Heureux de son défilé, Hollande n’avait rien à dire, ce 14 juillet, aux salariés, aux classes populaires. L’arriviste Macron a pour lui, comme pour les journalistes, bien plus d’importance. Affichant son indifférence arrogante, il a justifié sa loi Travail qui valait bien beaucoup d’impopularité ! Que lui importe la démocratie, il est là pour servir les patrons et les banques, il entend continuer et voudrait même remettre ça pour un quinquennat.

La semaine précédente, Valls avait sans surprise sonné la fin de la farce parlementaire avec un deuxième 49-3. Pitoyable victoire… tandis que les prétendus frondeurs et alliés affichaient une nouvelle fois leur inconsistance à la recherche d’une motion de censure dont de toute évidence personne ne voulait…

Le gouvernement et le patronat ont donc pour l’essentiel gagné cette manche, le mouvement n’a pas été en mesure de stopper l’offensive même s’il a limité les coups portés, comme en témoigne le recul imposé à la direction de la SNCF. Mais les quatre mois de mobilisations ont changé bien des choses, en premier lieu parmi ceux qui s’en sont fait les militant-e-s. Des acquis précieux pour préparer la suite de la confrontation, alors que la crise politique s’amplifie, que le gouvernement se déchire dans un grand déballage de rivalités et d’appétits…

Dans ce contexte, il est certes positif que l’intersyndicale du 8 juillet ait d’ores et déjà décidé d’une date de mobilisation à la rentrée mais le communiqué appelant à une « journée d’actions et d’initiatives » le 15 septembre et invitant cet été à… envoyer une carte postale à Hollande illustre le peu de perspectives des directions syndicales. Il est clair que la suite, les prochaines étapes auront besoin d’une politique, d’un plan d’ensemble, et cela dépend de celles et de ceux qui ont construit le mouvement, lui ont donné sa puissance et en ont été les militant-e-s.

Retour sur les acquis du mouvement... 

En quatre mois de mobilisations ponctuées par 12 appels de l’intersyndicale, le mouvement a trouvé les moyens de durer et de se renouveler. Pluriel, multiforme, il s’est enrichi de luttes diverses qui s’en sont nourries et l’ont construit. Et s’il est resté minoritaire, il a gardé tout au long une majorité d’opinion.

Dès la première journée du 9 mars avec l’appel de la jeunesse, ce sont les militant-e-s du mouvement qui lui ont donné sa dynamique et son rythme. L’intersyndicale s’est adaptée et a suivi, souvent a minima.

La jeunesse a donné son impulsion à la lutte, l’a marquée par sa liberté, sa vitalité, son absence de « passif » et d’illusion dans « la gauche »… Une dynamique qui a encouragé des salariés révoltés, pas forcément organisés ni en contact avec des syndicats. Le ras le bol, la colère contenus jusque là ont pu s’exprimer, le sentiment d’impuissance a laissé place à une confiance nouvelle qui s’est exprimée dans des grèves dans des secteurs difficiles, très précaires, des petites entreprises... Cela a encouragé en retour les militants les plus combattifs, donné confiance et aidé des syndicalistes à se libérer de la pression des appareils. Et même si, au sein des syndicats, la participation active au mouvement a été minoritaire, les pesanteurs ont été bousculées et les directions syndicales en partie déstabilisées. Ce caractère contestataire, revendiquant la démocratie, la liberté de dire et de faire, a continué à marquer le mouvement même quand la participation de la jeunesse a faibli.

Une importante expérience politique collective a été faite par tous ceux qui se sont fait les militant-e-s de la lutte : état d’urgence, interdiction de manifestations et répression à grande échelle, 49-3, rôle de l’Etat, nature des institutions… mais aussi capacité à exercer une pression sur l’intersyndicale et le cours du mouvement… La période a été riche en rencontres, débats, confrontations par-delà les appartenances -ou pas- à des organisations syndicales ou politiques. C’est un acquis essentiel de ces quatre mois : des militant-e-s ont fait l’expérience de penser ensemble pour agir, confrontant leurs idées, leurs débats à l’épreuve de la lutte.

