Le monde d’aujourd’hui apparaît sous la forme d’un gigantesque conflit entre les progrès réalisés dans tous les domaines, les aspirations nouvelles qu’ils suscitent, nourrissent, renforcent, et la violence économique, sociale, morale, policière, militaire qui régit les rapports sociaux, les rapports entre les classes et les peuples.

Ce conflit est extrêmement destructeur sur tous les plans.

Il est l’expression de la contradiction entre la socialisation et l’internationalisation croissante de la production, des échanges et la propriété privée capitaliste, financière.

Cette contradiction est de plus en plus brutale, flagrante pour le plus grand nombre mais cet ordre des choses ou plutôt ce désordre des choses semble incontournable tout au plus serait-il possible d’en diminuer les effets destructeurs, les ravages.

Les propagandistes au service du capital subjuguent les cerveaux par la violence même de leur système manipulant les consciences dominées par l’instant, sans autres perspectives que de trouver des expédients pour tenter de se protéger à défaut d’imaginer, d’entrevoir une issue. Enfermées, piégées dans les difficultés, les inquiétudes, les angoisses voire les désespoirs engendrés par le système, les consciences deviennent des proies pour les démagogues d’extrême-droite quelle que soit leur religion.

Les luttes, les résistances collectives du prolétariat se heurtent aux limites des luttes défensives face à une classe dominante qui a l’initiative et tient les commandes.

Les drames et les défaites du passé obscurcissent l’horizon, les idées du socialisme et du communisme ont été vidées de tout contenu démocratique, libérateur, la possibilité de changer la société apparaît le plus souvent au mieux comme une utopie, un rêve irréalisable.

Le mouvement anticapitaliste et révolutionnaire reste lui-même prisonnier de ce passé, sans réussir à exprimer les colères et les aspirations du plus grand nombre, à leur donner une perspective crédible, trop enfermé dans la reproduction des formules du passé.

Et pourtant, jamais dans toute l’histoire humaine, les possibilités de changer le monde n’ont été aussi grandes. L’impasse dans laquelle les classes dominantes engagent la société en sont une démonstration, en négatif, celle de leur incapacité à faire face à l’évolution de la société, au progrès créé par le travail humain, à répondre aux aspirations qu’ils engendrent qui remettent en cause des bases de sa domination, la propriété privée et l’État.

Les classes dominantes en ont confusément, de façon réflexe, conscience en menant une offensive idéologique, politique, légale et juridique contre les droits démocratiques, pour revenir en arrière, tenter vainement d'empêcher le mouvement qui révèle leur parasitisme et leur archaïsme.

Ce qui manque, c’est la conscience des possibilités objectives d’ouvrir une autre voie de développement à la société humaine, le socialisme et le communisme, l’expression organisée de cette conscience, un parti, un mouvement démocratique et révolutionnaire.

Changer le monde n'est pas une question de volontarisme moral, d'optimisme ou de pessimisme, de degré de révolte mais de compréhension des changements du monde qui en appellent de nouveaux, des mécanismes qui les engendrent, des voies et moyens de l'action collective des hommes pour faire l'histoire, de la continuité des processus révolutionnaires...

Si l'évolution des luttes de classes n'est pas mécaniquement calquée sur la marche cyclique du capitalisme, toutes les deux se combinent pour écrire les périodes et époques de l'histoire. C'est dans cette combinaison que s'écrit le futur des luttes de classe, que se poursuit la courbe du développement de la révolution...

Evolution économique et sociale, conscience et lutte de classe....

La propagande officielle des États, les mises en scène orchestrées par les médias tenus par les grands groupes financiers dominent la vie politique internationale donnant le tableau d'une agitation désordonnée, hystérique, obéissant à des logiques d'affrontements personnels comme si l'évolution de la société dépendait des dirigeants de ce monde. Elle obéit en fait à des évolutions et des mécanismes bien plus profonds.

