Nous écrivons alors que s’est ouvert à Bobigny, 7 ans après, le procès de 3 policiers qui ont blessé 6 personnes –dont l’une a perdu un œil- qui protestaient contre l'expulsion de squatteurs d’un centre social à Montreuil.Pour justifier leurs tirs de flash-ball, les trois policiers avaient invoqué la légitime défense, prétextant avoir subi une « pluie de projectiles » ! Totalement faux d’après les témoignages de riverains qui ont décrit aux enquêteurs un rassemblement pacifique.

Le 19 juillet dernier, le jeune Adama Traoré mourait asphyxié par des gendarmes, une bavure meurtrière qui s’ajoute à tant d’autres agressions policières impunies. Mercredi 23 novembre, deux des frères d'Adama, Youssouf et Bagui sont passés en comparution immédiate, accusés de violences par 7 gendarmes au cours d'un rassemblement pacifique le 17 novembre à l'occasion du conseil municipal de Beaumont-sur-Oise, ville dont était originaire Adama et dont la maire UDI veut attaquer sa sœur  en justice! Ils se retrouvent tous les deux en détention préventive jusqu’à leur procès le 14 décembre.

Ces faits viennent rappeler à quel point la revendication des policiers d’étendre leur droit de légitime défense est dangereux pour la population et certainement pas une réponse à ce qu'il est maintenant convenu d'appeler « le malaise de la police ».

Celui-ci a commencé à s'exprimer dans la rue après l’agression de policiers au cocktail Molotov à Viry-Châtillon le 8 octobre. Ces policiers, gravement brûlés, surveillaient une caméra de vidéosurveillance elle-même censée surveiller… des vols à la tire à un carrefour ! Cette situation absurde illustre la façon dont l'encadrement policier conçoit les rapports avec les jeunes, petits délinquants des cités, une guerre de territoire. Elle est aussi à l'image de la façon dont le pouvoir lui-même utilise sa police au service du tout sécuritaire démultiplié par l'état d'urgence qui se poursuit depuis des mois.

Le comportement des flics durant le mouvement contre la loi travail, la répression en ont été une démonstration particulièrement scandaleuse.

Utilisés à outrance dans des tâches souvent absurdes, les policiers s’enferment dans le piège de la politique dont ils sont, en fait, eux-mêmes victimes, pour laisser leur mécontentement instrumentalisé et par le pouvoir et par les forces les plus réactionnaires dont le FN.

Leur mouvement vient justifier la démagogie sécuritaire en faveur de l’ordre, la fuite en avant sécuritaire contre les pauvres, les plus démunis, contre ceux qui résistent et luttent, contre toute la société. Il n'a pas fallu longtemps pour que le ministre de l'Intérieur leur donne satisfaction en débloquant 280 millions d'euros et en laissant entendre qu'il serait disposé à envisager l'extension de la légitime défense.

Dominés et encadrés par ceux qui, à la tête de l’État, les utilisent, ils ne peuvent par leurs seules forces rompre avec la logique du système auxquels ils sont soumis. Néanmoins, leur mécontentement, l'exaspération à leur égard dans les quartiers, sont les manifestations des tensions sociales, humaines qui s'accentuent sous les effets de la dégradation des conditions d'existence. On entend souvent dire dans les milieux de gauche ou syndicalistes qu'il ne faut pas laisser la question de la sécurité à la droite et au FN. Le plus souvent c'est une justification pour se plier au cadre imposé du tout sécuritaire. Le mouvement ouvrier doit rompre avec ce cadre, le combattre y compris pour répondre à un mouvement des policiers qui puise ses racines dans le recul social et politique actuels.

C’est bien d’une crise qu’il s’agit, une crise dont est responsable le gouvernement qui, face au mécontentement social, à la dégradation continue des conditions de vie dans les quartiers et les cités, n’a de solutions que sécuritaires. Elle est alimentée aussi par tous les démagogues de droite comme de gauche dans une logique de surenchères.

Des mercenaires de l’État… 

En effet, pour tous ces gens-là, les policiers ne sont que des mercenaires issus des classes populaires et utilisés contre elles. Destinées à servir la domination de la bourgeoisie à laquelle elles servent de « bandes armées », les forces de police ne sont pas pour autant un bloc homogène. Des corps comme les CRS, les gardes mobiles ou la BAC ont été créés et dressés pour la répression des mouvements sociaux, comme l’armée l’a été dans les colonies et l’est dans les guerres impérialistes actuelles.

Il n’en est pas de même pour les fonctionnaires et autres personnels parfois précaires employés dans les commissariats, par exemple. Certains ont même été jusqu’à se revendiquer agents de service public, rejetant une hiérarchie qui les utilise pour « faire le ménage » contre des plus pauvres et en difficulté, sans matériel adapté, sans remplacements, soumis à des pressions qui relèvent de la paranoïa sécuritaire …

… piégés par le tout sécuritaire

Les directions syndicales des policiers n’ont bien sûr pas manqué d’affirmer d’autant plus fort leurs revendications sécuritaires qu’elles sont dans l’air du temps, prétexte à une démagogie politique qui exacerbe les tensions sociales, dans une course à une présidence que tous disputent à Le Pen… Elles croient retourner les exigences de leur patron, l’État, contre lui pour faire valoir leurs revendications ; en réalité, elles sont manipulées par lui pour mieux justifier et mettre en œuvre sa politique.

