Fed est déchaînée, elle devient folle ». Et cela parce qu’elle a décidé d’augmenter les taux d’intérêt. Son secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin (un ex-Goldman Sachs) a modulé le propos faisant preuve d’une profondeur philosophique toute capitaliste : « Les marchés montent. Les marchés descendent. Je vois cela comme une correction normale. »

Ainsi va la vie… Sauf que cette « correction », des milliards partis en fumée, intervient quelques mois après le mini-krach de février dernier. Elle est une nouvelle manifestation de l’instabilité financière, conséquence d’un ensemble de causes qui convergent autour d’un fait dominant : la masse de capitaux qui se disputent la plus-value produite à l’échelle mondiale par les travailleurs a de plus en plus de difficultés à nourrir les appétits avides et illimités de leurs possesseurs.

Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis et leur impact sur la croissance mondiale, dont le FMI a récemment revu à la baisse les prévisions, font bien évidemment partie du problème. Les crises financières dans les pays émergents (Turquie, Argentine, Brésil) voire, demain, en Italie, participent aussi de l’instabilité ambiante. Pour les pays émergents, l'endettement à l’égard de banques étrangères a augmenté beaucoup plus rapidement que leurs exportations. D'autant plus que la hausse des taux d'intérêt américains et le raffermissement du dollar augmentent le coût de leur dette. Les financiers n’y trouvent plus leur compte et détournent de ces pays leurs capitaux. Depuis la mi-avril, après des entrées massives en 2017 et au début de 2018, ces retraits représentent environ 35 milliards de dollars, une somme faible ne serait-ce qu’au regard des pertes des places boursières mais qui indique un renversement de tendance dangereux.

Et la FED n’a pas le choix pour tenter de contrôler la marche aveugle de l’économie capitaliste que de tenter de contrôler l’émission monétaire en haussant les taux d’intérêt. Elle n’a pas d’autre moyen que d’augmenter le coût de l’argent, de renchérir les emprunts pour freiner l’inflation, éviter une trop grande surchauffe de l’économie américaine.

Cette dernière a connu dix années de croissance stimulée par le crédit et donc la dette. Les cadeaux fiscaux de Trump ont prolongé cette croissance à crédit mais pour accentuer la surchauffe, c’est-à-dire une accentuation de l’exubérance financière de plus en plus déconnectée de la croissance réelle. Les capitalistes sont inquiets de voir les salaires augmenter alors que le chômage est au plus bas. Et cela d’autant que la politique protectionniste de Trump vient perturber les échanges commerciaux sans que les cadeaux fiscaux puissent compenser les éventuels manques à gagner. En réalité alors que les marchés boursiers ont connu une expansion sans précédent depuis dix ans, c’est bien à un début de retournement de tendance auquel on assiste.

L’économie américaine est prise en étau. Face aux risques de récession à venir, l’Etat peut soit avoir recours à la politique budgétaire, injecter directement de l’argent dans l’économie en creusant le déficit, donc la dette, soit faire monter les taux d’intérêt, en finir avec l’argent bon marché, tenter de maîtriser la folle envolée boursière. Ces deux politiques sont deux impuissances, l’impuissance à contrôler la marche de l’économie de marché, une marche aveugle qui ignore toute régulation et planification et ne connaît de sanction, celle du marché, qu’après coup.

Augmenter les taux d’intérêt, c’est aggraver le coût des emprunts, donc l’endettement, développer une politique budgétaire l’aggrave tout autant. Sans compter que l’augmentation des taux a aussi des conséquences directes sur l’économie mondiale. En augmentant ses taux directeurs, la FED attire les capitalistes qui cherchent à placer leur argent avec des rendements plus élevés, ce qui provoque un afflux des capitaux aux Etats-Unis et donc une fuite de capitaux aux conséquences désastreuses pour des pays dépendants du dollar, en particulier les pays dits émergents.

Dans son rapport sur la stabilité financière, publié mercredi dernier à Bali, le Fonds monétaire international (FMI), se veut optimisme, il faut bien rassurer les marchés à défaut d’avoir une politique. Depuis 2008, le système bancaire serait plus solide. On voit bien qu’il n’en est rien. Il est évident que l’économie mondiale ne peut supporter la croissance continue des profits et donc de la masse des capitaux qui exigent de nouveaux profits au détriment des travailleurs, des populations en entraînant un rétrécissement de la demande solvable, de la consommation avec en retour une baisse des investissements productifs et une augmentation du capital spéculatif.

Le capitalisme étouffe la planète.

Un profond réajustement est à l’ordre du jour. Il se produira soit par une nouvelle crise financière, une faillite qui entraînera la planète dans la récession, soit grâce à l’intervention démocratique et révolutionnaire des travailleurs pour exproprier le capital afin de prendre le contrôle de la finance et du crédit en annulant la dette et en créant un monopole public bancaire permettant de financer l’économie pour qu’elle serve à satisfaire les besoins des hommes et de la société.

Yvan Lemaitre

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