L’ensemble de la vie sociale et politique est conditionné par les transformations économiques en œuvre, à la fois par les moyens, les méthodes utilisées pour les réaliser et par leurs résultats, leurs conséquences, processus dynamique, terrain sur lequel les hommes font, plus ou moins consciemment, leur histoire.

« Le résultat général auquel j'arrivai et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur à mes études, écrivait Marx en 1859 dans la préface de La critique de l'économie politique, peut brièvement se formuler ainsi : dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience. À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors. De formes de développement des forces productives qu'ils étaient ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l'énorme superstructure. Lorsqu'on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel - qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse - des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu'au bout. Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'idée qu'il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production.

Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société.

C'est pourquoi l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir.

À grands traits, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d'époques progressives de la formation sociale économique. Les rapports de production bourgeois sont la dernière forme contradictoire du processus de production sociale, contradictoire non pas dans le sens d'une contradiction individuelle, mais d'une contradiction qui naît des conditions d'existence sociale des individus; cependant les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions matérielles pour résoudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s'achève donc la préhistoire de la société humaine. »

Aujourd'hui, tous les vieux rapports politiques et sociaux sont bouleversés. De nouvelles forces travaillent la société en profondeur au point que le sol se dérobe sous les pieds des vieux partis et des appareils dont les discours sont dépassés, sans rapport avec la réalité nouvelle. Leur propre réalité se transforme à leur insu, emportés dans une dynamique qu’ils ne maîtrisent pas parce qu’ils ne peuvent la comprendre, aveuglés qu’ils sont par les besoins de justifier ou de camoufler leurs propres erreurs et incompréhensions, leur duplicité et leurs mensonges.

Les rapports sociaux fondés sur la propriété privée capitaliste sont incapables de contenir et de maîtriser le développement des forces productives. Les conditions d'une nouvelle organisation sociale, « de rapports de production nouveaux et supérieurs » existent et bousculent tous les vieux rapports sociaux et politiques.

Les classes dominantes répondent par une offensive réactionnaire, au sens strict du terme, la volonté de revenir en arrière face à un avenir qui menace leur pouvoir. Elles mènent une offensive en règle contre la classe des salariés désarmée parce que leurs organisations, dominées par l’esprit de conciliation, anesthésiées, n’ont rien su anticiper et sont devenues les jouets de la situation et, en conséquence, de leurs adversaires. Le mouvement ouvrier est sans ressort parce qu’il est dominé politiquement et moralement par le patronat qui a toutes les cartes du jeu en main.

Il n’est pas possible de résister sans comprendre la logique des rapports économiques et sociaux qui déterminent les comportements des États et des gouvernements comme des nouveaux maîtres du monde, les multinationales et les groupes financiers qui les soumettent à leurs intérêts.

C’est là la condition pour que le mouvement ouvrier reprenne l’initiative.

Le socialisme et le communisme, enfants de la révolution industrielle

L’économie de marché, contrairement à ce qu’affirment les idéologues bourgeois, n’est ni un choix de société ni « naturelle », elle est un rapport entre les classes qui s’est forgé à travers les transformations économiques et sociales qui ont jalonné l’histoire du capitalisme. Le capitalisme industriel est apparu à partir du XVIIIème siècle quand l’évolution des techniques a permis une concentration de la production dans des manufactures, puis des usines. Dans le même temps que les détenteurs de capitaux investissaient pour développer la production de marchandises, ils donnaient naissance, par la ruine des petits producteurs, à une nouvelle classe qui ne possédait rien d’autre que sa force de travail. Ce prolétariat n’avait d’autre source de revenu que la vente de sa force de travail aux capitalistes qui achetaient le droit de l’exploiter pour le prix du salaire.

Cette évolution ne fut en rien pacifique. C’est à travers la violence et la barbarie des classes dominantes que le progrès a trouvé un douloureux chemin. Son arène était mondiale, et le capitalisme s’est toujours accommodé de toutes les formes d’exploitation du travail humain, y compris les plus barbares comme l’esclavage, ainsi que de toutes les formes de pillage des richesses.

