Une campagne médiatique et mensongère est lancée contre les cheminots, accusés d’être responsables de la dette de la SNCF avec leurs prétendus « privilèges ». Le gouvernement, qui s’y connaît en privilégiés avec sa douzaine de ministres millionnaires, étale toute sa morgue. Castaner se félicite de « mettre sur la table les tabous et les privilèges ». Macron, interpellé par un travailleur de la SNCF, répond : « Je suis petit-fils de cheminot, allez voir les agriculteurs, ils n'ont pas de statut... faut pas raconter de craques aux gens. (…) Vous n'avez pas le même rythme que mon grand-père qui était cheminot »… Il sait de quoi il parle, lui l’ex-banquier d’affaire devenu millionnaire chez Rothschild !

Privilégiés les cheminots ? Comme tous les salariés, ils ont vu leurs droits diminuer ces dernières années, sur les retraites, les conditions de travail, les salaires. En fait, derrière la charge contre leur statut, il y a surtout la volonté de précariser les travailleurs. Pour le gouvernement et les patrons, bénéficier d’une relative sécurité de l’emploi est un privilège intolérable !

Pour connaître de vrais privilégiés, il suffit de lire le dernier classement Forbes des 40 milliardaires français… hors évasion fiscale bien entendu. Le 1er d’entre eux, Arnault, patron de LVMH, a vu sa fortune flamber en un an de 41,5 milliards de dollars à 72 milliards. Pinault, autre patron du luxe, est passé de 15,7 milliards de dollars à 27 milliards. Voilà ceux que le gouvernement sert avec autant de zèle !

Préparer la riposte et pas la « concertation »

Le 26 février, Philippe a annoncé le recours aux ordonnances avant l’été pour imposer la fin du statut des cheminots et la privatisation partielle. Macron veut aller vite, comme pour les ordonnances sur le code du travail.

Malgré ces annonces, l’intersyndicale du lendemain a décidé… d’attendre, Brun de la CGT déclarant : « Si le 15 mars, nous constatons que le gouvernement est dans la logique d'un passage en force, c'est-à-dire qu'il maintient son projet en l'état, alors il y aura grève à la SNCF ». L’UNSA ferroviaire a été encore plus explicite : « Nous avons fait le choix de la responsabilité et de la concertation. Nous devons rencontrer, à leur invitation, les pouvoirs publics ».

Au lieu d’accuser, de mobiliser, de faire de la contre-propagande face au gouvernement, l’intersyndicale se justifie, jouant le jeu du « dialogue social » dont elle est dupe. Elle donne ainsi du temps au pouvoir et à la direction de la SNCF qui mènent leur offensive politique.

Ainsi, Pepy vient d’annoncer les résultats 2017 : le bénéfice a plus que doublé, atteignant 1,3 milliard d’euros suite aux réductions de coûts sur le dos du personnel. De quoi susciter bien des appétits chez ces opérateurs que le gouvernement vient de convier à une première concertation le 5 mars : Transdev (filiale du groupe Caisse des Dépôts), DB, Trenitalia se frottent déjà les mains devant les 400 millions de voyages annuels (plus 1 milliard sur le réseau francilien) que représente la SNCF.

Mais Pepy a bien sûr conclu en déplorant « une dette nette de 46,6 milliards d'euros, qui a encore augmenté de 1,7 milliard en 2017 ». Les bénéfices pour attirer les actionnaires, la dette pour justifier les mauvais coups contre les cheminots et les usagers !

Mais cette fameuse dette est le produit de la politique de l’Etat, pas la responsabilité des cheminots ! En 1990, elle représentait 30 milliards d’euros. Elle s’est envolée lorsque l’Etat a décidé le tout TGV, en laissant la SNCF financer les infrastructures. Un vrai pactole pour les banquiers, qui soutirent entre 1,5 et 1,7 milliard d’intérêts par an à la SNCF, les Bouygues, Alstom et Cie. Les voilà les vrais privilégiés qui s’enrichissent de la dette publique ! Et quel problème y-aurait-il à ce qu’un service public, utile à la population, ne soit pas « rentable » au sens capitaliste du terme et s’endette ?

Face au gouvernement, il n’y aura que la lutte et la mobilisation. Il faut en finir avec cette politique du « dialogue social » usée jusqu’à la corde, avec ce jeu de rôle de « partenaires sociaux », en s’appuyant au contraire sur la colère et la révolte suscitées par la politique du gouvernement, à la SNCF et ailleurs.

Le gouvernement craint que les mouvements de contestation ne fassent tâche d’huile. C’est bien cela qu’il faut construire, en arrêtant les reculades et les justifications.

