A peine plus d’un mois après la rupture et le départ de Musk alors qu’il est en place depuis six mois, Trump se trouve confronté à un nouvel épisode d’une crise politique qui semble devoir se transformer en crise chronique voire permanente en résonance avec l’instabilité engendrée par l’offensive globale dans laquelle s’est engagée la première puissance mondiale pour tenter de perpétuer son hégémonie.

L’affaire Epstein sujet de ce nouveau scandale politique avait été remise sur la table par Musk, la vengeance d’un vieil ami... Elle a été relancée par l’annonce, le 7 juillet, par une juge proche de Trump, qu’il n’existait pas de liste des clients du spéculateur financier new-yorkais Epstein, condamné pour trafic sexuel de mineures et retrouvé pendu dans sa cellule en 2019, un présumé suicide, alors que cette même juge disait peu auparavant que la liste était sur son bureau… Puis, le 17 juillet, le fort peu contestataire Wall Street Journal – propriété du magnat des médias, ami de Trump, Murdoch, qui possède aussi la chaîne Fox News – publiait un article sur les liens complices et les affinités, au début des années 2000, du futur président avec le trafiquant sexuel. Trump avait accusé les Démocrates d’avoir organisé une conspiration pour dissimuler les crimes du prédateur sexuel, complotisme qui se retourne contre lui. Il se trouve maintenant au centre des accusations qu’il portait contre les Démocrates alors qu’il s’avère être lui-même impliqué. 

Devant l’ampleur de l’indignation au sein même de son mouvement, « Make America Great Again », et des Républicains, Trump a attaqué le Wall Street Journal, « torchon dégoûtant et sale » avant de porter plainte contre lui pour diffamation en exigeant 10 milliards de dollars. L’occasion aussi de renforcer son offensive, menée par le FBI, contre les médias, en particulier l’audiovisuel public auquel il a, par ailleurs, décidé de retirer des financements.

La Chambre des représentants a été saisie d’une demande par un élu républicain, appuyé par les Démocrates, d’un vote sur une résolution appelant à la publication des documents judiciaires sur le criminel sexuel ex-ami de Trump. Dénonçant des « manœuvres politiciennes », le chef républicain de la chambre a préféré suspendre celle-ci jusqu'en septembre. Et Trump tente de détourner la colère populaire en accusant Obama « de tentative de coup d’État » en 2016...

Des centaines de dirigeants politiques et économiques, républicains et démocrates, banquiers et PDG, sont impliqués dans le scandale Epstein dans lequel des milliers de victimes ont été identifiées. Il est le symbole écœurant de la corruption et de la décomposition morale qui règnent au sein de l’oligarchie au pouvoir qui traite des êtres humains comme des objets à leur disposition, utilisés pour accroître leur richesse et leur pouvoir ou satisfaire leurs plaisirs pervers au mépris de jeunes femmes achetées et jetées comme des jouets sexuels.

La vérité étouffée tant par les Démocrates que les Républicains ne sera probablement jamais connue mais que le scandale devienne une crise politique attisée par un fidèle soutien de Trump est symptomatique d’un malaise plus profond. Le Wall Street journal et Murdoch étaient de ceux qui, avec Musk, avaient affiché leur opposition au budget et leurs réticences face à la guerre commerciale. 

Cette crise au sein de l’establishment républicain trouve un écho au sein des classes populaires écœurées et confrontées à la brutalité de la politique des milliardaires, à la duplicité, aux mensonges de celui qui prétendait rendre à l’Amérique sa grandeur et défendre les travailleurs et qui, dans la réalité, sert les milliardaires et ses ambitions personnelles, voudrait imposer sa dictature, engage une guerre commerciale chaotique pour défendre la suprématie américaine et au final, loin de faire la paix, poursuit les guerres sans fin de Biden.

Retournement d’opinion et discrédit

Au sein même du monde du travail et des classes populaires qui avaient cédé aux illusions vendues par Trump, l’opinion commence à se retourner contre le démagogue qui se vantait d’apporter du travail et d’aider les déshérités victimes de la politique des Démocrates. Ses premières mesures ont été de licencier massivement dans les services publics essentiels avant que ne soit adopté son « Big Beautiful Bill », un budget réactionnaire accordant d’énormes avantages fiscaux aux ultra-riches, payés directement par des coupes dans toutes les dépenses publiques, l’éducation, dans Medicaid -un programme d’assurance maladie gouvernemental utilisé par 71 millions de personnes- et dans les bons d’alimentation pour les plus pauvres.

Alors que la politique contre les migrants est de plus en plus contestée et commence à se retourner contre lui à la fois à cause de son absurdité économique et aussi de la violence inhumaine des rafles de type militaire contre des familles démunies, l’ICE, la police des frontières, intensifie sa guerre contre les migrants sous la pression de Trump. Après le drame des inondations au Texas, le climato-scepticisme et le mépris de l’écologie de Trump sont de plus en plus rejetés ainsi que la politique anti-vax du ministre de la santé, Robert Kennedy, alors que le pays voit une épidémie de rougeole, maladie éradiquée, se propager à nouveau du fait de l’insuffisance de vaccinations.