Le développement capitaliste s’est fait à travers les crises, les révolutions, les guerres qui rythment les grandes périodes de l’histoire, conditionnées quant au fond par ce qui détermine la marche générale de la société, l’évolution des techniques.

Le capitalisme industriel est né d’une grande révolution technologique qui permit de produire et de transmettre l’énergie partout, permettant la construction d’usines rassemblant des centaines d’ouvriers, la machine à vapeur.

Une nouvelle classe dominante s’imposait dans la pratique, l’industrie, comme dans le domaine des idées qui justifiaient son droit et ses prétentions à diriger la société. Les idées de cette classe nouvelle affirmaient la propriété comme condition du bonheur de l’individu et de la communauté. Le bien, c’est la propriété bourgeoise, le mal, tout ce qui lui nuit !

Cette pensée moderne au sens où, à l’époque, elle contestait les privilèges des vieilles classes féodales et aristocratiques, enfanta les Droits de l’homme qui prétendaient garantir les droits de l’individu dans la collectivité, droits qui apparaissaient sous la forme des droits de la propriété privée, c’est-à-dire qui faisaient de la défense des intérêts des classes privilégiées un principe universel.

Cela ne s'accomplit pas seulement par une révolution technique mais il fallut une vaste et profonde révolution politique et sociale qui s'accomplit sur plusieurs siècles et connut son apogée dans la révolution française de 1789 à 1793 dont l'onde de choc secoua toute l'Europe et au delà. Ses effet perdurèrent tout au long du XIXème siècle, 1830, 1848, période de bouleversement et d'effervescence dans tous les domaines de l'activité humaine, bouleversements sociaux, politiques, intellectuels dont sont nées les idées formulées par Marx et Engels.

« L'idée fondamentale et directrice du Manifeste, à savoir que la production économique et la structure sociale qui en résulte nécessairement forment, à chaque époque historique, la base de l'histoire politique et intellectuelle de cette époque; que par suite (depuis la dissolution de la propriété commune du sol des temps primitifs), toute l'histoire a été une histoire de luttes de classes, de luttes entre classes exploitées et classes exploitantes, entre classes dominées et classes dominantes, aux différentes étapes de leur développement social; mais que cette lutte a actuellement atteint une étape où la classe exploitée et opprimée (le prolétariat) ne peut plus se libérer de la classe qui l'exploite et l'opprime (la bourgeoisie), sans libérer en même temps et à tout jamais la société entière de l'exploitation, de l'oppression et des luttes de classes; cette idée maîtresse appartient uniquement et exclusivement à Marx. » écrivait Engels, en 1883 à propos du Manifeste du Parti communiste. Leur deuxième grande découverte est celle de l'origine de la plus-value, la mise à nu du rapport d'exploitation.

Le développement de la lutte de classes au long du XIXème siècle déboucha sur la Commune de Paris de 1871. Pour la première fois de son histoire le prolétariat conquit le pouvoir, l'exerça durant 72 jours, réalisant dans les actes la forme de sa dictature démocratique, l'Etat-Commune, ébauche des soviets.

1871 est une date charnière. La révolution bourgeoise a épuisé ses forces, les classes dominantes craignent trop la classe nouvelle, leurs « fossoyeurs », et composent avec les vieilles classes aristocratiques ou des grands propriétaires féodaux par ailleurs incapables de s'opposer à l'expansion capitaliste. Dorénavant, il appartiendra au prolétariat de débarrasser la société de ces vieilles classes parasites tout en remettant en cause le capital.

La répétition générale de cette future révolution se déroule en Russie en 1905.

De la deuxième révolution industrielle à… la vague révolutionnaire de 1917

Cette nouvelle révolution fut en gestation tout au long de la fin du XIXème siècle et au début du XXème, période à travers laquelle le capitalisme évolua pour passer à son stade impérialiste.

