A la mi-août, en Corse, une violente bagarre entre deux bandes pour l’occupation d’un petit bout de plage est transformée, suite à des rumeurs sans fondements reprises par certains médias et aux surenchères de politiciens réactionnaires, en affrontements communautaires ayant pour origine le port d’un burkini. La dramatisation de l’incident en fait, d’une affaire locale, une affaire nationale qui devient « l’affaire du burkini » après la promulgation d’une trentaine d’arrêtés municipaux interdisant ce dernier, laquelle alimente une véritable hystérie raciste contre les musulmans. Une telle interdiction est scandaleuse ainsi que la paranoïa raciste et xénophobe qui agite la plupart des politiciens.

Délire raciste ou la politique du bouc-émissaire

La rixe a eu lieu le 13 août à Sisco, plusieurs personnes des deux « camps » ont été blessées et ont dû être hospitalisées. Le lendemain se déroule à Bastia, dans le quartier populaire de Lupino dont beaucoup d’habitants sont d’origine immigrée, une manifestation d’environ 500 personnes aux cris de « On est chez nous », « Arabi fora !» (les Arabes dehors). Les rumeurs ont déjà circulé et, bien que démenties par le procureur de Bastia, sont reprises et amplifiées entre autres par la Fédération Les Républicains de Haute Corse qui dans un communiqué justifie cette manifestation raciste par des mensonges délirants et des insultes (des « femmes en burqa », des « femmes voilées », « un groupe de barbares islamiques armés jusqu’aux dents »…), terminant ainsi son communiqué : « En cette veille de Sainte Marie que nous allons célébrer dans l’harmonie, la prière et le recueillement, nous apportons notre soutien à la population de Sisco qui s’est levée pour dire non à l’intégrisme islamique. »

Le maire de Sisco, socialiste, prend un arrêté le 15 août interdisant le burkini, rejoignant les maires de Cannes et de Villeneuve-Loubet qui l’avaient fait les 28 juillet et 5 août. L’affaire aurait peut-être pu en rester là lorsque, le 17 août, Valls choisit d’apporter avec force publicité son soutien aux maires en question qu’il affirme « comprendre ». Lionnel Luca, le maire de Villeneuve-Loubet, entre autres, qui faisait partie dans l’UMP de la Droite populaire, qui s’est signalé à plusieurs reprises par ses prises de position en faveur de la peine de mort et du colonialisme dont il a vanté les « bienfaits » et par son hostilité violente à la seule mention de la théorie du genre dans les manuels scolaires.

Le 26 août, le conseil d’Etat invalide l’arrêté de Villeneuve-Loubet comme portant « une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle ». Valls n’en persiste pas moins : « Le burkini n’est pas un signe religieux, c’est l’affirmation dans l’espace public d’un islamisme politique ».

Impuissance, fuite en avant sécuritaire, guerrière et raciste

Avec les mêmes amalgames que ceux faits par une grande partie de la droite et de l’extrême droite entre islam, islamisme politique, terrorisme. « Si on accepte le burkini aujourd’hui, on finira avec la charia demain », dit Dupont-Aignan, tandis que pour Copé, le burkini est un « emblème de la provocation contre la République ». Inutile de dire que, dans ces prises de position, il n’est pas question de la liberté des femmes, du droit de disposer librement d’elles-mêmes, de leur corps, que leur dénient tous les intégristes de toutes les religions. Pour ces politiciens de droite comme de gauche, Il s’agit de distiller le poison du racisme et de la haine de l’autre, de désigner des boucs-émissaires, de diviser les travailleurs entre eux pour masquer leur responsabilité.

Sarkozy a fait sa rentrée politique en claironnant qu’il souhaitait une loi pour interdire tout «signe d'appartenance extérieur à la religion dans notre pays». Sauf certainement, comme Philippot ou le maire de Béziers, Ménard, les processions religieuses et les soutanes des curés intégristes. Il veut supprimer les menus de substitution dans les cantines scolaires et interdire le port du voile à l'université. Leurs surenchères démagogiques se nourrissent de celles du gouvernement.

