« La fête de l’Humanité se résume en un mot : fraternité » pouvait-on lire dans l’Huma le week-end dernier. C’est vrai pour des dizaines de milliers de militants et de participants qui ont fait de cette fête, une nouvelle fois, un grand rassemblement ouvrier et populaire. On peut en douter par contre pour le moribond Front de gauche qui n’avait plus de stand cette année, tant les divisions en son sein sont grandes, et pour les concurrents-postulants à la Présidentielle venus faire leur petit marché électoral : Mélenchon, Hamon, Montebourg, Duflot, et aussi Lienemann, Filoche, Delli, Jadot... qui se rêvent en candidat auquel se rallieraient les autres, et surtout auquel le PCF, seule force militante, apporterait son soutien. Comme le dit Mélenchon : « je ne suis pas candidat contre les partis »... vu qu’il a besoin d’eux.

Il faut dire que la direction du PCF leur tend bien la perche, puisqu’elle a renoncé à défendre un programme et à présenter un candidat (la décision serait officiellement prise début novembre), et qu’elle a pour unique projet « l’unité de la gauche ». Et Pierre Laurent de répéter la rengaine du sursaut « face à la radicalisation de la droite et au danger de l’extrême droite qui grandit », il faut « un pacte commun des forces alternatives à gauche », « divisés nous allons dans le mur », etc.

C’est de ce point de vue que Le Monde a présenté ce défilé des candidats comme un « joli coup pour la direction du PCF », coup mortel en réalité, un pas de plus vers la disparition du PCF comme force politique porteuse de son propre projet, puisqu’elle n’a d’autre perspective que se soumettre à des politiciens qui veulent utiliser son implantation et ses militants.

En 2011, déjà, la Fête de l’Huma avait permis à Mélenchon de lancer sa campagne. A l’époque, la direction du PCF faisait le calcul que, derrière l’unité de façade du Front de gauche, elle pouvait laisser la Présidentielle au leader du Parti de gauche, pour sauver ses députés aux Législatives.

Le week-end dernier, c’est un député récemment sorti du PS qui a mis les pieds dans le plat lors d’un débat : « À défaut de se mettre d’accord sur des personnes tout de suite, mettons-nous d’accord sur une plateforme législative », soutenu aussitôt par le député PCF André Chassaigne.

Et c’est avec la même préoccupation qu’à la suite de Marie-George Buffet qui soutient Mélenchon depuis juin, des responsables du PCF se sont ralliés à lui il y a quelques jours avec une partie de la direction d’Ensemble, en lançant un appel « En 2017, faisons Front commun »... reprenant en réalité le même raisonnement que Pierre Laurent sur « l’éparpillement suicidaire ». Ils franchissent simplement le dernier pas un peu plus vite que la direction du PCF, en reconnaissant que Mélenchon a finalement bien fait de passer en force : « la candidature de Jean-Luc Mélenchon est dans les circonstances actuelles installée dans le paysage politique », il serait « irresponsable de ne pas prendre acte de cette situation », pour finir sur le même enjeu bien « responsable » : « contribuer activement à la convergence des forces sociales et politiques de gauche et écologiste dans les villes, les départements et les 577 circonscriptions législatives »...

Alors qu’importe pour eux le populisme de Mélenchon, son auto-proclamation, son nationalisme nauséabond et son patriotisme économique, son passé gouvernemental contribuant à libéraliser l’enseignement professionnel sous Jospin... Entre les ambitions individuelles et la panique pour sauver des places, ce petit monde croit survivre en se ralliant au plus fort. Il accélère sa chute, comme le PCF l’avait déjà fait en se soumettant à Mitterrand, provoquant son déclin majeur.

« Bouleverser le mode de production tout entier »…

Dans ce marais politicien d’anciens ministres et d’hommes d’appareil, on est à mille lieues des préoccupations quotidiennes des travailleurs. Leurs programmes se situent sur le terrain du repli national et/ou d’une intervention de l’Etat dans l’économie, un vieux réformisme plus ou moins relooké de vert, avec une nouvelle constitution qui reste dans le cadre du respect de la propriété privée bourgeoise. C’est une impasse, alors que le capital n’a aucune marge pour ce genre de politique et qu’il mène une guerre sans merci pour augmenter ses profits, en cassant les droits sociaux gagnés dans le passé par les luttes ouvrières. C’est ce que vient de montrer l’acharnement du PS et du MEDEF pour imposer la loi travail, prélude à de nouvelles attaques encore plus fortes.