La révolution industrielle avait accéléré les progrès techniques, une mondialisation toujours plus grande, c’est-à-dire une division mondiale du travail sans cesse plus élaborée et avec un réseau toujours plus dense de flux et d’échanges qui rattachaient chaque partie de l’économie mondiale à la domination des grandes puissances dominées par l’Angleterre.

Ce développement de l’industrie sans précédent ne trouvait pas un marché à sa mesure.

En Allemagne, comme aux États-Unis, l’industrie lourde marqua un recul après la forte progression des chemins de fer de la période précédente. Le capital cherchant à maintenir son taux de profit se lança alors dans la spéculation effrénée… jusqu’au krach de 1873 entraînant l’effondrement boursier en Allemagne, ainsi que faillites de banques et de sociétés de chemin de fer. L’Angleterre, qui était jusqu’alors « l’atelier du monde », fut entraînée dans la tourmente faute de débouchés pour ses marchandises, du fait de la concurrence de la France et de l’Allemagne.

Ce fut le début de la « grande dépression », qui dura pendant plus de 20 ans.

Le marasme économique mettait la question sociale au premier rang des problèmes politiques. Les masses se faisaient menaçantes. Il fallait réagir, trouver une issue. Cette issue, ce fut l’impérialisme.

Durant ces 20 ans, la crise fut un moyen de concentration formidable de l’industrie comme de la banque. Les trusts se constituèrent, les banques suivirent le même chemin.

Les banques fusionnèrent avec le capital industriel, et purent investir massivement dans la production pour faire tourner à plein régime la machine à profit. Ce fut la naissance du capital financier, qui allait s’emparer des découvertes technologiques pour développer les secteurs industriels et augmenter le taux de profit.

Ces nouvelles industries se développèrent avec une productivité accrue, en appliquant par exemple les méthodes de l’organisation scientifique du travail de Taylor qui consistaient à décomposer le travail en tâches élémentaires.

Ce fut la deuxième révolution industrielle.

L’exploitation du pétrole et la mise au point du moteur à explosion, l’utilisation de l’électricité comme source d’énergie dans l’industrie avec l’invention du moteur électrique, la révolution dans la sidérurgie avec l’acier, la naissance de l’industrie chimique, l’extension du chemin de fer dans le monde entier, la construction du métro dans les grandes villes, l’automobile, puis l’avion, bouleversèrent la société.

L’oligarchie financière concentra entre ses mains des masses de capitaux qui s’investissaient autant dans les projets industriels que dans les prêts aux États. L’exportation des capitaux vers les colonies ou d’autres pays devint une activité particulièrement lucrative.

Les trusts, étouffant dans le cadre d'un marché national trop étroit, entrèrent dans une concurrence internationale acharnée pour trouver de nouveaux marchés, pour piller les matières premières à travers toute la planète et aussi pour trouver de nouveaux débouchés pour exporter leurs capitaux.

Les États se lancèrent dans la conquête coloniale. En une dizaine d'années, le monde se trouva partagé entre les grandes puissances, principalement la France et l'Angleterre, qui se taillèrent d'énormes empires en Afrique et en Asie, constituant des territoires protégés par des barrières douanières, véritables chasses gardées pour les trusts nationaux.

La Première guerre mondiale fut l'aboutissement de cette folle débauche impérialiste.

La contradiction entre le développement des forces productives, la socialisation et l'internationalisation de la production, et les rapports de propriété explosait dans une conflagration inouïe détruisant d'immenses richesses comme des millions de vies humaines.

De cette terrible conflagration naquit la vague révolutionnaire dont la révolution d'Octobre fut le point culminant.

