12 jours après la tuerie monstrueuse de Nice qui a fait 84 morts et 331 blessés le 14 juillet, une autre attaque terroriste a eu lieu à Saint-Etienne du Rouvray, près de Rouen, elle aussi revendiquée par Daesch. Deux hommes ont pénétré dans une église et égorgé un prêtre.

Dans l’intervalle, 4 attaques avaient eu lieu en Allemagne. La plus meurtrière, une fusillade qui a fait 9 morts à Munich, a été perpétrée par un jeune homme fasciné par Anders Breivik, le militant de l’extrême droite norvégienne qui, 5 ans auparavant jour pour jour, avait massacré 77 personnes dans la région d’Oslo. Deux autres, un attentat suicide qui a fait 15 blessés dans une petite ville de Bavière et une attaque à la machette dans un train qui a blessé 5 personnes, ont été revendiqués par Daesch.

En difficultés sur le plan militaire en Syrie, Daesch a étendu le champ de ses attaques terroristes. A Dacca, la capitale du Bangladesh, 28 personnes, la plupart des touristes étrangers, ont été égorgées lors d’une prise d’otages dans un hôtel début juillet. A Kaboul, en Afghanistan, le 23 juillet, un attentat suicide à la fin d’une manifestation a tué 80 personnes et en a blessé 230 autres. En Irak, les attentats terroristes sont quotidiens. Celui du 3 juillet, dans un quartier commerçant du centre de Bagdad, qui visait, selon Daesch, un rassemblement chiite, a été particulièrement meurtrier, 292 morts et 200 blessés.

Quels que soient leur mode opératoire et les motivations des individus qui les ont perpétrés, ces attentats s’inscrivent dans la politique de terreur exercée par Daesch, cette force ultraréactionnaire qui se réclame de l’intégrisme islamique et qui est née et s’est développée à partir du chaos créé par les guerres menées par les puissances impérialistes depuis 25 ans au Moyen-Orient. Son objectif est de dresser des murs de peur et de haine au sein des populations pour établir ou maintenir sa domination territoriale dans les rares endroits où elle le peut, au Moyen-Orient, et déstabiliser, diviser, créer un engrenage de violences qui détruise toute cohésion sociale et lui permette de renforcer son influence, ici, en France ou en Europe.

Instrumentalisation et manipulations dangereuses

Et c’est en toute connaissance de cause, pour masquer sa responsabilité dans l’émergence de tels monstres, que le gouvernement Hollande-Valls s’est engagé dans une fuite en avant sécuritaire, guerrière et discriminatoire. Non seulement cette politique a prouvé son inefficacité face au terrorisme qu’elle prétend combattre, mais elle aggrave les risques d’attentats en faisant naître de nouvelles vocations au meurtre de masse anonyme.

La droite et l’extrême droite, obsédées par leurs rivalités politiciennes, accentuent encore les tensions en cherchant à se différencier de la politique du gouvernement par une surenchère de mesures policières et de propos encore plus réactionnaires, d’amalgames entre immigration et terrorisme, musulmans et terroristes, islam et islamisme.

Lorsque Hollande déclare : « Je vous l’assure, cette guerre, nous la gagnerons », Sarkozy surenchérit : « Nous devons être impitoyables. Les arguties juridiques à une action incomplète ne sont pas admissibles. […] C'est la guerre. Il n'y a pas d'autre choix que de la mener ». Ciotti et d’autres réclament l’internement de toutes les personnes fichées S et l’expulsion de tous les « étrangers radicalisés ». Boutin, invitant à prier « pour nos 1ers martyrs du XXI siècle en France », cherche à faire renaître des élans pour la religion chrétienne, en attisant les divisions religieuses, ce qui est aussi l’objectif de Daesch. Et Morano, « L'islam pose un grave problème en France, pourquoi le nier ? ».

Marine Le Pen déclare, un degré encore plus haut : « La responsabilité de tous ceux qui nous gouvernent depuis 30 ans est immense. Les voir bavarder est révoltant ! » Et d’exiger entre autres « contrôles à nos frontières nationales, arrêt de l'immigration, véto à la politique allemande d'accueil des migrants, rétablissement d'une pleine et entière double peine, mise hors d'état de nuire des fichés S ».

Les offres de service de l’extrême droite

Hollande et Marine Le Pen se rejoignent quand il s’agit de parler de la création de réserves opérationnelles qui formeraient une garde nationale venant en renfort de la police et de la gendarmerie. Marion Maréchal-Le Pen s’y est déjà inscrite : « S'engager dans la réserve est un acte citoyen […]. Je suis prête à me mettre sous les drapeaux là où on aura besoin de moi. Je crois que les Français patriotes devraient également faire cet acte citoyen ». Le Front national envisage de fournir des troupes supplétives à l’Etat pour qu’il puisse mettre en œuvre une initiative que Hollande lui-même a prise. Pouvait-on mieux servir l’extrême droite ? Et va-t-on voir, sous cette forme, des milices entreprendre de débusquer des terroristes présumés, évidemment parmi les populations d’origine immigrée ? Ce n’est malheureusement pas une vue de l’esprit !

