En début de semaine, avec le cynisme qui le caractérise, Trump a évoqué « la tragédie » des deux meurtres commis par ses sbires à Minneapolis. Cette fausse compassion n’était qu’une hypocrite concession en réponse à la colère et à l’indignation suscitées dans tout le pays y compris au sein du camp républicain et dans le monde par le comportement criminel et les exactions de l’ICE, la police de l’immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement). Dans la foulée il annonçait l’envoi sur place de son homme de main sur l’immigration, Tom Homan, dit le « tsar des frontières », qu’il qualifie de « sévère mais juste » pour ajouter « et il me rendra compte directement ». Il écarte Greg Bovino, « commandant en chef » des gardes-frontières, au centre des deux meurtres, arrogant et fier d’être devenu le symbole de ces milices fascistes qu’il a à cœur de mettre lui-même en scène. Une partie des quelque 3 000 agents de l’ICE déployés dans les rues de Minneapolis depuis début janvier serait retirée après négociation avec le maire démocrate de la ville qui s’est félicité de son contact avec Trump qui l’avait peu auparavant accusé : « Le maire et le gouverneur incitent à l’insurrection, avec leur rhétorique pompeuse, dangereuse et arrogante ! »  Et mercredi, Trump l’accusait à nouveau de « violer la loi » et de « jouer avec le feu ».

Trump ni ne recule ni ne désavoue ni ne condamne, il confirme de fait que les auteurs des deux meurtres, dont l’identité reste inconnue, sont assurés de bénéficier « d’une immunité absolue » selon les mots de J-D Vance même s’il ne peut formellement s’opposer à ce qu’une enquête ait lieu. Il apporte son soutien aux voyous de l’ICE recrutés pour faire la chasse aux migrant·es et à toutes celles et ceux qui ont l’apparence de migrant·es ou qui les soutiennent ainsi que pour intimider, semer la peur contre l’ensemble de la population.

C’est bien dans ce but que le Congrès, à majorité républicaine, a alloué dans la loi dénommée par Trump « One Big Beautiful Bill Act », sa grande et belle loi, environ 85 milliards de dollars à l’ICE, l’un des plus gros budgets des agences fédérales. Cette manne financière a permis de doubler les effectifs, environ 22 000 agents aujourd’hui, d’offrir des primes d’embauche allant jusqu’à 50 000 dollars et de financer la plus grande opération d’expulsions de l’histoire américaine : plus de 300 000 personnes sur la seule année 2025.

Les crimes de Minneapolis ne sont pas des bavures mais bien prémédités.

La grève générale contre les auteurs et les commanditaires des crimes, « ICE out ! »

Le meurtre de Renee Good, le 7 janvier, abattue au volant de sa voiture, criblée de balles par un agent de l’ICE, l’arrestation d’un enfant de 5 ans dans la ville jumelle de Saint Paul, pour servir d’appât afin d’arrêter sa mère alors que son père venait de l’être, ont provoqué une puissante vague de colère et de protestations. Des syndicats et organisations sociales et politiques ont appelé à une journée de protestation le vendredi 23 janvier contre les politiques racistes de Trump, une véritable grève générale avec le slogan « Ne pas travailler, ne pas aller à l’école, ne pas faire les courses ».

Des centaines de milliers de travailleur·es, de jeunes sont descendu·es dans les rues malgré le froid glacial pour crier « ICE out ». La grève générale s’est organisée sur les lieux de travail, les quartiers… Écoles, églises, bibliothèques, universités, commerces et autres ont été fermés. Outre le rassemblement principal, des manifestations ont eu lieu dans toute la ville. Les coins de rue des quartiers sont devenus des centres de protestation, rassemblant des dizaines, voire des centaines de manifestant·es, y compris des familles avec des enfants.

Des manifestations de solidarité ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. A New York, Los Angeles, à Boston, Détroit, Philadelphie, Atlanta, Newark, Kansas City, West Palm Beach, San Francisco...

Au lendemain de cette vague de colère, le 24 janvier au matin, Alex Pretti, infirmier d’un service de réanimation, a été exécuté d’une dizaine de balles par un agent de la Border Patrol, une autre agence fédérale de l’immigration, alors qu’il était en train de défendre une manifestante brutalisée. Trump, alors qu’il prétend vouloir composer, a, hier, accusé lâchement Alex Pretti d’être un « agitateur et, peut-être, insurgé » !

Ce crime a été la réponse de l’administration Trump à la puissante et pacifique manifestation du 23 janvier contre le règne de terreur que l’ICE impose à la population de Minneapolis. Il a renforcé la détermination des travailleur·es qui s’organisent depuis des semaines pour déjouer les opérations policières et porter assistance aux migrant·es et à leurs familles.

Via des réseaux, ou spontanément, c’est un véritable activisme de quartier qui s’est mis en place, des « observateurs » de rue alertent le voisinage grâce à des sifflets ou des coups de klaxons lorsqu’ils voient passer les pick-up de l’ICE. Ils surveillent les patrouilles, les suivent, et tentent parfois de distraire les agents pour retarder les arrestations. Ces « ICE watcher » évoluent à des endroits stratégiques y compris à l’entrée ou à la sortie des écoles.