Lénine écrivait en 1920 : « l’impérialisme est le prélude de la révolution sociale du prolétariat. Cela s'est confirmé depuis 1917, à l'échelle mondiale ». A travers ce que l'on a appelé la première mondialisation, les conditions matérielles et aussi sociales et politiques d'une nouvelle révolution avaient mûri. Malheureusement, les forces révolutionnaires n’étaient pas assez puissantes pour poursuivre jusqu’au bout le travail engagé par la révolution russe, liquider les vieilles classes qui réussirent à reprendre la main sur la marche de l’économie mondialisée, vers... une nouvelle crise et une nouvelle guerre.

Malgré la contre-révolution stalinienne, la révolution poursuit son œuvre...

La première guerre mondiale n'avait rien réglé, bien au contraire. Après le reflux de la vague révolutionnaire, toutes les tensions sociales et les rivalités inter-impérialistes furent exacerbées. La jeune nation-continent américaine, dans l’euphorie de l’issue de la Première guerre mondiale qui avait affaibli ses rivales européennes et dopé son économie, se lançait dans une folle et fébrile poussée de libéralisme qui, en quelques courtes années, se brisa sur les frontières que les vieilles nations coloniales avaient hérissées pour protéger leur territoire économique.

L’ivresse spéculative de la jeune bourgeoisie qui voyait le monde s’ouvrir à elle, la mit KO. Elle entraîna les autres nations dans une crise mondiale sans précédent. Il n'y eut pas d'autres issues pour les classes dominantes qu'une nouvelle guerre.

Le prolétariat désarmé par la contre-révolution stalinienne après la faillite de la social-démocratie et brisé par le fascisme ne put empêcher cette marche à l'abîme.

Au lendemain de cette folie guerrière, les USA imposèrent leur leadership au monde entier.

Les peuples coloniaux, que les grandes puissances avaient entraînés dans leur guerre, redressèrent la tête pour trouver le chemin de leur émancipation nationale contre des bourgeoisies et des États déconsidérés en bénéficiant de l'existence de l'URSS. La bureaucratie, tout en défendant ses propres intérêts, représentait un encouragement et une aide aux luttes de libération nationale.

Si le prolétariat désarmé par le stalinisme ne put prendre la tête de cette nouvelle vague révolutionnaire celle-ci allait cependant bouleverser la face du monde alors que les USA s'imposaient comme première grande puissance sur laquelle reposait le nouvel ordre mondial. La fin des empires coloniaux ouvrit la porte à la libre concurrence globalisée.

Cette période de reconstruction économique et de guerres coloniales, improprement appelée « Les trente glorieuses », accoucha d'une nouvelle crise à la fin des années soixante.

Dès la fin des années 70, sous la houlette des Etats-Unis et de leur alliée la Grande Bretagne, s'ouvre une nouvelle phase, celle de l’offensive libérale. Commence la deuxième mondialisation en réponse à la baisse du taux de profit qui voit le capitalisme s’imposer comme mode de production international atteignant les limites de la planète.

La fin de l’URSS, l'effondrement de la bureaucratie sous le poids de ses propres contradictions, accéléra le processus.

L'euphorie libérale et impérialiste l’emporte durant les années Bush, le capitalisme triomphe à l'échelle de la planète mais le mythe de « la fin de l'histoire » ne résistera pas longtemps à la réalité du nouvel ordre mondial.

La deuxième mondialisation, une nouvelle révolution industrielle

« La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production et donc les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux » écrivaient Marx et Engels dans le Manifeste du Parti communiste. Sous le fouet de la concurrence qui les oppose, les capitalistes sont entraînés dans une course en avant incontrôlée pour conquérir de nouveaux marchés, baisser les coûts… Obligés d’investir, ils cherchent à compenser ces dépenses en renforçant l’exploitation. Les progrès de productivité sont accompagnés d’une stagnation de la consommation, voire d’un recul, d’où les crises, la marche anarchique et cyclique du capitalisme.

