Le 5 novembre, le PC a réuni une Conférence nationale pour se prononcer sur deux « options » pour la Présidentielle : soit le soutien à Mélenchon, qui a réuni environ 42% des suffrages ; soit une candidature du PC, retenue par près de 53% des votants. Un vote de tou-te-s les adhérent-e-s du PC aura lieu fin novembre pour finaliser ce choix.

La veille même du vote, alors qu’il ne s’était pas prononcé clairement jusque-là, Pierre Laurent annonçait son soutien à la première position, pour finalement être désavoué par la Conférence le lendemain.

Sans doute que pour bien des militants du PC, ce vote est une façon de vouloir affirmer l’indépendance de leur parti, leur refus d’un ralliement derrière le candidat autoproclamé Mélenchon, qui impose à tous ses soutiens son programme et La France insoumise, véritable franchise sous laquelle devront se ranger tous les candidats aux législatives qui suivront la présidentielle. Qui impose aussi ses prises de position en soutien à la police, son nationalisme, ses petites phrases contre les travailleurs immigrés, etc.

Le vote désavoue la soumission de la majorité de la direction du PC dont certains, comme Marie-Georges Buffet, défendaient depuis longtemps ce ralliement. Olivier Dartigolles, porte-parole du PC, a dû faire le constat après le vote que « les délégués ont vu que ce que porte Jean-Luc Mélenchon n’est pas ce qui faisait notre campagne de 2012 ».

Le député André Chassaigne, postulant à la candidature, a bien senti que ce sentiment de soumission et les évolutions de Mélenchon allaient provoquer une rupture, mais en réalité, le vote du 5 novembre est un trompe-l’œil. Car si l’option adoptée affirme que « les communistes décident de présenter une candidature issue de leurs rangs, considérant qu’elle est le moyen de porter dans le débat [leurs] propositions », elle indique aussi que cette candidature s’inscrit dans une « démarche de rassemblement » … et que « si la situation l’exige » elle pourrait être retirée au profit d’une candidature « commune d’alternative à l’austérité ». Une perspective qui peut conduire tout aussi bien vers un « rassemblement » derrière Montebourg, qui s’est empressé de rappeler qu’il veut construire « l’union des gauches ».

Le piège institutionnel et la survie de l’appareil

En fait, les deux « options » partagent le même objectif : trouver la formule électorale qui permettra au Parti communiste de sauver au mieux ses élus l’an prochain.

Au cours de la Conférence, intitulée « 2017 à l’offensive, pour une majorité de progrès », il a été mainte fois affirmé, parmi les défenseurs des deux positions, que la perspective était « la bataille majeure des législatives ». Mais Pierre Laurent a beau s’échiner à vouloir « redonner sa place à ce qui est devenu une sous-élection » un mois après la présidentielle, il est impossible d’exister politiquement dans la seconde sans la première. C’est le calcul qui avait été fait par les créateurs du Front de gauche : un candidat-locomotive pour la présidentielle, Mélenchon, et des candidats bien identifiés sur toutes les circonscriptions aux législatives, la plupart étant du PC, avec bien sûr quelques circonscriptions pour les autres courants du Front de gauche. Le PC avait réussi ainsi à sauver huit députés.

Sur le fond, la politique du PC est restée la même : essayer de gagner ou de conserver des mandats dans les exécutifs et les assemblées locales et nationales, reposant sur des accords électoraux, notamment avec le PS. La poursuite de cette politique a provoqué une crise du Front de gauche, tiraillé aussi par les ambitions personnelles de Mélenchon, notamment lors des élections municipales de 2014, où les directions locales du PC avaient, dans bien des endroits, continué à faire des listes communes de cogestion avec le PS, malgré les deux années d’attaques qu’on avait déjà subies de la part de Hollande.

Le PS est maintenant tellement détesté et fragilisé qu’un scénario d’accords entre lui et le PC parait improbable. Le Front de gauche n’est plus. Et la direction du PC ne sait plus comment exister dans la séquence présidentielle-législatives. La valse-hésitation de Pierre Laurent qui lui a fait prendre les pieds dans le tapis n’est que le révélateur de cette panique devant ce piège institutionnel qui se referme.