La guerre commerciale décrétée le 2 avril, Liberation Day, « un des jours les plus importants de l’histoire américaine », prétendait soumettre la quasi-totalité du monde à des droits de douane drastiques. Après avoir provoqué l’hostilité de ses principaux alliés, les milliardaires de la high tech, de négociations incertaines en reculades, elle a provoqué tensions, incohérence, désordre et contre-offensive en particulier de la Chine. Et si Trump peut se féliciter d’avoir imposé ses choix à nombre de pays, non seulement cela n’aura aucune retombée pour le monde du travail si ce n’est l’inflation, la hausse des prix mais ne profitera qu’au capital le temps que la récession mondialisée ne connaisse une brusque aggravation.

Il apparaît à beaucoup que cette guerre commerciale ne vise nullement à défendre les travailleur·es mais bien plutôt à négocier des rapports de force afin de soumettre leurs partenaires à la suprématie et à la volonté des milliardaires américains. Elle a pour corollaire la poursuite des guerres sans fin auxquelles Trump disait mettre un terme, la paix par la force, un autre mensonge cynique qui ne sert qu’à justifier une logique militariste qui connaît divers fronts dans le cadre d’une guerre globale entre la première puissance capitaliste mondiale et ses alliés avec le reste du monde et, aussi, entre eux.

L’ex-ami du prédateur et trafiquant sexuel Epstein est aussi le complice, l’acteur du génocide, des massacres et des déportations des Palestiniens, de l’odieuse guerre par la famine que lui et Netanyahou organisent.

Vers une crise sociale et politique majeure, la menace d’une dictature populiste

L’affaire Epstein est un révélateur d’une déstabilisation inédite de l’appareil de domination politique de la première puissance mondiale. Trump en est le produit. Il est en même temps le facteur aggravant de cette déstabilisation d’un système décadent contre lequel il prétend gouverner pour flatter les ressentiments, la colère des classes populaires alors qu’il en est la créature guignolesque, parodie du système et de lui-même.

Le milliardaire de l’immobilier, ami et complice d’Epstein, avide de pouvoir et de domination, cynique et sans autre règle que le rapport de force, champion de l’arbitraire, contribue à la déstabilisation des institutions grâce auxquelles il exerce son pouvoir tout en les bafouant pour imposer le fait du prince ou plutôt du voyou mafieux.

Malgré la passivité des Démocrates prisonniers du même système corrompu, à travers tout le pays monte le rejet de Trump. Un Républicain inquiet de la victoire, lors des primaires pour les élections municipales de l’an prochain à New York, de Zohran Mamdani, membre du parti Democratic Socialists of America (DSA), la principale organisation de gauche aux États-Unis au sein du Parti démocrate, disait : « L’une des raisons pour lesquelles cela se produit est que les gens normaux avec des emplois normaux ne croient plus qu’ils peuvent gagner dans ce système ».

Steve Bannon, l’ancien conseiller de Trump, l’aile fascisante de Maga, prévoit une défaite électorale aux élections de mi-mandat, en novembre 2026 : « Vous allez perdre 10 % du mouvement Maga. Si nous perdons 10 % du mouvement Maga maintenant, nous allons perdre 40 sièges, nous allons perdre la présidence. »

Et c’est bien ce qui pourrait être en route. Le bipartisme fondement de la démocratie dictatoriale du capital américain est miné par des contradictions insolubles à l’heure où la politique d’exploitation, de brigandage mondialisé, de spéculation financière, de guerre sociale, commerciale et militaire de la première puissance mondiale est entre les mains et au service d’une oligarchie de milliardaires de plus en plus restreinte, corrompue, criminelle qui rêve de dominer la planète.

L’affaire Epstein-Trump accroît son discrédit.

Cette oligarchie n’a pas d’autre réponse à sa propre faillite que la fuite en avant autoritaire et réactionnaire que porte l’extrême droite fascisante mobilisée et encouragée par Trump. Si ce dernier ne pouvait pas réussir son coup de force, Vance est prêt à prendre le relais en s’appuyant sur tout ce que l’histoire de la prétendue démocratie américaine a produit de violences raciales et sociales, de nationalistes, suprémacistes blancs et masculinistes. La menace que les forces les plus réactionnaires, fascistes qui ont prospéré à l’ombre de Trump puissent postuler au pouvoir devient une réalité.

Cette menace, seuls le prolétariat solidaire des migrants, la jeunesse qui se soulève en solidarité avec le peuple palestinien, les femmes peuvent la mettre en échec en même temps qu’ils se donneront les moyens de s’organiser, de diriger leur mobilisation en rupture avec les Démocrates et les directions syndicales liés à ce système qui après avoir produit Trump engendre un danger fasciste. Une lutte internationaliste pour le socialisme.

Yvan Lemaitre

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