Macron vient à nouveau d’étaler son mépris, sa crasse sociale, par tweet cette fois : « On met un pognon de dingue dans des minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres. On n'en sort pas. Les gens qui naissent pauvres restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres »… après un couplet sur la « déresponsabilisation » des pauvres car il faut bien que ce soit leur faute !

Cynisme, mépris, arrogance, tandis qu’il arrose de 5 milliards de cadeaux fiscaux les ultras-riches avec la fin de l’ISF et la limitation de l’imposition de leurs portefeuilles d’actions. Les coupes sombres prévues dans les budgets sociaux avec le plan CAP22 représentent 30 milliards d’après les Echos.

Le bilan de cette politique est insupportable. Entre 1998 et 2015, le niveau de patrimoine a diminué de 31 % pour les 10 % les plus pauvres de la population. Près de 9 millions de personnes sont sous le seuil de pauvreté, dont beaucoup de femmes seules avec leurs enfants. Les raisons sont connues, ce sont les salaires minables, la généralisation de la précarité, les licenciements, pour que la classe que sert Macron continue d’accumuler un « pognon de dingue » sur le dos de toute la collectivité !

Mais la com de Macron ressemble bien trop à celle des DRH dans les entreprises… et elle se retourne contre l’envoyeur, alors que la grève des cheminots impacte profondément la situation sociale et politique, encourageant la contestation, l’expression de bien des mécontentements.

Ce mouvement témoigne d’une détermination et d’une révolte profondes, après 30 jours de grève pour ceux qui suivent le calendrier et bien plus pour ceux partis en reconductible, malgré la CFDT qui appelle à reprendre les jours du bac et malgré le train-train et l'absence de perspective de l'intersyndicale. C’est un mouvement de contestation qui se moque du Sénat et de l'Assemblée, et où une minorité agissante de militants de la grève prend son mouvement en main, fait de la politique, agit pour tisser les liens avec toutes les équipes militantes.

Rien à attendre du « dialogue social », retrait de la loi ferroviaire

Ces derniers jours, les manœuvres sont allées bon train avec la prétendue « bataille d’amendements » avant l’adoption de la loi par le Sénat, puis le 13 par l’Assemblée avec 452 voix contre 80… Comme si il y avait le moindre suspens, comme si ce jeu institutionnel n’était pas organisé pour appliquer les sales coups du gouvernement.

La presse a fait sa campagne sur la « sortie de crise », expliquant que le « Sénat a envoyé des gages aux syndicats réformistes », suite aux manœuvres de couloir de la CFDT ou de l’UNSA. Et quels gages ! Borne a soi-disant accepté d’intégrer le caractère « incessible » des capitaux publics de la future SNCF dans le texte de loi… Qui peut y croire, alors que le gouvernement prévoit dans le même temps de privatiser complètement Engie, Aéroport de Paris et la Française des Jeux avec sa loi PACTE ? Sans compter qu’un passage en Société Anonyme avec des capitaux publics ou privés reste une privatisation, l’Etat actionnaire n’est pas plus tendre avec les travailleurs et exige autant de dividendes que les autres.

Le gouvernement maintient sa politique de fin du statut des cheminots et de privatisation, et en cas de passage au privé des lignes TER, où les syndicats demandaient le volontariat, les cheminots n’auront comme choix, au bout du compte, que le transfert ou le licenciement.

Malgré les doutes sur la stratégie de la grève et son calendrier, beaucoup de cheminots veulent continuer, rendre les coups, tenir face à l’arrogance du gouvernement et de la direction de la SNCF. Les confédérations n’ont guère eu jusque là d’autre choix que d’appeler à la poursuite de la grève et la CGT cheminots vient d’annoncer qu’elle appelle à continuer en juillet. Elles poursuivent cependant la même politique : le 12 juin, après la comédie du Parlement et du Sénat, l’Intersyndicale a appellé à une journée sans cheminot non pas pour exiger le retrait de la loi ferroviaire, mais pour « gagner de véritables négociations sur l’ensemble des sujets dans le cadre de réunions tripartites (gouvernement, patronat, organisations syndicales) »… c’est-à-dire tenter d’arracher quelques concessions dans le cadre de la convention collective.

Une minorité est clairement convaincue après 3 mois de grève que cette politique est une impasse, d’autant plus flagrante que le pouvoir ne compte donner aucun « grain à moudre » à Berger ou n’importe quel autre, que le « dialogue social » ne sert qu’à alimenter les manœuvres du gouvernement.