Une offensive contre l’ensemble des travailleurs

La journée du 22 mars, appelée par la Fonction publique et les cheminots (CGT, CFDT, Sud-Rail pour le moment) peut être une étape importante vers cette convergence des luttes. Mais cela signifie formuler un programme, des revendications unifiantes permettant aux salariés de se retrouver et passer à l’offensive. De ce point de vue, la seule question de la défense des services publics ne peut suffire, même si elle est parfaitement légitime au vu des attaques cumulées des gouvernements successifs. Discutons aujourd’hui d’un programme de lutte pour les salaires, pour imposer l’interdiction des licenciements, la titularisation des contrats précaires, les embauches massives dans la Fonction publique,… qui en finisse avec les reculs.

La contre-réforme ferroviaire, c’est une attaque contre tous les travailleurs, un élément d’une offensive globale, tout comme le plan de 120 000 suppressions d’emplois dans la Fonction publique, les licenciements et la menace de fermeture de l’usine Ford, les salaires à reculons alors que les bénéfices battent des records comme à Air France et à PSA. Partout les salariés sont « trop chers », avec ou sans statut. Le gouvernement veut gagner une bataille politique, se venger de 95 où les cheminots avaient contraint Juppé à reculer.

C’est bien un bras de fer qui est engagé, une nouvelle défaite serait lourde de conséquences donnant les mains libres aux patrons contre les travailleurs pour tirer toujours plus de profits pour le compte des actionnaires. C’est d’autant plus révoltant que les profits explosent littéralement aujourd’hui. Le CAC 40 vient de réaliser sa meilleure année depuis 10 ans avec des bénéfices en hausse de 21,3 % sur un an, atteignant près de 92 milliards d'euros !

Face à cette offensive, les directions syndicales en restent à leur politique d’émiettement des luttes, à l’image de la CGT qui a lancé une campagne pour faire connaître les « luttes gagnantes » sectorielles. Les travailleurs savent bien que c’est par les luttes que les choses peuvent changer. Ce qui manque, c’est la confiance et une politique. Comment imposer un coup d’arrêt à cette offensive du gouvernement qui leur semble hors d’atteinte ? On ne peut se contenter d’une réponse entreprise par entreprise, on ne peut esquiver la question de l’affrontement face au pouvoir, ce qui signifie faire de la politique par nos luttes, dans la rue, par les grèves pour inverser la situation.

Nos luttes, la seule vraie opposition politique au gouvernement

Les mécontentements s’accumulent face à la politique du gouvernement. Le mensonge des petites retraites qui ne seraient pas touchées par l’augmentation de la CSG révolte bien des retraités qui font leurs comptes aujourd’hui… surtout quand ils mesurent les cadeaux faits aux riches avec l’ISF. Le 15 mars, ils seront nombreux dans la rue, vu les échos de la campagne menée par les Unions locales, sur les marchés, etc.

Le même jour, les Ehpad appellent aussi à la grève, en colère après l’annonce d’une enveloppe de 50 millions d’euros par la ministre pour ce secteur employant 400 000 salariés dans des conditions insupportables aujourd’hui. Dans les hôpitaux, les cliniques, les mouvements de grève et les débrayages se poursuivent un peu partout, gagnent partiellement dans des conflits parfois longs, pour réclamer du personnel ou contre la politique des directions hospitalières qui cherchent à faire encore plus d’économies sur le dos des salariés. Pour réclamer aussi du salaire, en particulier dans les cliniques privées où c’est le ras-le-bol des bas salaires !

Le 23 mars, l’ensemble des salariés d’Air France seront en grève face au mépris de la direction qui reste sur ses 1 % d’augmentation après la grève réussie du 22 février. Après 6 ans de blocage des salaires, 10 000 suppressions de postes et 1,5 milliard d'euros de bénéfices en 2017, les salariés réclament 6 % d’augmentation.

A cela s’ajoute la politique réactionnaire de ce gouvernement, comme la loi Collomb, qui cherche à réduire le droit d’asile et à expulser plus facilement les migrants. Cette loi est d’autant plus révoltante que la politique de l’impérialisme français est en grande partie responsable des guerres et de la misère que fuient les migrants. Le 17 mars, cette colère s’exprimera elle aussi dans la rue.

A travers chaque préparation de chaque mobilisation, le 15, le 17, le 22, le 23, il nous faut discuter, rassembler pour construire la seule vraie opposition politique à ce gouvernement. Il nous faut penser chaque lutte comme un élément d’une lutte d’ensemble, renforcer la conscience de classe, seuls moyens de préparer cet indispensable affrontement face à ce pouvoir des riches.

Laurent Delage

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