Mercredi matin, le général de Villiers a remis sa démission à Macron qui l’avait admonesté publiquement lors d’une réception officielle le 13 juillet. « Je suis votre chef », avait lancé Macron au chef d’état-major des armées parce que celui-ci avait protesté contre la réduction des crédits militaires sur l’année en cours de 850 millions d’euros. Alors même que le gouvernement s’est engagé à porter le budget militaire au montant astronomique de 2 % du PIB d’ici à 2025, soit environ 50 milliards d’euros contre un peu plus de 32 aujourd’hui.

La « première crise du quinquennat », comme l’ont titré certains journaux ? La première difficulté sérieuse, en tout cas, qui ternit le tableau idyllique, olympien, que les medias aux ordres de leurs neuf propriétaires milliardaires ont fabriqué du président « jupitérien ». Macron a facilement repris l’avantage face à son opposant galonné, un homme de son camp, serviteur comme lui des intérêts des classes possédantes.

L'affaire risque d'être plus compliquée devant le mécontentement de la population qui n’entendra pas rester, elle, la « grande muette » face une politique qui sacrifie ses intérêts pour ceux du grand patronat et... les dépenses militaires.

Une enquête d’opinion parue ce mercredi l’indique, 75 % des personnes interrogées sont conscientes que la politique du nouveau gouvernement est « favorable aux entreprises », c’est-à-dire au capital, et 64 % qu’elle est « socialement injuste ».

Jackpot pour les riches, austérité pour les travailleurs

51 % la jugent cohérente économiquement et c’est parfaitement vrai, en cohérence avec les intérêts de ses commanditaires les grands groupes financiers, en cohérence avec la logique de l’offensive qu’ils exigent contre les travailleurs.

Le feuilleton de ce début d’été, tergiversations et volte-face de l’exécutif sur les baisses d’impôts, ne doit pas faire illusion. Le gouvernement met en scène ses annonces et Macron, surtout, ses prises de décision de monarque présidentiel. Leurs objectifs sont clairs, réduire autant qu’ils le peuvent les droits des salariés pour baisser le coût du travail -c’est la réforme du Code du Travail-, accroître encore la part des richesses publiques que l’Etat octroie aux grands groupes capitalistes et aux plus riches -c’est l’essentiel des mesures fiscales-, diminuer en conséquence les autres dépenses de l’État, les dépenses dites « improductives », c’est-à-dire celles utiles à la population, aux services publics, aux prestations sociales -c’est le volet des « économies ».

Côté réforme du Code du travail, les concertations avec les partenaires sociaux s’achèvent mardi prochain et le projet de « loi d’habilitation à légiférer par ordonnances » lui-même sera examiné au Sénat à partir de lundi. Le tout sans anicroches. Dans ces cadres institutionnels que sont le Parlement et que deviennent de plus en plus les syndicats, il n’y a rien qui puisse empêcher la disparition supplémentaire de protections pour les salariés.

Le gouvernement a statué sur les baisses d’impôts après bien des annonces et démentis depuis le discours de politique générale de Philippe le 4 juillet qui laissait entendre qu’elles seraient reportées à 2019 à cause du rapport de la Cour des comptes faisant état d’un dérapage budgétaire du gouvernement Hollande de 8 milliards d’euros. Le gouvernement a voulu faire croire qu’il se pliait à l’opinion en mettant dès cette année en application l’exonération pour 80 % des Français d’un tiers de la taxe d’habitation -les deux autres tiers devant disparaître d’ici à 2020. Comme s’il s’agissait réellement de leur redonner du pouvoir d’achat !

En réalité le plus gros des baisses d’impôts représente un pactole pour le patronat et les plus riches : « montée en puissance » des exonérations d’impôts du CICE (de 6 à 7 % de la masse salariale de 1 fois à 2,5 fois le Smic) et diminution à 28 % de l’impôt sur les sociétés déjà programmées par Hollande ; réforme de l’ISF qui prévoit de ne taxer que le capital immobilier alors que tous les autres revenus du capital seraient soumis à un impôt forfaitaire de 30 %.