Malgré les difficultés et le piège du calendrier, ces grévistes recherchent une politique pour se battre, contester la politique de Macron, en cherchant en particulier à faire vivre une réelle convergence des luttes par en bas. Comme le pointe un journaliste du Monde : « la crainte gouvernementale que les cheminots s'installent dans une grève chronique – et de plus en plus difficile à arrêter – semble devenue une réalité ». Inquiétude d’autant plus grande que le gouvernement comme les patrons dans les entreprises, préparent de nouvelles offensives.

« Même Macron, même combat » !

Aux attaques à venir contre les aides sociales, viennent s’ajouter celles sur les retraites avec l’harmonisation par le bas des différents régimes et le passage à la retraite à points, les ponctions dans le financement des HLM estimées à 2 milliards par an d’ici 2020, les économies budgétaires dans les services publics.

Public, privé, l’offensive redouble partout pour intensifier l’exploitation, satisfaire la finance. A Ford Blanquefort, après des mois de silence, la direction est venue annoncer, lors d’un CE consacré à « l’avenir de l’usine », sa fermeture d’ici septembre 2019 avec « Plan Social » à partir du 26 juin, menaçant de jeter près de 900 travailleurs à la rue. Brutalité et cynisme, tandis que les pouvoirs publics font lanterner les salariés en leur promettant un éventuel « repreneur » dont Ford n’a que faire.

Seule l’intervention des travailleurs peut changer les choses. Le 13 juin, devant la Préfecture de Bordeaux où se tenait un comité de suivi avec la Direction, la CGT Ford appelait à un rassemblement : des équipes de cheminots, des postiers en bagarre contre la répression à la Poste, des salariés du public et du privé, les équipes militantes de la convergence, étaient là pour affirmer aux côtés des Ford que nos luttes n’en sont qu’une.

Les mêmes se retrouveront pour préparer la manifestation du 30 juin « contre la fermeture, contre les licenciements », appelée par la CGT Ford qui invite Metal Aquitaine, GMS, Bosch Rodez à se joindre à eux. L’enjeu est bien d’exprimer la colère des travailleurs face aux actionnaires et au gouvernement qui les sert, de la rendre contagieuse.

La lutte à l’hôpital psychiatrique du Rouvray, qui a débouché sur 30 créations de postes et deux nouvelles unités de soin après plusieurs mois de lutte et 15 jours de grève de la faim de plusieurs militants, témoigne elle aussi de la situation. Face à des conditions de travail et de soins insoutenables, au mépris et à l’indifférence du gouvernement et des autorités, les grévistes ont pu compter sur le soutien des cheminots, des dockers, des équipes de grévistes qui cherchent aujourd’hui à construire la convergence et ont su gagner l’opinion publique. Ce soutien concret, militant, a nourri leur détermination et a obligé la ministre à lâcher.

Bien au-delà des cheminots, le climat social encourage des travailleurs à exiger leur dû. Malgré les pressions, les doutes, le manque de confiance, des grèves éclatent ça et là, comme dans les centres de tri courrier cette semaine, dans des cliniques, sur les salaires, les conditions de travail, pour des embauches, ou se poursuivent comme la grève à la Poste, en particulier dans le 92… Dans bien des entreprises, les salariés en ont assez des bas salaires, du mépris, des discours permanents sur les « gains de productivité », la mise en concurrence, les méthodes de management.

Les appareils syndicaux et politiques sont bien obligés de prendre en compte l’aspiration à faire converger les mouvements. Les rencontres de grévistes d’une entreprise à l’autre, la venue de militants dans les AG d’une lutte à l’autre, entraînent de nouveaux militants, même si elles sont le fait d’une petite minorité consciente de la nécessité de tisser des liens pour diffuser le virus de la contestation, sortir des corporatismes, informer, donner confiance.

La pression de la grève, la politique de Macron, obligent les directions syndicales à de nouvelles initiatives. Le 28 juin, la CGT, FO, Solidaires appellent à une journée interprofessionnelle avec la perspective de préparer dès maintenant la rentrée sociale. Quels que soient leurs calculs, cette journée sera une occasion importante pour les équipes militantes de la convergence, les cheminots, les travailleurs, pour affirmer la lutte commune contre Macron, pour la défense des intérêts généraux des travailleurs.

Nous pouvons en faire une étape de la convergence des luttes, un combat commun pour préparer l’affrontement avec les patrons et leur gouvernement et rassembler celles et ceux qui prennent conscience de la nécessaire rupture avec la politique du dialogue social.

Laurent Delage

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