Des volontaires, de tous âges, de toutes classes vont faire des courses pour des familles qui n’osent plus sortir, participent à des distributions de denrées alimentaires, emmènent les enfants à l’école, ou encore lancent des appels aux dons pour aider à payer le loyer de ceux qui, menacés, ne peuvent plus sortir travailler

Une politique de guerre civile en corollaire de la guerre commerciale et militaire

Ces crimes, l’état de siège imposé à Minneapolis, les exactions des voyous de l’ICE, les perquisitions, arrestations, violences illégales auxquelles ils se livrent ne sont pas des bavures mais les conséquences d’une politique policière délibérée accompagnée de dénégations et de mensonges des principales autorités de l’État. Ces faits sont connus de toutes et tous. Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, décrit la multiplication des arrestations et des emprisonnements arbitraires et illégaux : « Des individus sont surveillés et arrêtés, parfois avec violence, y compris au sein d’hôpitaux, d’églises, de mosquées, de tribunaux, de marchés, d’écoles et même au sein de leur propre maison, souvent seulement sur la base de simples suspicions qu’ils seraient des immigrants sans-papiers ». Il dénonce le fait que « ceux qui osent protester ou manifester pacifiquement contre les raids des forces des services d’immigration sont rabaissés et menacés par des agents, et font parfois l’objet eux-mêmes de violence arbitraire ».

Cette terreur d’État fait partie d’un plan délibéré visant à instaurer une dictature présidentielle militaire et policière dans tout le pays, ce dont Trump ne se cache pas. Lors du Forum économique mondial de Davos, il déclarait, provocateur, qu’« il est parfois bon d’avoir un dictateur ». Les mesures actuellement utilisées contre les immigrant·es et les manifestant·es seront dirigées contre toute opposition, en particulier dans la classe ouvrière.

Cette politique n’est pas la seule volonté d’un simple mégalomane mais celle du représentant politique de l’oligarchie capitaliste, la poignée d’oligarques milliardaires et les multinationales dont la soif de profits et de pouvoir ne peut tolérer la démocratie.

C’est ce qui a guidé le choix de l’oligarchie de mettre Trump au pouvoir. Lui et son clan sont les instruments politiques de l’offensive des classes dominantes contre le monde du travail et les classes populaires. De leur offensive aussi contre les peuples, contre les bourgeoisies et les Etats rivaux dans leurs guerres commerciales et militaires pour s’approprier la plus grosse part possible des richesses produites par le prolétariat mondial.

L’attaque contre les droits démocratiques pour imposer une dictature présidentielle, mettre la classe ouvrière et la jeunesse au pas est indissociable de la politique agressive et belliciste de l’impérialisme américain.

Un affrontement décisif qui conteste l’État et la dictature des milliardaires

Il serait fou et illusoire de compter sur les démocrates ou les appels au « sursaut » lancés par Obama et Clinton qui portent tous la responsabilité de l’évolution du capitalisme américain et de ses institutions pour s’opposer aux plans ourdis par Trump et sa clique. Les effets de manches, les batailles parlementaires ou juridiques seront impuissants à enrayer la machine lancée par Trump et les milliardaires. 

La passivité complice des démocrates repose sur des décennies de bipartisme consacrées à la défense du système capitaliste et de la richesse des oligarques. Leur plus grande crainte n’est pas une dictature militaro-policière, mais un soulèvement qui remette en cause l’accaparement des richesses par une poignée de capitalistes au détriment de toute la société et de la planète. Ils craignent par-dessus tout la mobilisation de la classe ouvrière, des migrant·es, de la jeunesse, des communautés, seule capable de mettre Trump et sa politique en échec.

Deux politiques, deux classes s’affrontent, la grande bourgeoisie et le monde du travail, des intérêts contraires et irréconciliables.

Minneapolis est, une nouvelle fois, au centre de cet affrontement. Au milieu des années 30, en 1934, alors que le capitalisme s’effondrait dans la crise et entraînait l’humanité dans la guerre, la ville a été le théâtre de l’une des grèves générales les plus importantes de l’histoire des Etats-Unis, menée par des militants trotskystes du syndicat des Teamsters. Malgré les fusillades et la loi martiale, ils ont donné un nouvel élan à la lutte de la classe ouvrière dans tout le pays.

Aujourd’hui, alors que la faillite du capitalisme mondialisé engendre au niveau de la planète un désordre militariste et une régression sans précédent, Minneapolis est au centre d’un renouveau des luttes de classes au cœur même de la Babylone du capitalisme. Six ans après la mort de George Floyd, tué par un policier durant son interpellation, qui avait soulevé la colère à travers le monde, elle porte le renouveau des traditions révolutionnaires du prolétariat, non seulement pour défendre ses droits mais aussi les droits démocratiques eux-mêmes. La lutte engagée pour l’abolition de l’ICE, contre l’occupation de la ville par les milices de Trump, est celle de tous les travailleurs, aux États-Unis et dans le monde entier, qui sont confrontés à la même crise et ont les mêmes intérêts.

Elle donne une nouvelle impulsion au mouvement No Kings, une impulsion de classe, ainsi qu’au combat de toute celles et ceux qui se battent dans le monde contre les aspirants trumpistes et la dictature des milliardaires. Une impulsion qui appelle une politique pour que les travailleur·es eux/elles-mêmes se donnent leur instrument de combat pour coordonner leurs luttes, les diriger pour opposer à la politique réactionnaire du capital en perdition leur politique pour la révolution socialiste.

Yvan Lemaitre

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