La suppression de la taxe d’habitation a été mise en relation avec la réduction des dépenses publiques dans les collectivités territoriales dont le personnel, fonctionnaire ou non, serait trop nombreux et coûterait trop cher. Lors de la Conférence sur les territoires, le 17 juillet, Philippe puis Macron ont manié les injonctions à l’égard des représentants des collectivités territoriales : organisez-vous comme vous le voulez et diminuez vos dépenses de 13 milliards d’euros -alors qu’elles ont déjà diminué de 10,4 milliards sur les deux années précédentes. En plus des dizaines de milliers de suppressions de postes, du rétablissement du jour de carence et du gel du point d’indice communs à tous les fonctionnaires, le gouvernement envisage de dissocier le statut de ceux de la territoriale des deux autres fonctions publiques. Il ne manque pas d’idées non plus, dans d’autres domaines, pour faire des économies comme par exemple réformer l’allocation logement (l’APL) jugée « trop dispendieuse ».

La logique des classes possédantes...

Il n’y a aucune limite autre que le rapport de forces à l’imagination des serviteurs des classes possédantes pour faire les poches des travailleurs à leur profit, comme il n’y a aucune limite de la part des patrons pour intensifier l’exploitation de leurs salariés, « améliorer la compétitivité » en baissant le « coût du travail », en s’affranchissant de toutes les contraintes qui les empêchent de licencier comme bon leur semble, etc. C’est une des conditions essentielles de la « croissance », des investissements, des créations d’emplois… Il faut que les profits soient au rendez-vous et là, peut-être, si la compétitivité par rapport à la concurrence est assurée, il y aura des embauches mal payées et précaires pour la plupart, le « plein emploi » façon allemande ou américaine, de travailleurs pauvres qui sont déjà légions en France, contrats aidés ou smicards pas toujours à temps complet avec un grand maximum de 1200 euros et des poussières nets par mois. A peine de quoi payer un loyer, se déplacer pour le travail et se nourrir.

Et notre propre logique de classe

Il est difficile, voire impossible de contester la politique du gouvernement si on ne conteste pas la logique des classes possédantes à laquelle elle obéit, cette cohérence économique que 51 % des personnes interrogées y voient.

On peut bien sûr toucher et convaincre de l’injustice de la répartition des richesses. L’an dernier, les entreprises du CAC40 ont fait 75 milliards d’euros de bénéfices, dont 55 milliards de dividendes ont atterri directement dans les poches de leurs actionnaires. Un chiffre qui en dit long sur le degré de parasitisme des grandes fortunes qui possèdent l’économie. La plupart des travailleurs en ont conscience et en sont révoltés même s’ils ne l’expriment pas à voix haute car dire, c’est déjà agir. S’engager, agir, lutter, y consacrer du temps devient possible si on est convaincu que la société peut fonctionner autrement, que l’économie pourrait tourner pour satisfaire les besoins de la population et non les intérêts d’une minorité, que les travailleurs, la classe ouvrière ont la force potentielle grâce à leur position dans l’économie et leur organisation de libérer la société du carcan de la propriété privée capitaliste.

C’est cette conscience de classe qu’il s’agit de construire aujourd’hui et c’est avec la préoccupation de rattacher chaque lutte des travailleurs au combat d’ensemble, global, politique de la classe ouvrière, que nous agissons, que nous œuvrons à la construction d’un mouvement d’ensemble pour mettre en échec le gouvernement, le faire reculer.

Sans pour autant penser que les travailleurs pourraient avoir un « Code du Travail protecteur » comme il est dit dans le titre de l’appel du « Collectif pour nos droits sociaux ». Quelle protection censée être immuable, idéale, pourrait-il y avoir dans une société de classe pour celles et ceux qui subissent l’exploitation ? La seule protection que les travailleurs peuvent avoir, c’est celle qu’ils se créent eux-mêmes par leur activité consciente quotidienne et leur organisation.

Alors dès maintenant, préparons la journée du 12 septembre à l’initiative de la CGT et à laquelle appelle Solidaires. Discutons sur nos lieux de travail, autour de nous, dans nos syndicats, de la nécessité de lui donner une suite, d’en faire une étape d’une mobilisation d’ensemble du monde du travail et de la jeunesse. Créons et renforçons les liens entre toutes celles et ceux qui refusent le dialogue social, le jeu de dupes auquel se prêtent les directions syndicales, discutons des moyens d’organiser démocratiquement nos luttes et de leurs objectifs au-delà de la mise en échec des projets actuels du gouvernement.

Voilà notre seule protection et les possibilités d’un immense avenir !

Galia Trépère

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