Cette marche cyclique n'est pas une simple reproduction, chaque crise et les réponses qui lui sont apportées bouleversent et transforment les rapports de production. Le capitalisme conquiert de nouveaux marchés, développe les rapports d'exploitation, le salariat, étend son mode de production à la planète entière jusqu'à ce que rien ne lui échappe, que chaque parcelle de travail humain participe à ses profits. Il se heurte alors à ses limites, la propriété privée devient un carcan insupportable face au développement des techniques, à la révolution numérique.

Il cherche désespérément des remèdes, liquide toutes les barrières qui s'opposent à la libre circulation des capitaux et des marchandises, crée un vaste marché financier unifié. Cela a entraîné un développement de la sphère financière sans précédent dans l’histoire.

Mais cette sphère financière n’est pas suspendue en l’air, elle ne parasite pas l’économie capitaliste comme un corps étranger, elle est née de la logique même de l’économie de marché, elle prend ses racines dans la base même de l’économie capitaliste, dans l’exploitation du travail humain.

La libre circulation des marchandises et des capitaux, c'est aussi la libre circulation des travailleurs, des hommes et des femmes que le capitalisme a lui-même mis en concurrence à l'échelle mondiale. Le drame des migrants est l'expression brutale et barbare de cette contradiction entre la production et les échanges mondialisés et la survivance de la propriété privée et de ses garants, les États nationaux.

La généralisation de l’économie de marché à l’ensemble du globe, la mondialisation libérale et impérialiste, sape la base même de la domination des classes capitalistes.

Tournant dans la mondialisation, la révolution en permanence...

La folle fuite en avant de l'économie d'endettement généralisé et de spéculation a débouché sur la grande crise de 2007-2008. La suraccumulation de capitaux qui ne trouvaient plus de quoi satisfaire leurs appétits insatiables, a entraîné à travers la ruine de millions de petits propriétaires une dépréciation globale de ces capitaux, ruines, faillites, crise financière mondialisée... Le système a tremblé jusque dans ses fondations. Les États ont investi des milliards pour colmater les brèches, éviter l'effondrement du château de cartes en faisant payer les populations par les politiques d'austérité et en relançant la machine à profits par une offensive, elle aussi mondialisée, contre les travailleurs et les peuples.

Ce faisant ils préparent le prochain épisode aigu de la crise chronique du capitalisme libéral et impérialiste.

Dans son dernier rapport sur la stabilité financière, le Fonds Monétaire International s’inquiète du poids des dettes, privées et publiques pour mettre en garde sur les risques d'une nouvelle crise financière majeure. Alors que les places financières connaissent des sommets...

C’est une conséquence directe de la crise de 2008. Pour soutenir les banques, puis l'économie en général, les banques centrales, la FED aux États-Unis, comme la Banque Centrale Européenne, ont pratiqué ce qu'on appelle une politique monétaire accommodante. Autrement dit, elles ont massivement injecté de l’argent dans le système. Pour le FMI, cet « appui monétaire prolongé pourrait favoriser une accumulation des excès financiers ». 

Pour les pays du G20, ces dettes cumulées dépassent les 135 000 milliards de dollars. Plus de deux fois leur PIB. Un niveau d'endettement qui rend les Etats très sensibles à une hausse annoncée des taux d'intérêts.

Le FMI s'inquiète tout particulièrement de la Chine. En raison de la dette chinoise, mais aussi de son secteur financier, qui semble échapper à tout contrôle. Un secteur financier, dit le FMI, dont l’ampleur, la complexité et la croissance laissent entrevoir des risques élevés pour la stabilité financière. Les actifs des banques chinoises représentent désormais 310 % du PIB. Un poids auquel il faut ajouter le développement d'une finance de l’ombre.

« Si rien ne change, nous allons revivre la crise de 2008 » dit le FMI. Pas 2008 mais pire encore, à un niveau supérieur.