Ce dernier, tout comme Sarkozy et ses amis, est engagé dans une fuite en, avant qui prétend apporter une réponse aux attentats terroristes en intensifiant la guerre contre Daesch au Moyen-Orient et en prolongeant un état d’urgence renforcé maintenant par le droit pour les forces de police de saisir sans mandat ordinateurs et téléphones portables. Les uns comme les autres ne font ainsi qu’entretenir le terrorisme qu’ils prétendent combattre, après l’avoir engendré en semant la destruction et le chaos aux côtés des autres puissances impérialistes au Moyen-orient. Seul l’arrêt de ces guerres pourrait apporter ne serait-ce qu’un début de solution au problème.

C’est pour masquer leurs responsabilités dans la situation qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer qu’ils en arrivent, dans la logique dangereuse des surenchères avec le FN et des amalgames, à donner corps à une campagne qui distille la méfiance, la peur et les suspicions et qui conforte le racisme anti-musulman, anti-arabe et anti-immigré qu’affiche depuis longtemps l’extrême droite.

Mais il n’est pas dit pour autant que cette hystérie raciste gagne de larges fractions de la population tant la classe politique et en particulier les partis gouvernementaux de droite ou de gauche qui aujourd’hui emboîtent le pas au FN sont discrédités. Les préoccupations des salarié-e-s, des chômeurs, des jeunes, portent bien davantage sur les conditions de vie (emploi, manque d’argent, conditions de travail, logement...), qui sont attaquées frontalement par le Medef et le gouvernement. En juillet encore, 70% de la population étaient opposés à la loi Travail et se disaient du côté des jeunes, des travailleurs et des militants qui pendant cinq mois se sont mobilisés contre le gouvernement.

Résister, stopper la régression sociale, engager une contre-offensive qui rassemble les rangs de tous les travailleurs, quelles que soient leurs origines et leurs convictions philosophiques et religieuses, défendre les droits démocratiques de toute la population, telles sont les tâches du mouvement qui n’a pas dit son dernier mot malgré l’adoption de la réforme par le coup de force du 49,3. Telle est aussi la meilleure réponse à la campagne raciste qui cherche à diviser les travailleurs et les exploités entre eux.

De droite ou de gauche, une offensive contre les travailleurs qui comble le Medef

Gattaz n’a pas caché sa profonde satisfaction à l’ouverture, mardi, de l’université d’été du Medef. « Les Républicains osent parler de la fin de l'ISF, de la fin des 35 heures. » Mais il est très content aussi de la loi Travail qui a mis à bas les « tabous ». « Ce qui me fait très plaisir, ajoute-t-il, c'est que les gens se sont rendu compte que, qu'on soit de droite ou de gauche, seule l'entreprise peut sortir la France de l'ornière. »

Il a en effet de quoi se réjouir, l’austérité imposée aux travailleurs et les cadeaux faits aux patrons ont porté leurs fruits. Rien qu’en trois mois, d’avril à juin 2016, 35,5 milliards d’euros de dividendes ont été reversés aux actionnaires des entreprises françaises, un record en Europe. Le Medef exige la poursuite des réformes contre les droits des travailleurs et il en croit capable aussi bien la gauche que la droite. Du côté du PS, la Ministre du Travail a ordonné le licenciement, contre l’avis de l’Inspection du travail d’un des militants de la CGT Air France qui avait participé à la manifestation au cours de laquelle deux cadres ont laissé leur chemise. Le gouvernement a déjà promis et engagé la refonte du Code du travail et envisagé une baisse supplémentaire de l’impôt sur les sociétés, de 33,3% à 28%, pour les PME au-delà de 38 000 € de profits. Il va également augmenter le taux du CICE de 6% à 7% de la masse salariale pour tous les salaires jusqu’à 2,5 fois le Smic. De quoi alimenter la manne de l’argent public versé au patronat que certains chiffrent d’ores et déjà 130 milliards d’euros par an.