Fin de la « Gauche »… et impasse institutionnelle

Le mouvement a amplifié la rupture avec le PS dont les locaux étaient pris pour cible au même titre que ceux du Medef. A l’approche de 2017, ce discrédit exacerbe les rivalités et fait fleurir les vocations sur les cendres du PS, telle celle du banquier Macron qui, encore membre du gouvernement, se voit « commencer à écrire une nouvelle histoire » avec« toutes celles et ceux qui veulent juste changer le pays »… 

Une déroute dans laquelle est plongé le PCF, allié fidèle aujourd’hui sans politique, tétanisé, dont les militants assistent au déchirement entre Buffet ralliée à Mélenchon, et Laurent qui agite la menace du retour de la droite et de l’extrême-droite pour appeler à une impossible « seule candidature à gauche de Hollande » incluant frondeurs PS, Verts et ex-FdG…

« Le cartel Front de gauche n’existe plus. La confiance, aussi, est morte » a répondu Mélenchon. Et le candidat de préciser, en toute modestie : « J’ai intérêt à me tenir très à distance de tout cela, pour indiquer que le bien commun que je suis et le personnage fabriqué par notre histoire commune depuis 2012 ne sont pas encalminés là-dedans »…. Mais celui qui prétend représenter la « France insoumise », qui veut « dégager la caste » tout en restant sur un terrain institutionnel, dérive de plus en plus vers le populisme souverainiste, une politique contraire aux intérêts des travailleurs. Le 5 juillet dernier, à la tribune du Parlement européen, il s’est ainsi laissé allé à déclarer à propos de l’Europe : « c’est une Europe de la violence sociale, comme nous le voyons dans chaque pays chaque fois qu’arrive un travailleur détaché, qui vole son pain aux travailleurs qui se trouvent sur place » (propos qu’il a maintenus a posteriori)… Ce ne serait donc plus le patron, français ou pas, qui vole le pain de l’ouvrier… c’est l’ouvrier d’à côté, turc ou polonais ?

Quant aux militants d’Ensemble !, la troisième composante de l’ex FdG, ils sont pris au piège de la logique de leur politique, leur porte-parole Clémentine Autain en étant réduite à craindre la « logique mortifère » de l’affrontement Laurent-Mélenchon…

Prolonger les acquis pour préparer l’affrontement, porter les idées du socialisme et du communisme

Face à cet effondrement annoncé de la « gauche », les acquis du mouvement portent l'avenir. Ils sont un point d’appui pour reconstruire un parti des travailleurs pour les luttes de classes. Il n’y aura pas de voie institutionnelle pour s’opposer à l’offensive que mènent la bourgeoisie, son gouvernement et son Etat pour faire payer la crise du capitalisme au monde du travail. L’affrontement se mène et se mènera sur le terrain de la lutte de classe. C’est sur ce terrain que les exploités développent leur propre politique pour faire valoir leurs propres intérêts, ceux de toute la société même si ils sont prêts à faire entendre leur voix sur le terrain des élections et au sein même des institutions de la bourgeoisie.

Préparer cet affrontement nécessite de tirer ensemble les bilans avec les militants du mouvement, organisés et non organisés, syndicalistes ou politiques, ou les deux, de prendre la mesure des acquis pour pouvoir les faire fructifier, de s’appuyer sur eux pour prolonger les prises de conscience et les ruptures, dépasser les faiblesses.

Un travail militant important est en cours pour aider à regrouper les militant-e-s du mouvement, à poursuivre les débats en redonnant toute leur place aux idées de la lutte de classe, de l’émancipation, les idées du socialisme et du communisme qu’ont depuis longtemps bafouées le PS et le PCF mais que sont en train de découvrir ou de se réapproprier des militants de toutes générations.

Cela rejoint le projet du NPA, le rassemblement pour construire un parti démocratique et révolutionnaire, anticapitaliste, assumant la continuité des idées socialistes et communistes. Et c’est le sens de la campagne que nous voulons mener autour de la candidature de Philippe Poutou.

Isabelle Ufferte

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