Et la seule chose qui puisse changer quoi que ce soit est l'intervention des travailleurs pour contester radicalement la politique de l'oligarchie financière et des États en exigeant que les richesses qu'ils produisent soient réparties et investies pour répondre aux besoins de la population contre les intérêts d'une minorité de parasites en remettant en cause leur pouvoir pour postuler à diriger la société.

Reprenons une partie de la citation de Marx faite plus haut : « Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société ». Force est de constater que jusqu'alors, le capitalisme pouvait encore développer les forces productives, même si le prix à payer par l'humanité a été exorbitant. Les échecs du passé, l'impossibilité dans laquelle s'est trouvée la révolution d'aller jusqu'au bout de son œuvre renvoie bien plus à la faiblesse des conditions objectives, qu'aux faiblesses de ceux qui lui ont consacré leur vie et encore moins à la faiblesse de la théorie du communisme élaborée par Marx et Engels.

Il est probable qu'aujourd'hui le capitalisme ait atteint ses limites historiques, en tout cas, il est certain que les conditions matérielles pour sa transformation révolutionnaire sont infiniment plus développées qu'il y a un siècle.

Ce processus de transformation révolutionnaire est bel et bien engagé même si les classes dominantes occupent la scène.

La révolution fait son œuvre à bas bruit, elle n'est pas un mythe ou une mystique, celui ou celle du grand soir, elle est un processus à l’œuvre constamment au cœur de l'activité sociale, des évolutions des rapports entre les classes dans leur diversité, leur complexité. Elle est le produit du travail quotidien de millions de femmes et d'hommes pour produire leurs moyens d'existence, pour améliorer leur vie, s'approprier les moyens matériels mais aussi les moyens intellectuels, moraux de vivre mieux. Elle est la confrontation permanente entre ces besoins humains du plus grand nombre, éveillés et renforcés par les progrès, et la volonté des classes dominantes de défendre leurs privilèges archaïques, une volonté de pouvoir sans limite, une folie qui menace la planète et met en péril l'Humanité.

« Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal d'après lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes » écrivaient Marx et Engels dans L'Idéologie allemande.

Lutter pour être acteur de ce mouvement, c'est d'abord et avant tout en prendre conscience, partager cette conscience, la démultiplier en l'enrichissant des expériences des autres par l'échange, la confrontation, la culture, c'est se dégager des préjugés, de l'emprise morale des classes dominantes, de leurs idéologues, prêtres ou imans, de tous leurs chants, travail, famille, patrie... C'est développer une pensée démocratique et révolutionnaire, voir dans les luttes et résistances quotidiennes le matériel inflammable, l'énergie des transformations révolutionnaires.

Nous ne pouvons jouer un rôle dans les processus révolutionnaires à venir que si nous avons la volonté d'en être leur expression consciente et organisée.

« Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c'est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu'ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu'ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d'ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l'histoire sous ce déguisement respectable et avec ce langage emprunté. [...] C'est ainsi que le débutant qui apprend une nouvelle langue la retraduit toujours en pensée dans sa langue maternelle, mais il ne réussit à s'assimiler l'esprit de cette nouvelle langue et à s'en servir librement que lorsqu'il arrive à la manier sans se rappeler sa langue maternelle, et qu'il parvient même à oublier complètement cette dernière. […] La révolution sociale du XIX° siècle ne peut pas tirer sa poésie du passé, mais seulement de l'avenir. Elle ne peut pas commencer avec elle-même avant d'avoir liquidé complètement toute superstition à l'égard du passé. Les révolutions antérieures avaient besoin de réminiscences historiques pour se dissimuler à elles-mêmes leur propre contenu. La révolution du XIX° siècle doit laisser les morts enterrer leurs morts pour réaliser son propre objet. Autrefois, la phrase débordait le contenu, maintenant, c'est le contenu qui déborde la phrase ».

Ces mots de Marx dans le 18 Brumaire de L. Bonaparte résonnent avec particulièrement de force aujourd'hui.

Yvan Lemaitre

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