Du côté de la droite, c’est à qui aura le programme le plus libéral. « On ne recule plus » devient le mot d’ordre de Sarkozy qui enchaîne, sur le papier, mesures anti-ouvrières et ponts d’or pour le patronat. Licenciements économiques facilités et plafonnement des indemnités de licenciements, réduction du nombre de représentants du personnel, suppression du compte pénibilité, liberté de « chaque entreprise » de « déterminer librement le temps de travail de ses salariés » ainsi que le seuil de déclenchement des heures supplémentaires, « dégressivité des indemnités de chômage », recul de l’âge légal de départ en retraite à 63 ans en 2020 et 65 ans en 2025, suppression de 300 000 postes dans la Fonction publique où le temps de travail passerait à 37 heures payées 37. Et, pour les patrons et les riches, disparition des droits de succession pour les héritiers en ligne directe jusqu’à 400 000 euros, pérennisation du CICE et doublement de son montant et taux d’imposition abaissé au bout du compte à 10,5% seulement sur les dividendes, les intérêts et les plus-values mobilières.

Patronat et gouvernement, de gauche aujourd’hui ou de droite demain, sont et seront à l’offensive contre les droits sociaux et les droits démocratiques mais ils se heurtent d’ores et déjà à une résistance inédite. Le mouvement contre la loi Travail, même s’il n’a pas gagné, a ouvert une nouvelle période de contestation et de mobilisation parce qu’il a exprimé, dans le camp des travailleurs, la rupture de larges masses et surtout de nombre de milieux militants avec le Parti socialiste.

Faire fructifier les acquis du mouvement, reconstruire une conscience de classe

C’est la première fois qu’un mouvement global qui touche à un degré ou à un autre des millions de travailleurs s’est affronté à un gouvernement se réclamant de la gauche. C’est un acquis essentiel, comme également la rupture avec le « dialogue social » qui s’est manifestée dans le fait que les syndicats réellement engagés dans le mouvement se sont sentis obligés, à cause de la pression des salariés et des militants, de maintenir le mot d’ordre de « retrait » de la loi. De très nombreux travailleurs font l’expérience d’accords locaux tous plus pourris les uns que les autres. Le « dialogue social », c’est un marché de dupes.

Mélenchon, Montebourg sont bien incapables de représenter les aspirations et les besoins qui se sont exprimés dans le mouvement. Ils prétendent représenter un débouché politique au mécontentement sinon aux luttes mais ce débouché est une impasse parce qu’ils n'envisagent pas une seconde de rompre un tant soit peu avec le système et avec ses institutions. L’expérience de Syriza en Grèce a démontré que cette voie institutionnelle est un piège pour les travailleurs.

C’est seulement par leur mobilisation et leur degré de conscience et d’organisation que les travailleurs pourront engager une réelle contre-offensive susceptible de mettre un coup d’arrêt au recul social.

Pendant le mouvement ont eu lieu des centaines de grèves portant sur des revendications locales. Le mécontentement, la colère, la révolte s’expriment et les travailleurs reprennent confiance dans la lutte collective, au moins au niveau où ils pensent pouvoir rester maîtres de leurs luttes, au niveau local.

En cette rentrée une nouvelle étape s’engage, des journées de mobilisation sont d’ores et déjà prévues, le 6 septembre contre les 5000 licenciements chez SFR, le 8 septembre dans les collèges, le 15 septembre, journée interprofessionnelle appelée par l’intersyndicale, les 27 et 28 septembre devant le tribunal de Bobigny où doivent comparaître 15 salariés d’Air France, le 19 octobre contre la répression des Goodyear…

Ce sont des occasions de rassembler nos forces, de débattre, d'agir pour diriger nos luttes, leur donner un objectif, l’abrogation de la loi dont les 177 décrets d’application ne sont pas encore promulgués et au-delà, la défense des droits sociaux et démocratiques. L’occasion de discuter d’un programme susceptible de faire converger les luttes en un mouvement d’ensemble se donnant les moyens d’affronter le gouvernement, la droite et l’extrême droite, de faire reculer les préjugés réactionnaires en renforçant les solidarités.

C’est aussi le sens de la campagne présidentielle du NPA, redonner confiance aux travailleurs dans leurs propres forces, dans l’idée qu’ils peuvent être leur propre porte-parole, qu'ils sont capables de diriger la société, les convaincre de la légitimité de leurs propres exigences, de leurs luttes ; reconstruire une conscience de classe, c’est à dire la conscience que les solutions politiques, la défense des droits sociaux et démocratiques, ne peuvent venir que de la lutte des classes et de l’union de tous les exploités.

Galia Trépère

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