Aucun d’eux ne discute réellement des mesures à prendre pour sortir de la crise, pour en finir avec la dette, les licenciements, le chômage, la misère, la destruction de l’environnement, les guerres... Comment trouver une issue à la situation tragique des migrants, comment gagner de nouveaux droits sociaux et démocratiques, comment faire reculer le racisme et enrayer la montée des extrêmes droites nationalistes et religieuses... Quelle révolution, quelle démocratie, quel pouvoir, pourraient changer ce monde ? Quel monde construire ?

Ces questions ont retrouvé toute leur actualité au cours de la mobilisation contre la loi travail. Elles font partie des interrogations et des préoccupations que nous avons échangées entre militants du mouvement, et nombre de militants du PC étaient alors bien loin des énièmes mécanos électoraux de leur direction. Ce sont ces discussions qui traversent aussi les réunions de rentrée des syndicats. Bien des militants politiques, faute de perspectives, se sont repliés dans le militantisme syndical, à la CGT, à la FSU, dans Solidaires, trouvant un terrain pour agir alors que leur parti était dans l’impasse. Mais le syndicalisme n’échappe pas aux problèmes de la nouvelle situation. Quel rapport entre syndicats et partis de gouvernements ? Les discussions se mènent pour en finir avec le dialogue social, qu’il soit au niveau de l’Etat ou de la boite, face à un patronat qui ne lâche rien et un Etat répressif... et cela permet de poser les questions du contrôle des travailleurs, de la démocratie, et de la propriété privée, un autre monde... Il s’agit aussi de discuter et d’oser penser un plan de lutte jusqu’au bout, c’est-à-dire où chaque mobilisation est comprise comme l’avancée d’une lutte générale, pour l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes, vers une révolution démocratique.

Nous avons besoin de discuter aussi que le communisme ne pourra être que démocratique et révolutionnaire, bien loin de ce qu’ont connu des générations de militants d’un PCF qui avait subi les conséquences de la contre-révolution stalinienne, et qui avait abandonné toute perspective révolutionnaire au profit des institutions, que ce soit au niveau local, le « communisme municipal », ou au niveau national en s’intégrant au pouvoir gouvernemental, sous Mitterrand et Jospin. Des choix politiques de longue date qui ont entrainé inexorablement le déclin du PC.

Au niveau syndical ou avec les militants politiques, qui sont souvent les mêmes, les problèmes se formulent différemment mais se rejoignent. Dans tous ces échanges, c’est bien de la perspective politique pour lutter que nous discutons, un autre monde, débarrassé de l’exploitation, de la misère et du gaspillage. La perspective du communisme revient, inscrite dans la nouvelle situation.

Il ne s’agit pas de proclamer « des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde » (Le Manifeste), mais comprendre et faire partager que ces idées « ne sont que l'expression générale des conditions réelles d'une lutte de classes existante, d'un mouvement historique qui s'opère sous nos yeux. » Discuter du communisme consiste par exemple à montrer comment le capitalisme arrivé au stade actuel crée les conditions de son dépassement à l’échelle mondiale, tant par les formidables moyens de production, d’échanges et de coopérations qui existent déjà, que par la révolte grandissante qu’il provoque à cause de l’appropriation privée des richesses, concentrées et contrôlées par les conseils d’administration des multinationales, et dont les 99% de l’humanité ne peuvent pas profiter.

C’est bien en formulant des réponses pour satisfaire les exigences sociales et démocratiques des travailleurs que la campagne que nous voulons mener avec Philippe Poutou pourra aussi faire entendre que la perspective d’une révolution communiste démocratique est possible et nécessaire, en défendant « des mesures qui, économiquement, paraissent insuffisantes et insoutenables, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier. » (Le Manifeste).

C’est bien d’une telle politique dont ont besoin les milliers de jeunes, de travailleurs, de militantEs qui ont fait de la fête de l’Huma, un moment de solidarité.

François Minvielle

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