Quel que soit l’acharnement des médias à vouloir enterrer, effacer le mouvement contre la loi travail jeudi, le mécontentement, la colère étaient bien présents dans la rue. Les manifestations ont permis de regrouper le milieu militant, les jeunes, celles et ceux qui se sont mobilisés ces derniers mois, contre la loi travail, face à la satisfaction arrogante du Medef, face à cette gauche unie à la droite pour s’attaquer aux acquis des travailleurs.

Les chiffres de manifestants (170 000 dans tout le pays d’après la CGT) sont en baisse mais restent importants. Comme en juin et juillet, le gouvernement a mis en en place un dispositif policier impressionnant, en particulier à Paris, avec une nasse de toute la manifestation, fermeture des stations de métro, blocage des accès sur tout le parcours, fouille des manifestants, avant les gazages et les arrestations ! Le 49-3 et les flics, voilà les méthodes du gouvernement pour faire passer sa politique ! Et encore une fois, ce sont les dites violences qui font la une pour tenter de discréditer les manifestations.

Tout cela sans un mot de protestation des directions syndicales contre la répression policière visant à intimider et à saper le mouvement, tout comme elles s’avèrent incapables de faire face à la pression des idées réactionnaires qui se renforce de toute part en cette rentrée.

Un mécontentement qui cherche une expression

Gouvernement et patrons voudraient faire oublier les mois de mobilisation contre la loi travail pour mieux poursuivre leur offensive. Mais la situation de cette rentrée révèle le cynisme, le parasitisme de tous ceux qui dirigent et profitent du travail de la grande majorité de la population, démontrant s’il le fallait que l’avenir appartient bien aux idées, aux exigences portées par le mouvement.

Pendant des mois, politiciens de droite et de gauche, patrons, ont dénoncé les « privilèges » exorbitants des travailleurs qui étouffent la « productivité des entreprises »… pour justifier l’offensive en règle de la loi travail. Mais les profits se portent comme jamais. En 3 mois, d’avril à juin 2016, les entreprises françaises ont reversé 35,5 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires, un record en Europe !

Gattaz a toutes les raisons de se réjouir, content de Macron applaudi par les patrons à l’Université d’été du Medef, content du PS qui a levé les « tabous », content de la droite qui veut remettre en cause l’ISF, les 35 heures, etc.

Et ce n’est pas fini, puisque le gouvernement promet encore la refonte du Code du travail et a annoncé la baisse de l’impôt sur les sociétés, de 33,3 % à 28 %, pour toutes les entreprises d’ici 2020. Il augmente aussi le taux du CICE de 6 % à 7 % de la masse salariale pour tous les salaires jusqu’à 2,5 fois le SMIC… soit un cadeau de 3,3 milliards. La manne de l’argent public versé au patronnant atteindrait ainsi les 130 milliards d’euros par an !

C’est dans cette situation que licenciements et fermetures d’usines se poursuivent. En juillet, la direction de SFR a annoncé un plan de 5 000 suppressions de postes, soit 1/3 des effectifs de l’entreprise, plan vite validé par la CFDT et l’UNSA dès le 4 août ! Bel exemple de dialogue social au service du patron, dans une entreprise où les marges commerciales augmentent en même temps que des conditions de travail intenables, comme le rappelaient la CGT et SUD qui appelaient à la grève le 6 septembre.

Mercredi 7 septembre, la direction d’Alstom annonçait froidement la fermeture, d’ici 2018, de leur usine aux 500 ouvriers de Belfort, au moment même où Alstom et la SNCF vantent leur « TGV du futur » et juste après la signature d'un contrat « historique » de près de 2 milliards d'euros aux Etats Unis. L’Etat est actionnaire à 20 %... et Macron paradait dans cette même usine en mai 2015, en promettant « zéro licenciement » !

Quant aux affaires Cahuzac et Sarkozy, elles s’ajoutent à cette offensive anti-ouvrière tout azimut, approfondissant dans la jeunesse et le monde du travail une colère et un mécontentement qui cherchent à s’exprimer.

Surenchères réactionnaires contre toute la classe ouvrière

Les attentats de cet été ont ouvert la voie à une surenchère de la droite, de l’extrême-droite alimentée par Valls et le gouvernement sur le terrain sécuritaire, les amalgames et les préjugés xénophobes et racistes, cherchant à diviser les travailleurs et à masquer leurs propres responsabilités dans la situation.

A droite, les rivalités et appétits personnels sont dopés par les primaires. A l’image de Sarkozy qui tente d’occuper la place du FN en reprenant sa politique et qui déclare « il faut ramener vers nous les électeurs du FN, en répondant à leurs attentes et en leur proposant des solutions concrètes ». Chaque candidat y va de sa surenchère tel Copé vantant « une vraie rupture en 2017 » et assurant qu'avec lui « la main ne tremblera pas face aux gauchistes et aux islamistes »!

Dans une telle situation, Marine Le Pen n’a même pas besoin de faire campagne et tente de prendre la posture du pouvoir.

Quant à Hollande, face au désaveu dans l’opinion et à la multiplicité de candidatures concurrentes de ses anciens ministres, il se positionne sur le même terrain guerrier et sécuritaire, avec juste quelques nuances par rapport à Sarkozy. C’est la fuite en avant dans la guerre : une rallonge de 600 millions en 2016 et 700 millions en 2017 vient d’être décidée par le gouvernement et Valls soutient les généraux qui réclament de passer le budget militaire de 32,7 milliards prévus en 2017 à 41 milliards dès 2020, soit 2 % du PIB…

La pression réactionnaire, xénophobe contre la classe ouvrière a pour but de la diviser pour mieux remettre en cause ses droits démocratiques et ses droits sociaux. Hollande et Valls ont ouvert l’offensive par la loi travail, la droite s’engouffre dans une surenchère anti-ouvrière : attaques sur les 35h, retraites, suppressions d’emplois dans la fonction publique, baisse des droits syndicaux... « ne plus reculer » claironne Sarkozy !