La direction du PC n’en est pas à sa première volte-face et Pierre Laurent, aussitôt après avoir été désavoué par son parti, ne semblait nullement affecté lors de sa conclusion devant la Conférence nationale, pérorant sur « une belle leçon de démocratie … une extraordinaire leçon de vie politique » qui lui permettait de se dire « plus que jamais fier d’être le secrétaire national » du parti. Et sans ciller, il pouvait ajouter, alors qu’il venait lui-même d’appeler au ralliement à Mélenchon « ici au PCF, il n’y aura jamais de militants ravalés au rang de soutien d’un candidat autoproclamé ».

On a beau en rencontrer et s’y confronter dans des appareils politiques ou syndicaux, on est toujours frappé de voir comment des personnalités de ce genre semblent se moquer de tout. Ils contredisent leur propos de la veille en fonction des rapports de forces, essayant de retomber sur leurs pattes, bien conscient que tant qu’ils iront dans le sens des intérêts de leur appareil, il y aura toujours une place pour eux.

« La force qui tient la gauche debout » ou un parti des travailleurs ?

Les militant-e-s du PC qui veulent lutter pour les intérêts des travailleurs sont devant des choix importants. Il s’agit bien de discuter que si leurs choix et leurs préoccupations restent sur le terrain institutionnel, et les orientations qui leurs sont proposées restent toutes sur ce plan, leur parti s'enfermera dans le piège au risque d'éclater, de disparaître.

Le mouvement contre la loi travail a remis au premier plan de nos débats la question de l’affrontement avec le patronat, l’État, et les gouvernements quels qu’ils soient. Ce qui est en discussion, c’est la question du parti dont notre classe a besoin pour l’aider dans cette lutte d’ensemble face à un système capitaliste qui fait payer sa crise aux travailleurs du monde entier, et qui crée le terreau où prospèrent les forces politiques les plus réactionnaires.

La réponse n’est certainement pas dans « une force qui tient la gauche debout » comme l’a affirmé Pierre Laurent dans sa conclusion. Il est vain de vouloir la faire survivre, elle a fait la preuve de sa soumission à cette société de classe et a largement contribué aux décompositions à l’œuvre.

Pour les militantEs du PC, il s’agit de tirer, enfin, les leçons de cette longue histoire de soumission à la gauche, au PS, et aux institutions, qui a entraîné le PC sur le terrain de l’idéologie républicaine, ouvertement nationaliste (comme les affiches tricolores des années 80 « Produisons français »).

Les participations gouvernementales et le soutien parlementaire avec Mitterrand en 1981 puis Jospin en 1997 avaient conduit le PC à participer à la mise en œuvre des politiques libérales (comme par exemple les privatisations menées par le ministre Gayssot) et entraîné son effondrement électoral.

Tirer les leçons de cette histoire, c’est reposer la question de l’indépendance de classe. Le Parti communiste a été le parti organisant le plus de travailleurs, mais pour une politique s’intégrant dans le jeu politique de la bourgeoisie : diriger des villes, gagner des circonscriptions, participer à des gouvernements ou les soutenir… en respectant l’État et sans remettre en question d’aucune façon la propriété privée de ceux qui dominent l’économie.

Cela n’a pas empêché la bourgeoisie et l’État de faire payer cher à ce parti, y compris par la répression la plus brutale à certaines époques, ses origines révolutionnaires, liées à Octobre 1917, son implantation dans la classe ouvrière, sa participation aux luttes. Mais ils ont fini par l’intégrer, comme un parti un peu différent, qu'ils ont associé à la gestion des affaires locales ou nationales, au gré des rapports de forces électoraux.

La page est en train de se tourner définitivement avec la liquidation du PS par ses propres dirigeants et l'offensive de la bourgeoisie contre la classe ouvrière.

Ce qui est aujourd'hui à nouveau à l’ordre du jour, c’est la construction d’un parti de la classe ouvrière, pour tous les opprimés, un parti qui fasse le lien entre ses revendications et les moyens de les imposer : la convergence des luttes, leur organisation et coordination démocratique qui seront autant de pas vers la conquête du pouvoir pour poser les premiers jalons vers une société socialiste et communiste.

La campagne que nous menons avec Philippe Poutou est au service de cette perspective.

François Minvielle

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