Les représentants syndicaux de l’UNSA ou d’Alliance, avec des démagogues d’extrême droite dont le dénommé Schwartz, ont revendiqué, avec l’assentiment ou la bienveillance de tous, de gauche à droite, plus de moyens pour réprimer, l'extension du concept de légitime défense, le rétablissement des peines plancher pour les inculpés pour violence contre les forces de l’ordre, la limitation du recours au sursis et aux aménagements de peine pour les infractions légères, ce qui implique de continuer à entasser de plus en plus et pendant plus longtemps les gens en prison. Ces revendications profondément réactionnaires, reviennent à avoir le permis de tuer pour des forces de l’ordre qui ont déjà largement l’impunité pour le faire !

Face au désordre engendré par sa propre politique, le gouvernement alimente le tout sécuritaire, bien plus à l’écoute des syndicats de policiers que de n’importe quel syndicat de travailleurs ! Ce sécuritaire qui se retourne contre les policiers eux-mêmes mais aussi et surtout contre les habitants des quartiers populaires, contre les « classes dangereuses », contre les travailleurs et jeunes, les militantEs en lutte comme avec la loi Travail ou les ZAD.

L’état d’urgence vient d’être prolongé. Et si depuis bientôt un an il n’a empêché aucune attaque terroriste, il a servi à interdire des manifestations.

Contre l’État policier, en finir avec les zones de non droits sociaux et démocratiques !

Face aux exactions de la police, le mouvement ouvrier avance ses propres exigences démocratiques, mais ces exigences sont indissociables des exigences sociales. Le tout sécuritaire, l’État policier ne font qu'aggraver le désordre social engendré par la politique des classes dominantes, de leur État. Leur renforcement, comme sur le terrain international, le militarisme, est une conséquence directe des politiques libérales, de la guerre économique auxquelles se livrent les classes dominantes en y sacrifiant les intérêts de la population.

Il suffit de voir les ravages occasionnés par les politiques successives à la cité de la Grande Borne où a eu lieu l’agression des policiers le 8 octobre, quartier coincé entre une autoroute, une nationale et une zone industrielle dont la ville, Grigny, est tellement en difficulté qu’elle a été mise sous tutelle de la Préfecture, avec un taux de pauvreté de 44 % (et 22 % de chômage), et dont l’unique centre commercial vient de fermer… Ces quartiers désignés comme « zones de non droit » sont en fait des zones de non-droits sociaux, sinistrées socialement et humainement, d’où les services publics, les commerces partent un à un, où les jeunes sont livrés à la débrouille individuelle, aux petits larcins, à la violence. C’est justement dans ce genre de quartier que la police est poussée à faire du chiffre, du contrôle au faciès, où la BAC se croit tout permis. La police se comporte alors comme une réelle force d'occupation, provocante et agressive. C'est là que sont envoyées les jeunes recrues parfois issues des mêmes quartiers pour se faire la main à la répression de leurs propres frères…

La police est essentielle à la défense de la République des riches, des multinationales et des banques, et c'est bien pourquoi elle est l'objet de toutes les sollicitudes du gouvernement, de la droite, du FN ou même de Mélenchon. Nous comprenons la revendication du syndicat Sud Intérieur en faveur du droit de grève pour ces agents mais nous dénonçons les revendications des policiers pour plus de sécuritaire au lieu de plus de social, qui mettent de l’huile sur le feu et ne serviront que Le Pen.

Nous sommes conscients qu’il n’y aura d’émancipation des exploités sans démantèlement de l’État et de son bras armé, sans en finir avec une police qui est un corps étranger, extérieur et au-dessus de la population, dressé dans l'hostilité aux classes populaires, gangrené par les préjugés racistes.

Dans toute situation révolutionnaire, une partie des forces armées bascule du côté des opprimés en lutte quand ceux-ci leur donnent la force de les rejoindre en tournant leurs armes contre leur hiérarchie. Un parti révolutionnaire ne peut pas ne pas avoir un programme pour les forces armées comme l’ont eu les bolchéviks en 1917 ou dans une autre mesure le MIR au Chili en 1973, c’est-à-dire une série de mesures démocratiques pour les soldats du rang, conscrits ou pas, ces forces spéciales composées de gens du peuple dont le pouvoir se sert contre d’autres travailleurs.

Le problème n’est pas moral mais politique : comment faire en sorte que des membres à la base de ces corps ne tombent pas dans les bras de l’extrême droite ? Les « permis de tuer », on voit ce que cela donne aux USA, cela se retourne contre les policiers eux-mêmes. Cela en fait des tireurs et des cibles permanentes, cela met la société et plus particulièrement ses quartiers populaires en état de guerre.

Pas plus qu’un retour à l’armée de conscription, les polices municipales ou de proximité ne sont une solution. La seule police démocratique ne pourra être que les travailleurs, la population organisés eux-mêmes pour assurer et contrôler l'ordre public. La démocratie suppose d'en finir avec la véritable « insécurité » qui est d’abord sociale engendrée par l'offensive capitaliste avec le développement de la misère, les ravages de la concurrence entre exploités. Cela ne pourra être contrecarré que par le développement des services publics, de l’éducation, l’accès à la culture, au logement et à l'emploi pour tous, par l’élargissement de la conscience collective.

Le monde du travail doit avoir sa propre politique, se donner les moyens de faire respecter ses droits, de contrôler la police, de prendre en main la vie de la cité, de faire de la politique, d'exercer sa pression y compris sur les corps de répression. C’est lui seul qui pourra en finir avec ces zones de non droits sociaux et démocratiques en en finissant avec ce système de concurrence, de misère, de répression, d’aliénation, par le pouvoir émancipateur des opprimés qui remplacera l'État de la bourgeoisie, instrument du maintien de sa domination, par une démocratie révolutionnaire assurant à la population le contrôle sur la marche de la société.

Mónica Casanova

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