André Gérin, l’ancien maire PCF de Vénissieux, un des promoteurs de la loi interdisant le voile intégral, affirme que la France « est gangrenée par l’islamisme » et que droite et gauche doivent d'abord partager « un diagnostic commun en définissant l'ennemi intérieur ». Il propose entre autres choses « la mise hors d'état de nuire des terroristes potentiels, la réhabilitation des frontières nationales et la maîtrise des flux migratoires. » Le Pen ne dit pas mieux. Une dérive qui en annonce peut-être d’autres, tant les dérapages sont possibles sur le terrain très partagé du nationalisme, en particulier dans les périodes de turbulences comme aujourd’hui.

En finir avec les guerres menées par notre impérialisme

Tous les partis, du PS jusqu’à l’extrême droite, ont approuvé la politique sécuritaire et guerrière du gouvernement. A l’Assemblée nationale, 26 députés seulement ont voté contre la prolongation de l’état d’urgence, le 19 juillet. Lors de cette séance, Valls a longuement détaillé le bilan de l’état d’urgence, 3594 perquisitions administratives, 77 personnes assignées à résidence, et le bilan des opérations militaires.

L’armée française est engagée au Mali depuis 2013, en Irak depuis 2014 et en Syrie depuis 2015. Il faut y ajouter la Libye où on a découvert récemment, à l’occasion du crash d’un hélicoptère et de la mort de 3 soldats français, que le gouvernement y faisait intervenir des forces des services secrets.

Les avions de chasse français interviennent « quotidiennement », selon les mots de Valls, il y a eu « 800 frappes depuis septembre 2014 ». Valls a confirmé l’intensification de ces opérations et l’envoi en Méditerranée orientale du porte-avions Charles de Gaulle.

Le gouvernement, approuvé par presque toute la classe politique, s’enferre dans cette aventure militaire pour le plus grand bonheur des industriels de l’armement, alors même que c’est elle qui provoque des attentats sur le sol français en retour. Il ne fait qu’ajouter à la destruction et au chaos mais il tient à ce que l’Etat français prenne sa part du maintien de l’ordre impérialiste pour tenir le rang qu’il lui assigne de grande puissance militaire. Et il se sert de l’émotion créée par les attentats pour justifier ces interventions.

Ces guerres se font contre les peuples qui en subissent les ravages et les dommages collatéraux des frappes aériennes. En Syrie, c’est au final le dictateur Bachar El Assad qui se trouve conforté par les interventions de la coalition internationale et qui bombarde en toute impunité les quartiers d’habitation et les hôpitaux d’Alep.

Ce sont ces guerres, en plus de la misère et des dictatures, qui ont provoqué la fuite, au péril de leur vie, de millions de femmes, d’hommes et d’enfants, hors de leur région ou de leur pays. L’Etat français est au premier rang des responsables, de ceux qui sèment la mort et la destruction puis refusent d’accueillir celles et ceux qui en sont les victimes.

Nous disons à l’opposé du PS, de la droite et de l’extrême droite : « Non à la guerre, ouverture des frontières, liberté de circulation et d’installation. » Pour combattre le terrorisme, il faut combattre le terrorisme d’Etat des puissances impérialistes qui mettent des régions entières du globe à feu et à sang et font ou défont les régimes au gré de leurs intérêts.

Faire bloc, oui, mais contre les classes possédantes et leur gouvernement

Il est évident, et tous le savent bien, que l’état d’urgence est impuissant contre le terrorisme d’autant que les attentats ont été perpétrés par des jeunes nés en France. Au lieu de chercher à comprendre ce qui, dans la situation, a pu faire naître chez ces hommes les frustrations et les sentiments abjects qui les ont conduits à de tels actes, ils pratiquent une fuite en avant sécuritaire, xénophobe et raciste et mettent en place un régime policier qui vise à prévenir et à étouffer toute contestation de leur politique.

C’est bien pourquoi on ne peut pas dissocier la lutte contre les guerres de la lutte pour les droits sociaux et démocratiques. La crise permanente du capitalisme à l’époque du libéralisme impérialiste, la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle mondiale, l’offensive anti-ouvrière des capitalistes, engendrent une régression sociale sans précédent et en contradiction insupportable avec les possibilités ouvertes par le progrès des sciences et des technologies, des restrictions toujours plus importantes des droits démocratiques et des libertés.

Les Valls, Hollande, Juppé nous rebattent les oreilles de la nécessité qu’il y aurait à « faire bloc » mais les travailleurs n’ont aucun intérêt commun avec les classes possédantes et leurs représentants.

Ne faisons pas bloc avec ceux qui sont responsables de la situation internationale qui a engendré le terrorisme et qui ici remettent en permanence en cause nos droits sociaux et démocratiques. Ils le disent et ils le répètent, nous sommes entrés dans une guerre, une guerre qui sera « longue ». Comme leur système est entré dans une crise à laquelle ils n’ont pas d’issue, c’est dans une même fuite en avant, guerrière et sécuritaire, anti-sociale et réactionnaire, anti-démocratique, qu’ils engagent toute la société.

Ils utilisent l’émotion et l’inquiétude créées par les attentats pour tenter de nous faire accepter leur politique. Ne tombons pas dans ce piège.

Faisons bloc, oui mais entre nous, travailleurs avec ou sans emploi, jeunes, militants, quelles que soient nos origines, préparons par-delà les frontières les mobilisations d’ensemble qui permettront d’inverser le rapport de forces, d’en finir avec leurs guerres, d’imposer des mesures d’urgence qui répondent aux besoins fondamentaux de la population, de conquérir la démocratie pour en finir avec la domination des multinationales et des grands groupes financiers qui conduit la planète dans une impasse dramatique.

Galia Trépère

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