Des directions syndicales tétanisées

L’intersyndicale avait annoncé la date du 15 septembre durant l’été pour réclamer l’abrogation de la loi. Mais sans politique pour construire le rapport de force, restant cantonnée à la routine syndicale, incapable de répondre à l’offensive réactionnaire.

Lors du meeting intersyndical du 7 septembre à Nantes, Mailly déclarait déjà qu’après le 15 septembre, FO se consacrerait à contester la loi sur le terrain juridique. Groison de la FSU, propose, elle, de mettre en place « des ateliers revendicatifs dans tous les départements, afin de remettre aux élus un livre blanc » !

La CGT renvoie la lutte dans chaque entreprise en disant « cette loi ne doit pas entrer dans les entreprises ». Certes, les luttes locales sont déterminantes, mais elles ont besoin d’une politique globale, contre le gouvernement, le dialogue social, pour tracer une perspective d’ensemble, avoir une politique, un plan pour la classe ouvrière contre ceux du patronat et de l’Etat.

Face à la pression raciste, les syndicats en restent à des généralités sur le « vivre- ensemble », sans répondre et affronter la politique de ceux qui masquent leurs responsabilités et tentent de diviser les travailleurs. La bataille contre la xénophobie et le racisme, celle pour les droits démocratiques et sociaux se mènent de front, pour toute notre classe.

Sur le terrain politique, les directions syndicales n’ont pas grand-chose à dire si ce n’est, comme Martinez : « Nous devons peser dans la campagne électorale, nous pouvons changer les choses sur le plan politique ». Mais « peser » sur qui ? La gauche, les frondeurs, Mélenchon ? Sur le gouvernement qui sortira des urnes ?

Quel que soit ce gouvernement, il n’y a pas d’autre issue que la lutte des travailleurs pour leurs droits démocratiques et sociaux. Ne pas le dire c’est ouvrir la voie aux marchands d’illusions, aux politiciens comme Montebourg qui vient prêcher le « made in France » comme s’il n’avait pas de responsabilité dans les fermetures de Florange ou de PSA Aulnay. Ces bonimenteurs tentent de revendre aux ouvriers le « patriotisme économique » où « patriotisme » signifie austérité pour les travailleurs et profits pour les patrons.

Se coordonner, s’organiser pour construire la suite

De fait, les directions syndicales se montrent incapables de s’appuyer sur les acquis du mouvement de ces derniers mois, de les renforcer, bien trop calées dans les routines du dialogue social et dans leurs intérêts d’appareil à l’approche des prochaines élections professionnelles dans les TPE.

Ces acquis ne se mesurent pas forcément en termes de revendications gagnées ou non, ils sont avant tout politiques. Ce sont les ruptures qui se sont opérées parmi les travailleurs, les militants, les liens construits entre des équipes syndicales, la démocratie de la lutte, etc.

Au travers des étapes à venir, dans chaque entreprise mais aussi dans la lutte contre la répression, à Air France, à l'appel des Goodyear à une mobilisation nationale les 19 et 20 octobre, chez les dockers du Havre qui ont réagi en bloquant le port fin août, il nous faut faire vivre ces idées en cherchant à renforcer l’indépendance, la conscience de classe partout autour de nous.

Il s’agit de faire vivre les idées du mouvement, en renforçant la rupture avec le gouvernement PS qui envoie ses flics contre des jeunes et des salariés qui défendent leurs droits. La répression est partie intégrante de la politique du gouvernement, qui utilise l’Etat d’urgence permanent pour imposer ses mauvais coups.

Face aux défenseurs du « dialogue social », nous opposons la solidarité avec les travailleurs d’Air France les 27 et 28 septembre, qui ont commis le « crime » d’arracher une chemise à un DRH alors que leur direction venait d’annoncer des licenciements pour que les actionnaires engrangent toujours plus de profits ! A Amiens, les 19 et 20 octobre, la CGT Goodyear appelle à des journées d’actions nationales pour la relaxe des 8 de Goodyear, et s’adresse aux travailleurs d’Alstom en disant « c'est dans la rue que nous devons imposer des changements profonds, nous pouvons et devons y arriver, n'attendons rien de 2017 bien au contraire ».

La lutte contre la répression, c’est aussi la solidarité avec les luttes de la jeunesse, dans les manifestations mais aussi dans les quartiers populaires, face à la violence policière et au racisme. Il s’agit de formuler une politique globale pour l’ensemble de notre camp social ; une politique qui rompe avec le « dialogue social » en donnant confiance aux travailleurs dans leur propre force collective, dans leur capacité à changer les choses eux-mêmes par leurs luttes et leur solidarité.

Cela nécessite de se coordonner, construire des équipes, des liens entre militants qui se sont retrouvés au coude à coude ces derniers mois. Les luttes ne vont pas manquer et la question de l’organisation des convergences et des solidarités va de pair. C’est dans ces résistances que les idées du mouvement de ces derniers mois peuvent continuer à vivre en renforçant la conscience de classe dans le monde du travail et la jeunesse, faire de la politique, notre politique, en toute indépendance des institutions.

Laurent Delage

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